‹ La Vie des saintsChapitre 518 sur 536 · SAINTE ADÉLAÏDE · texte numérisé non relu

SAINTE ADÉLAÏDE

Fille de Rodolphe II, roi de Bourgogne, elle avait seize ans lorsqu’elle fut mariée, en 947, à Lotliaire, roi d’Italie. Elle eut une fille, nommée Emma, qui épousa, dans la suite, Lotliaire, roi de France. Veuve après deux ans de mariage, et maltraitée par Bérenger, qui s’était emparé du royaume de son mari et l’avait jetée en prison à Pavie, elle réussit à s’échapper et alla porter ses doléances au roi de Germanie. Othon, qui ne demandait qu’un prétexte pour passer en Italie dont il projetait la conquête, l’accueillit avec empressement. Rassemblant une armée considérable, il traversa les Alpes, entra sans résistance en Lombardie, et, ayant épousé Adélaïde, se fit couronner roi à Pavie. La suite de son expédition ne fut pas si heureuse, et il dut se contenter d’obtenir que Bérenger se déclarât son vassal. Dix ans plus tard, Othon descendait encore en Italie et se faisait solennellement couronner empereur, à Rome, le 2 février 962.

Loin de s’enorgueillir du rang si élevé que le sort lui avait fait et d’un changement si inespéré dans sa fortune, Adélaïde, après qu’elle fut devenue la femme du prince le plus puissant de son temps, ne se servit jamais de son pouvoir et de son crédit qu’en faveur des malheureux, des faibles et du bien de l’Eglise. Elle avait veillé avec le plus grand soin sur l’éducation de son fils Othon II, et, quand il fut monté sur le trône, elle réussit quelque temps à le guider par ses bons conseils , jusqu’au jour où, pour le malheur de l’empire, il épousa Théophanie, l’orgueilleuse fille de l’empereur d’Orient, Jean Zimiscès. En 983 , il mourait en laissant le trône à un enfant, Othon III, qui fut, après bien des intrigues, confié aux impératrices mères; Théophanie, jalouse de l’influence d’Adélaïde, excita bientôt la cour contre elle, l’abreuva de dégoûts, la persécuta ouvertement et réussit à la faire exiler au château d’Orbe, dans le canton de Vaud; mais à sa mort la veuve d’Othon le Grand reprit le gouvernement.

Mettant au service des affaires l’expérience qu’elle avait acquise pendant les deux règnes précédents, elle les dirigea avec sagesse et autorité. Elle veilla à ce que justice fût rendue à chacun sans distinc-

tioii de rang ni de condition, à ce que les impôts fussent équitablement répartis. La prière occupait tout le temps qu’elle ne donnait point à l’Etat ; elle se retirait fréquemment dans son oratoire , et son palais, d’ailleurs, ressemblait plutôt à un couvent sévèrement tenu qu’à une demeure royale. Otbon, cependant, arrivé à l’âge de gouverner luimême, montra quelques dispositions hostiles envers son aïeule; alors elle se décida à se retirer en Bourgogne, ne voulant plus recommencer des luttes qui avaient si fort contristé son cœur de mère. Son voyage ressembla à un triomphe : les peuples, pleins de vénération, se portaient sur son passage; sa fille Emma vint, avec le roi Louis V, son fils, la recevoir à la frontière de France. Visitant tous les monastères qu’elle rencontrait sur sa route, elle passa quelque temps à Cluny, près de saint Odilon. Après avoir réussi à réconcilier Rodolphe III, roi de Bourgogne, avec son frère Boson, elle alla demeurer à l’abbaye de Seltz, en Alsace, qu’elle avait fondée, et c’est là qu’elle mourut, en 999. Elle léguait sa fortune personnelle , partie aux pauvres , partie aux monastères de Cluny, de Saint-Benoît-sur-Loire et à la basilique de Saint-Martin de Tours.

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