SAINT QUENTIN
Profitant de l’intervalle de paix donné à l’Eglise par l’empereur Valérien, Rome avait fait un nouvel effort pour achever la conversion des Gaules, et Sixte II avait envoyé au secours de saint Denis une troupe d’ouvriers évangéliques. Pèlerin catéchisa Auxerre; Sixte et Timothée s’établirent à Reims, Julien et Turibe au Mans, Crépin et Crépinien à Soissons, Sabinien à Sens. En compagnie de Lucien, qui subit le martyre à Beauvais, Quentin avait aussi passé les Alpes. Il remonta jusqu’à Amiens, où s’était formée une Eglise pleine d’ardeur sous la conduite de l’Espagnol Firmin.
Fils du sénateur Zénon, Quentin ( Quintinus ) avait renoncé à toutes les espérances qu’il pouvait se promettre dans le monde pour se consacrer à la prédication de la croyance nouvelle. Une conversion éclatante, celle d’un magistrat d’Amiens, et de toute sa maison, attira l’attention sur lui. Dénoncé par le pontife de Jupiter, il fut arrêté et conduit en prison, chargé de chaînes (288). Ce fut le terrible préfet Rictius Varus, dont chaque pas à travers les Gaules était marqué dans le sang des chrétiens, qui voulut l’interroger lui-même. Accoutumé à sonder les faiblesses du cœur humain, il commença à lui par-
31 octobre. — SAINT WOLFGANG.
1er longuement de son nom , de ses parents , de sa condition , de ce qu’il avait quitté pour vivre « avec des misérables, voués à la plus basse superstition ». A quoi Quentin répondit : « Servir le vrai Dieu, voilà la vraie noblesse; et on ne peut appeler basse superstition une doctrine qui recherche le souverain bien. » Varus lui ayant dit qu’il le ferait reconduire en Italie pour donner à sa famille le spectacle de sa dégradation : (( Tu es le maître, » répliqua-t-il; « pourtant j’aurais préféré de mourir ici. »
Etendu sur le chevalet, Quentin entonna d’une voix ferme une hymne au Christ, mais les bourreaux lui fermèrent la bouche avec de la chaux mêlée de vinaigre. (( Pendant la nuit, » dit Am. Thierry, (( sa prison étant restée ouverte, par la négligence ou la connivence d’un gardien, il en sortit, et le lendemain matin on le trouva qui haranguait le peuple dans les rues. Les chrétiens crièrent au miracle, les païens à la magie : la ville entière fut en émoi, et l’on parlait de nombreuses conversions qui se déclaraient de toutes parts. » Varus mit fin à une prédication dont l’effet tournait contre lui ; il prononça la sentence de mort, mais il décida qu’avant l’exécution, et pour l’exemple, Quentin serait promené dans les endroits où il avait prêché, et qu’il avait (( pervertis ». A Augusta, chez les Véromandues, le martyr, à bout de forces, se sentit défaillir. Les soldats, croyant le moment venu d’accomplir leurs ordres, l’avertirent de se préparer; Quentin s’agenouilla, pria avec ferveur, tendit le cou, et sa tête roula sur la terre (288). La ville où il périt possède ses restes, s’est placée sous son patronage et porte le nom de Saint-Quentin.