SAINTS CRÉPIN ET CRÉPINIEN
Leur histoire est marquée au coin d’un de ces dévouements d’humilité héroïque, dont le christianisme offre beaucoup d’exemples. Ils étaient frères, s’appelant de leur vrai nom Crispinus et Crepinianus, et le plus jeune des deux pouvait avoir quarante ans à l’époque de leur martyre. Nés à Rome, d’une riche famille de païens, ils avaient été élevés ensemble, (( plus unis encore, disaient-ils, par le cœur que par le sang )). L’un ayant embrassé la foi nouvelle, l’autre le suivit aussitôt. La mission des sept évêques envoyés dans les Gaules par le pape Fabien les enflamma de l’ardeur du prosélytisme : laissant derrière eux parents, fortune, considération, ils partirent sur les traces des nouveaux apôtres
Obligés', dans un pays inconnu et souvent hostile, de mendier leur pain, ils n’en trouvaient pas toujours, et souvent ils manquaient d’abri. Ce fut alors que, se souvenant de saint Paul, qui demandait au travail
Fig. 267. — Ancienne bannière des cordonniers d’Issoudun, à l’effigie des patrons de leur corporation.
de ses mains les moyens de vivre, ils entrèrent en apprentissage chez un cordonnier.
Dans ce métier, alors méprisable aux yeux du vulgaire, ils devinrent des artisans habiles. (( Travaillant et priant tour à tour, )) dit un historien, « ici libres, là emprisonnés, puis relâchés, ils arrivèrent de ville
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25 octobre. — SAINT FRONT.
en ville jusqu’à Paris. Denis se garda bien de refuser de pareils auxiliaires; il les adressa à son lieutenant Quentin, qu’on appelait, pour indiquer son autorité, « le porte-drapeau de la cohorte de Dieu ». Quentin leur assigna précisément le rôle qu’eux-mêmes s’étaient donné par vocation, celui de la propagande populaire. Qu’on se représente des hommes instruits se faisant artisans, transformant leur boutique en prêche, se glissant partout, près de l’esclave, près du mendiant, près du riche, partageant les labeurs du peuple, l’assistant dans ses besoins, et l’on comprendra peut-être la terreur des magistrats romains en face d’une religion qui enfantait de semblables prosélytes. » Crépin et Crépinien parcoururent de cette façon, pendant plus de trente ans, les campagnes et les villes de la seconde Belgique, et finirent par se fixer à Soissons, où ils prirent la tête de la communauté chrétienne.
En 288, ils furent arrêtés dans cette ville, et le préfet du prétoire Rictius Varus s’y rendit en personne pour instruire leur procès. Nous lisons dans leurs Actes que les deux frères, après avoir été successivement éprouvés par le fer et les brasiers ardents, furent plongés, une meule au cou, dans les eaux de la rivière d’Aisne, alors glacée ; mais qu’on les en retira pour lesdécapiter, attendu qu’étant citoyens romains, ils avaient le privilège d’une noble mort. Leur martyre causa une émotion profonde; ils devinrent l’objet d’un culte très populaire, on bâtit à Soissons une grande église en leur honneur, et saint Eloi enrichit la châsse qui contenait leurs restes. Au dix-septième siècle, les cordonniers adoptèrent les deux frères pour leurs patrons.