SAINT FRUMENCE
Vers 308, un philosophe tyrien, nommé Mérope, désireux de voir le monde par ses yeux, entreprit un de ces longs voyages qui n’effrayaient pas les anciens ; il emmenait avec lui ses neveux Friunence et Edèse, encore enfants. Il visita la Perse, puis s’embarqua, pour passer en Abyssinie ; mais une avarie força le navire à relâcher, probablement à Adulis, et les pillards de la côte massacrèrent équipage et passagers. Cependant, Frumence et Edèse étaient assis sous un arbre à quelque distance; touchés de leur jeunesse, les barbares les épargnèrent et les conduisirent au roi, à Axum, capitale de l’Éthiopie. Ils plurent au prince, qui prit un soin particulier de leur éducation, et dans la suite fit d’Edèse son échanson, et de Frumence, son trésorier. Quand il fut près de sa mort, il les récompensa de leurs bons services en leur
27 octobre. — SAINT FRUMENCE.
donnant la liberté ; mais sa veuve, chargée de la régence durant la minorité de son fils Aïsan, les pria de rester près d’elle. Ils y consentirent, et Frumence, qui avait une grande part aux affaires, usa de son influence pour engager plusieurs marchands chrétiens à s’établir dans le pays ; il obtint pour eux d’importants privilèges et leur facilita l’exercice de leur religion. Lorsque Aïsan fut en âge de gouverner, les deux frères quit tèrent leurs emplois, et Edèse retourna àTyr, où il fut ordonné prêtre dans la suite.
Frumence, qui avait à coeur la conversion de l’Ethiopie, se rendit à Alexandrie pour prier saint Athanase d’y envoyer une mission, sous la direction d’un évêque. Ce fut lui-même que l’on choisit, et, sacré évêque des Ethiopiens, il reprit le chemin d’Axum. L’œuvre qu’il entreprenait marcha rapidement ; ses discours et ses miracles eurent bientôt opéré de nombreuses conversions. Le roi Aïsan reçut le baptême, ainsi que Sazan, son frère, qu’il avait associé au pouvoir, et ils contribuèrent avec zèle à la propagation de l’Evangile parmi leurs sujets. Cependant, l’empereur Constance, qui était arien, dépêcha en Ethiopie un certain Théophile, avec ordre d’en chasser Frumence et de prendre sa place ; il écrivit en même temps à Aïsan de livrer l’évêque entre les mains de Georges, patriarche arien d’Alexandrie. Aucun de ces deux moyens ne réussit; le roi se contenta de faire parvenir la lettre de l’empereur à saint Athanase, et il refusa de laisser partir Frumence, qui continua d’instruire et d’édifier son troupeau jusqu’à sa mort, dont on ignore l’année; on sait seulement qu’il vivait encore en 356. Dans les annales de l’Abyssinie, Frumence est appelé Fremonatos, avec la qualification d ’Abbuna ou Abbci Scdama (père de la paix), titre d’honneur qui a toujours été porté depuis par les évêques d’Axum.
Les Ethiopiens gardèrent environ quatre siècles la foi que leur avait enseignée saint Frumence, puis ils se laissèrent envahir par l’hérésie j acobite qu’ils professent encore aujourd’hui. Les jacobites, à la suite de Jacob Zanzale, lui-même disciple d’Eutychès, ne reconnaissent qu’une seule nature en Jésus-Christ, la nature divine.