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SAINTE CÉCILE

La famille Cæcilia était l’une des plus anciennes de Rome, et, avant de produire une sainte, elle n’avait pas été moins illustrée par les femmes que par les hommes. Née vers 162, de parents chrétiens, elle fut nourrie dans la piété et, voulant demeurer toute à ses frères persécutés, elle fit vœu de rester vierge, de n’avoir d’autre époux que celui pour lequel elle se sentait prête à verser son sang. Elle ne souhaitait rien tant que de gagner des âmes à la foi; la jeune fille avait un cœur d’apôtre, et le vieillard Urbain, prêtre et bientôt martyr, l’encourageait avec admiration dans ces nobles sentiments.

Pour être chrétiens, les parents de Cécile n’avaient renoncé au monde ni pour eux ni pour leur fille, et comme elle n’avait point jugé à propos de leur faire part de son vœu, ils résolurent de la marier. Une alliance avait déjà uni à la famille Cæcilia les \ alerii, qui ne lui cédaient pas en illustration; aussi, quand le jeune Valérien se présenta, il fut aussitôt agréé. La puissance paternelle était encore assez absolue, à Rome, pour que Cécile dût se résigner, et pourtant 1 époux qu’on lui offrait était païen. Ces mariages mixtes, blâmés par les Pères, étaient rares, et Cécile ne s’y résigna qu’avec la pensée de convertir son mari.

VIE DES SADS'TS. — II

Le soir même des noces, elle y réussit par une douce persuasion; Valérien la respecta à sa prière, et transporté par l’ardeur de ses paroles, courut aussitôt vers Urbain, qui lui conféra le baptême. Ce fut elle qui lui enseigna les vérités de la religion, et leurs jours se passaient en vertueux entretiens. La plus grande partie de leur fortune allait aux mains des pauvres, qu’ils allaient visiter ensemble; mais ils ne pouvaient vivre au-dessous de leur rang, sans exciter les soupçons, et l’on voit, ■ par les fresques des Catacombes, que Cécile portait de riches vêtements, des robes brodées d’or.

C’était vers le début de l’année 178, et le charme de cette union pure devait durer quelques beaux jours. Il y eut à cette époque une recrudescence de la persécution ; Valérien recueillait avec son frère Ti- Lurce, converti en même temps que lui, les restes des martyrs, pour les inhumer honorablement : ils furent dénoncés, traduits devant un magistrat nommé Turcius Almachius, et mis à mort, près avoir refusé de sacrifier. Cécile rendit les derniers devoirs à leurs dépouilles, et elle attendit le jour où elle serait appelée, à son tour, à témoigner sa foi. Bientôt, en effet, elle reçut, l’ordre de se présenter au tribunal.

S’étant parée comme une patricienne, elle arriva, victime à la fois hère et douce, à la salle d’audience d’ Almachius, au champ de Mars, non loin de la demeure des Cæcilii. L’interrogatoire commença. Elle répondit avec une ironie et une logique singulières : (( Est-il une conduite plus injuste que la vôtre? Vous employez les tortures pour faire avouer aux malfaiteurs la qualité de leur délit, le lieu, le temps, les complices; s’agit-il de nous, tout notre crime est dans notre nom, car vous savez que nous sommes innocents. Mais nous connaissons la grandeur de ce nom sacré, et nous ne pouvons le renier. — Choisis, » reprit Almachius, « ou sacrifie aux dieux, ou nie simplement que tu sois chrétienne, et tu pourras te retirer. — Quelle humiliante situation pour un magistrat! Il veut que je renie un nom qui témoigne démon innocence et que je me rende coupable d’un mensonge; il consent à m’épargner, et il est prêt à sévir contre moi. Si tu as envie de me condamner, pourquoi m’exhorter à nier le délit? » Almachius l’arrêta : « Assez. Sacrifie aux dieux, x Et il désignait du doigt les statues qui remplissaient le prétoire. « Tu

279. — Martyre de sainte Cécile. D’après un tableau de Pinturiechio. XVe siècle.

as donc perdu l’usage de tes yeux? » repartit Cécile. (( Les dieux dont tu parles, moi et tous ceux qui ont la vue saine, nous n’apercevons en eux que de la pierre, de l’airain ou du plomb. — En philosophe, j’ai dédaigné tes injures, quand elles ne visaient que moi, mais je ne puis supporter celles qui s’adressent aux dieux. — Tout le monde sait que Dieu estau ciel. Quant à ces statues de pierre, elles sont impuissantes et à se

Fig. 280. — La Crypte de sainte Cécile, aux Catacombes de Rome, en 1854.

défendre elles-mêmes, et à t’arracher toi-même à ta perte. Le Christ seul sauve de la mort. ))

Almachius la fît reconduire chez elle, et décida qu’elle serait étouffée dans la salle de bains de son palais. Cécile sortit miraculeusement victorieuse de ce supplice, et un licteur fut envoyé avec ordre de lui trancher la tête : il brandit son glaive, dut s’y reprendre à trois fois, et la laissa expirante, baignant dans son sang. Les fidèles vinrent pieusement assister à l’agonie de la martyre, qui expira dans les bras de saint Urbain. C’était le 16 septembre 178. Elle fut inhumée dans la crypte des Cæcilii, et cette partie de Rome souterraine, près de la

lmp F Didot, Paris.

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