SAINTE HEDWIGE
Fille de Berthold III, duc de Carinthie, Hedwige , née vers 1172, avait pour sœur Agnès de Méranie , seconde femme du roi Philippe- Auguste. Formée de bonne heure aux pratiques pieuses dans le monastère de Lutzingen , en Franconie , elle en sortit à douze ans pour épouser Henri , duc de Silésie. La virginité aurait été son état favori , si elle n’eût craint de désobéir à ses parents; néanmoins, après leur sixième enfant, Henri et Hedwige firent vœu de continence pour le reste de leurs jours entre les mains de l’évêque de Breslau, en 1205.
Deux ans auparavant, elle avait engagé son mari à fonder l’abbaye de Trebnitz ; il fallut quinze ans pour la bâtir, et elle ne fut dédiée qu’en 1219. On y entretenait mille personnes, dont cent religieuses ; le reste de la communauté se composait de filles sans fortune, qu’on y élevait gratuitement et qu’on établissait ensuite, lorsqu’elles ne se sentaient pas de vocation pour le cloître. Chez elle, Hedwige nourrissait tous les jours treize pauvres, en l’honneur de Jésus et de ses apôtres, et les servait elle-même habillée comme le dernier d’entre eux, et un cilice sous ses vêtements. Ses mortifications étaient d’une extrême sévérité : elle jeûnait tous les jours, et les mercredi et vendredi se contentait d’un repas de pain et d’eau. Elle passa quarante ans de sa vie sans goûter ni viande ni poisson, et ne dérogea qu’une fois à ce règlement, étant malade, et sur l’ordre formel du légat du pape, qui s’intéressait à la vie d’une si sainte personne. Elle se rendait à l’église plusieurs fois par jour, et cela nu-pieds, même au cœur de l’hiver. Elle couchait sur la terre nue, dormait quelques heures seulement, pas-
18 octobre. — SAINT LUC.
sait en prières la plus grande partie de la nuit, et se trouvait quelquefois ravie en extase. Très humble, elle se cachait de ses pénitences comme de ses aumônes et ne pensait qu’à vivre loin du monde.
A la mort de son mari, qui était devenu le père de ses sujets (1238), Hedwige se retira à Trebnitz. Elle y prit l’habit et y vécut sous le gouvernement de sa fille qui était abbesse, mais sans faire vœu de clôture, pour pouvoir, comme par le passé, vaquer à ses charités. La perte de son mari lui avait causé un profond chagrin, vaillamment supporté : elle montra la môme fermeté lorsqu’on lui apprit la mort de son fils bien-aimé Henri, tué par les Tartares à la bataille de Leignitz. « Le voir vivre , s’écria-t-elle , était pour moi un grand sujet de joie , mais j’en ressens une bien plus grande à le voir mériter par sa mort d’être réuni à vous, dans votre royaume , ô mon Dieu ! » La fin de sa vie, qui avait été honorée de plusieurs miracles, arriva le 15 octobre 1243.
Sainte Hedwige, une des patronnes de la Pologne, fut canonisée en 1266. La fête de sainte Thérèse a fait transférer la sienne, par Innocent IX, du 15 au 17 octobre.