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SAINT HUBERT

Ce saint si populaire ne fut pas seulement un grand chasseur, et comme le Nemrod chrétien, il fut aussi un évêque plein de zèle et un infatigable apôtre. Il était le fils de Bertrand, que la charte de Charles le Chauve, de 8-15, permet de considérer comme duc d’Aquitaine, si elle est authentique ; il aurait donc été , par sa grand’mère Gisèle, petitneveu de saint Amand, évêque de Trêves.

Né en Gascogne, vers 656, il fut élevé dans les pratiques chrétiennes par sa mère, Philberte, et par sa tante, sainte Ode. Son instruction dut être assez rudimentaire, car la Gascogne ne possédait pas alors d’écoles monastiques ou épiscopales de quelque valeur; les exercices du corps et le maniement des armes remplaçaient le plus souvent l’étude des lettres. Hubert eut d’ailleurs une précoce passion pour la chasse, et il parcourait sans cesse les immenses forêts du pays, l’angon ou la francisque à la main; c’était, en ces temps, un plaisir périlleux, car les nobles, dédaignant le menu gibier, ne poursuivaient guère que le loup, le sanglier, l’ours, l’aurochs, pour qui seuls sonnait la trompe et aboyaient les meutes. Des forêts il passa aux camps. A la fin de 679, il alla joindre Pépin d’Héristal à Jupille et combattit près de lui à la

bataille de Leucofao, où Ebroïn fut vainqueur. Lorsque Pépin eut re-

vêtu, à son tour, cette charge près du roi Thierry, il s’attacha Hubert par un emploi dans sa maison et lui donna en mariage Floribanne, fille du comte de Louvain. Cette union ne préserva pas Hubert des dérèglements dont Pépin lui donnait l’exemple, et il abandonna jusqu’aux principes religieux de sa jeunesse.

Or, selon une ancienne tradition, un vendredi saint, au lieu d’aller aux offices, il était parti pour lâchasse, et voilà qu’au milieu de la forêt des Ardennes, ses chiens lancent un cerf d’une beauté et d’une allure particulières. Sur le point d’être forcée la bête s’arrête tout à coup, une croix brille au milieu de sa ramure, et une voix mystérieuse prononce ces paroles : « Hubert, jusques à quand poursuivras-tu les bêtes dans les forêts? Jusques à quand cette passion te fera-t-elle oublier le salut de ton âme? » En même temps une force invincible le renverse de cheval, et, comme jadis Saul sur la route de Damas, il se prosterne la face contre terre, en disant : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse? — Va, » reprend la voix, (( va trouver mon serviteur Lambert. )) Et le cerf disparut.

Aussitôt Hubert se rendit chez l’évêque de Maëstricht, et se mit sous sa direction. Changeant de vie, il revint à ses devoirs, et la mort de sa femme l’ayant laissé maître de disposer de sa liberté, il entra, trois ans plus tard, au monastère d’Andage, situé en pleine forêt des Ardennes. Etant allé visiter le tombeau des apôtres (696), il fut consacré évêque par le pape Serge, et, à son retour à Maëstricht, le suffrage populaire confirma le choix du pape. Son premier soin fut de faire élever une église pour abriter les restes de son prédécesseur ; elle fut achevée en 708. L’année suivante, il transféra son siège épiscopal à Leodium (aujourd’hui Liège). La nouvelle ville devint rapidement prospère ; Hubert y établit de sages règlements, la dota d’une assemblée communale , et même d’un système de poids et mesures, qui est demeuré en usage jusqu’à nos jours; il y bâtit une seconde église, sous le vocable de saint Pierre. Les Ardennes, qui se trouvaient dans son diocèse, étaient un des refuges du paganisme expirant ; on y adorait encore une déesse locale, patronne de la forêt, Arduenna. Les efforts de saint Amand, de saint Remacle, de saint Lambert avaient étéinfruc-

tueux ; Hubert eut plus de bonheur ; son apostolat répandit dans cette contrée sauvage et presque impraticable les lumières du christianisme et de la civilisation.

Les dernières années de sa vie sont assez peu connues, et l’on n’y relève que deux faits : en 724, il fut visité par saint Boniface, qui revenait de Rome et allait continuer l’évangélisation de la Germanie ; en 727, il réunit à Liège un synode pour s’associer à la condamnation des iconoclastes, prononcée à Rome. Il mourut quelques mois plus tard, le 30 mai, à Tervueren, près de Bruxelles. Ses restes furent ramenés à Liège, où l’exaltation des reliques eut lieu le 3 novembre 743, dans l’église de Saint-Pierre. En 1860, en creusant le canal de Liège à Maëstriclit, on trouva plusieurs cercueils en pierre provenant de cet ancien sanctuaire ; l’un d’eux fut reconnu, à son inscription, pour le sarcophage de saint Hubert. Ses reliques avaient été transférées en 825 à l’abbaye d’Andage, qui prit alors le nom d’abbaye de Saint-Hubert, et autour de laquelle s’éleva une petite ville, toujours existante; à la destruction de l’abbaye, elles furent confiées à l’église de la ville, et c’est là maintenant que vont prier les nombreux pèlerins qu’attira toujours son tombeau.

Il y a eu deux ordres militaires et religieux de chevaliers de Saint- Hubert, que l’on trouve fondus en un seul, vers 1420; le chef de l’ordre porta successivement les titres de roi, de grand veneur, puis de grand maître, et cette charge fut le plus souvent confiée au roi de France. La célébrité de saint Hubert vint surtout du pouvoir de guérir de la rage que l’on avait reconnu à ses reliques, et en particulier à son étole.

4 NOVEMBKE.

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