SAINTE LUCE
Ayant perdu son père, un des notables habitants de Syracuse, Luce ou Lucie fut élevée dans la foi du Christ par sa mère Eutychée, qui lui inspira les plus vifs sentiments de piété. Ces premières impressions opé-
Fig. 295. — Les Béatitudes : Heureux ceux qui pleurent. D’après un bronze du XIXe siècle.
rèrent un merveilleux effet : elle promit à Dieu, dans un âge encore tendre, de passer toute sa vie en état de virginité. Sa mère, à qui elle n’avait rien dit, songeait pourtant à la marier ; mais elle fut attaquée d’un flux de sang qui la tourmenta pendant quatre ans, et dont elle ne se vit délivrée qu’en allant en pèlerinage au tombeau de sainte Agathe. Alors Luce confia, sur une nouvelle proposition de mariage , le voeu qu’elle avait fait, et obtint la liberté de suivre ses pieuses inclinations. Le jeune homme qui devait l’épouser était païen; il l’aimait depuis
longtemps, et quand il eut connaissance de sa résolution, il courut, dans un transport de colère, la dénoncer comme chrétienne.
La persécution de Dioclétien sévissait alors dans toute sa force ; aussi Paschase, gouverneur de la Sicile, se montra-t-il sans pitié. Comme il lui ordonnait de sacrifier aux dieux, Luce répondit : « Le sacrifice que nous devons offrir, c’est de visiter les veuves et les orphelins, d’assister les malheureux dans leurs besoins. Il y a trois ans que j’offre ce sacrifice au Seigneur, et il ne me reste qu’à m’offrir moi-même comme une victime qui lui est due. — Dis cela aux chrétiens, » répliqua Paschase, « non pas à moi qui ai pour devoir de faire observer les édits de l’empereur. — Tu crains un homme, moi je ne crains que Dieu. Agis comme il te plaira, et laisse-moi faire de même. » Paschase la condamna à être brûlée vive. Elle fut dépouillée de ses vêtements, enduite de poix et de résine, et allumée comme une torche vivante. C’était le supplice inventé par Néron; les bourreaux l’abrégèrent en lui perçant la gorge d’un coup d’épée (303). Ses restes, de Syracuse, où ils furent inhumés, ont été transportés à Constantinople, puis à Venise, et de là à Metz. Enfin, ce qui est fort rare dans l’histoire des reliques, ils reposent aujourd’hui en entier, à Ottange, dans le département de la Moselle. Le nom de sainte Luce a été inséré dans le canon de la messe.