SAINT ODILE
l’envoya au monastère de Jaunie, dont l’abbesse était sa tante. C’est là, quand elle eut douze ans, que saint Erard, suivant un avis d’en liant, vint la baptiser, et lui donner en même temps la vue ; ses yeux s’ouvrirent, et elle reçut le nom d’Odile.
En apprenant ce miracle, Adalric manifesta beaucoup de joie, mais il
Fig. 296. — Ancienne bannière de la ville de Strasbourg offrant l’image de Notre-Dame, à laquelle la ville s’était consacrée. D'après V Bonus deliciarum, ms. du XIIe siècle.
refusa néanmoins de reprendre son enfant. Quatre fils lui étaient nés, depuis Odile; l’un d’eux, Hugues, entra en correspondance avec sa sœur inconnue, se prit d’une vive affection pour elle et la fit secrètement revenir à la maison paternelle. Adalric, après un moment de colère, pardonna cette désobéissance, et peu à peu montra quelque tendresse à la jeune fille. Un duc d’Allemagne ayant demandé sa main, il la lui accorda ; mais Odile, qui s’était vouée à Dieu, s’enfuit, déguisée sous l’habit d’une mendiante, passa le Rhin et alla se cacher dans une solitude, près
Fribourg. Adalric, qui l’avait fait poursuivre en vain, proclama qu’elle pouvait revenir, qu’elle aurait liberté d’embrasser le genre de vie qui lui conviendrait. Avertie de ces dispositions de son père, Odile revint; et Adalric, tenant parole, lui permit de fonder une communauté religieuse et lui donna même, dans ce but, son château d’Hohembourg, avec toutes ses dépendances. Les travaux pour l’approprier à sa nouvelle destination furent faits entre les années 680 et 690. Odile se vit bientôt à la tête de cent trente religieuses, et, ce nombre augmentant sans cesse, elle bâtit un second monastère qui prit le nom de Ni e d e r-M tins t er . Adalric et Bereswinde vinrent passer leurs derniers jours près de leur fille, et moururent tous les deux, à Hohembourg, dans le même temps, vers l’an 700. Ils laissaient aux œuvres d’Odile une partie de leur fortune, et l’abbaye devint si riche, que, dans la suite, l’empereur Frédéric Barberousse accorda à ses supérieures le titre de princesses du saint-empire. A Nieder-Münster était joint un hôpital, oh Odile passait presque toutes ses journées près des malades, qu’elle soignait de ses mains. Ces fatigues, et la grande activité qu’il fallait déployer pour conduire des maisons si importantes, ne tardèrent pas à affaiblir singulièrement ses forces. Sentant venir sa fin, elle assembla ses filles, leur dit adieu, puis elle expira doucement, le 13 décembre 720.
L’Alsace, dont elle avait été l’honneur, la choisit pour patronne.
Le tombeau oh sainte Odile fut inhumée, situé près d’Hohembourg, sur une montagne, n’a jamais été dépossédé de ses restes. L’église qui s’y élève aujourd’hui remonte à 1692, et l’on voit alentour des ruines de l’ancien monastère. Placé entre les Vosges et l’Alsace, le mont Sainte-Odile domine une vaste étendue, oh l’œil découvre vingt villes et plus de trois cents villages; malgré les invasions et les désastres, jamais les Alsaciens, toujours fidèles au passé, n’en ont oublié le chemin.
L’abbaye de Sainte-Odile continua de suivre la règle de sa fondatrice jusqu’au dixième siècle; plus tard, elle adopta celle de saint Benoît. Parmi les abbesses qui la dirigèrent avec éclat, citons Herrade de Landsperg, morte en 1195, et qui composa, sous le titre d ’Hortus deliciarum, une sorte d’encyclopédie religieuse, en prose et en vers.
14 décembre. — SAINT SPIRIDION.