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SAINT COLOMBAN

Vers 573, il partait avec douze de ses compagnons, et, traversant la Grande-Bretagne, venait débarquer dans les Gaules.

Le cours de ses pérégrinations apostoliques amena Colomban en Bourgogne, où il fut bien accueilli par le roi Gontran, qui lui fit don du domaine d’Annegray. C’est là qu’il établit sa première maison, et bientôt, le nombre de ses moines grandissant sans cesse, il obtint d’en fonder une seconde à Luxeuil (590). Cette ancienne colonie romaine, redevenue un lieu sauvage, fut en peu d’années l’un des monastères les plus prospères du pays franc. Les disciples affluaient, la renommée de Colomban s’étendait ; les nobles apportaient leurs richesses au moine irlandais, et parfois le sacrifice de leur chevelure et de leur liberté. Sous sa forte main, le travail et la prière avaient pris, à Luxeuil, des proportions inouïes jusqu’alors. Tous, riches et pauvres, y étaient également astreints aux travaux de défrichement que Colomban dirigeait en personne, et les malades n’en étaient exemptés qu’à la dernière extrémité. « C’est au prix de ce labeur perpétuel et excessif, » dit Montalembert, « que la moitié de notre pays et de l’ingrate Europe ont été rendues à la culture et à la vie. )) Ces fécondes luttes contre la nature ne furent malheureusement pas les seules qu’eut à livrer Colomban : sa prospérité, son influence, et aussi son caractère autoritaire, soulevèrent contre lui l’animosité des évêques. De ces querelles, on les torts furent partagés, on ne sait presque rien ; elles avaient en partie pour cause la question de la Pâque. Ces dissensions, qu’un synode apaisa néanmoins, ne furent pas sans diminuer le prestige de Colomban et sans hâter l’heure de ses disgrâces.

Thierry II, qui avait succédé à Gontran, sous la tutelle de Brunehaut, menait, comme la plupart des rois francs, une vie désordonnée; Colomban lui en fit de vifs reproches, et un jour que Brunehaut lui présentait les fils du roi, nés hors mariage, il refusa de les regarder et leur témoigna un tel mépris, que la vieille reine en conçut pour l’abbé de Luxeuil une haine mortelle. Elle fit d’abord défendre à ses religieux de sortir de leurs monastères, et à qui que ce fût de communiquer avec eux. Colomban alla trouver le roi et obtint satisfaction ; mais Thierry, qui avait promis de s’amender, retomba dans ses fautes; Colomban lui

écrivit une lettre véhémente et le menaça d’excommunication. Devant cette audace, Brunehaut ne se contint plus, et les leudes faisant cause commune avec elle, il fut arraché de Luxeuil et conduit à Besançon. Après quoi, onétablit une sorte de blocus autour de l’abbaye. Les moines rentrèrent bientôt en grâce ; pour Colomban, qui n’avait pas craint de revenir à Luxeuil, il reçut l’ordre de partir sur-le-champ (( et de s’en aller d’où il était venu ». Tous ses frères voulaient le suivre, mais Brunehaut, ne se souciant pas de ruiner le grand établissement dont la Bourgogne était hère, empêcha de partir les moines qui n’étaient pas d’origine irlandaise ou britannique (610).

Colomban prit avec les siens le chemin d’une patrie qui n’était plus pour lui que l’exil. Le voyage fut douloureux et rendu plus pénible encore par l’interdit qui pesait sur eux : nul ne devait leur donner de vivres, nul ne devait les abriter sous son toit, à peine de l’amende énorme de 600 deniers. A Orléans, en particulier, les habitants furent inflexibles, hormis une femme syrienne, de cette colonie d’Orientaux dont la présence en Gaule est déjà signalée sous Childebert Ier. Elle leur demande d’où ils viennent, et l’ayant su, leur offre l’hospitalité, disant, non sans mélancolie : « Moi aussi, je suis comme vous, une étrangère : je viens du lointain soleil d’Orient. » Arrivé à Nantes, la pensée de Colomban se tourna vers Luxeuil et il écrivit à ses frères une longue lettre, très belle et très touchante. Ses compagnons étaient déjà embarqués; comme il allait les rejoindre dans une chaloupe, la mer jeta le navire sur la plage. Alors le capitaine fit mettre les moines à terre et, à la marée suivante, s’éloigna sans les attendre. Colomban revint sur ses pas, puis se dirigea vers Soissons, où Clotaire II, l’ennemi de Brunehaut, lui fit l’accueil le plus empressé. De là, il se rendit à Metz et, sur son passage, les chefs de la noblesse franque lui amenaient leurs enfants pour qu’il les bénît.

Il avait toujours souhaité d’aller porter l’Evangile aux païens; ce bonheur lui fut accordé. Il remonta le Rhin et ses affluents jusqu’au lac de Zurich, séjourna à Tuggen, à Arbon, et se fixa enfin à Bregentz, sur le lac de Constance. Secondé par son disciple Gall, il réussit à former une petite chrétienté parmi les Suèves et les Alamans ; l’hostilité

22 novembre. — SAINTE CÉCILE.

des populations entrava ses efforts, et Bregentz étant tombé, avec toute l’Austrasie, au pouvoir de Thierry, il partit. Passant les Alpes, il arriva chez les Lombards; le roi Agilulfe lui attribua le domaine de Bobbio, dans les Apennins, où il fonda un monastère. Il devait y mourir bientôt après, le 21 novembre G15, ayant donné à l’esprit monastique l’impulsion la plus puissante, la plus rapide qu’il eût encore reçue en Occident. Les colonies de Luxeuil couvrirent bientôt la France ; nos plus illustres abbayes, Remiremont, Saint- Vandri Ile, Jumièges furent des fondations des disciples de saint Colomban.

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