‹ La vie des sociétésChapitre 166 sur 208 · INFLUENCE SOCIALE DE L'ÉTAT CIVIL · texte numérisé non relu

INFLUENCE SOCIALE DE L'ÉTAT CIVIL

uns au moins, que c’est précisément parce qu'ils étaient phtisiques ou disposés à le devenir, qu’ils sont restés garçons : en quoi 1ls ont agi sagement et honorablement : les gens mariés ont en somme été en quelque sorte triés par une sélection préalable. Pour les veufs, on peut dire que, si le chagrin d’a-

voir perdu leur femme les dispose à devenir phtisiques, il se

peut aussi que les fatigues, les veilles auprès d’une malade y aient contribué, et plus souvent encorequ'ils subissent la contagion de la phtisie qui précisément leur a enlevé leur femme. Si l’on examine la criminalité dans ses rapports avec l’état civil des coupables, on ne peut plus cette fois trouver la cause des modifications qu’il imprime que dans l’état civil même. Les garçons ne sont pas arrêtés sur la pente du crime autant que les gens mariés. Ces derniers y régardent à deux fois avant de compromettre la situation de leur femme; ils ont encore plus de scrupule s’ils ont des enfants. Les veafs reprennent plus de liberté ; les bonnes habitudes contractées pendant leur vie en ménage les retiennent cependant encore un peu ; la présence d'enfants auprès d’eux les retient davantage encore. Ainsi sur 1 million d'individus de chaque catégorie, voici le nombre de criminels qu’on compte chaque année :

(AREA Pt PR OR ENCRES 403 Veufs sans enfants...,.... 262 Véuts'avectenfantss 2. : "5,0 294.

Mariés sans enfants. .......... 221 Mariés avec enfants........... 186

Les mêmes considérations s'appliquent au suicide, parti extrême devant lequel les gens mariés reculent plus que les célibataires et auquel leur chagrin, la rupture de leurs habitudes pousse les veufs encore ie plus que les célibataires. En Bavière, de 1857 à 71, sur un même nombre d individus

de chaque état civil, on trouve : .

Chez les gens mariés......... 98 suicides:

célibataires, 4. 115 — RE vente nie 197 —

- Influence des lois matrimoniales sur les enfants. — Mortalité des enfants illégitimes. — Mort-nés. — Avortements. — Recherche de la paternité. — Tours. — L'interdiction de la recherche de la paternité augmente le nombre des naissances illégitimes. — Elle diminue le nombre des naissances légitimes. — Elle augmente la mortalité desillégitimes. — Avortement. — Infanticide. — Toute législation qui facilite le mariage rend les enfants illégitimes moins nombreux. — Utilité de l’indépendance de la femme.

C’est surtout lorsque l’on considère le sort des enfants, que les conditions de milieu créées par le mariage semblent importantes : la statistique montre que les enfants illégitimes subissent à tous les âges une mortalité beaucoup plus grande que les enfants légitimes du même âge : le mariage monogame n’est bon qu’à la condition que le couple qui a produit l’enfant restera uni; sans quoi la polygamie est préférable. Or, dans notre société si sévère sur les apparences, qui tient tant à ce qu’elle nomme les convenances, la fille-mère abandonnée par le père de son enfant ne peut soigner cet enfant convenablement. Non seulement elle ne peut le soigner lorsqu'il est né, mais sa grossesse aboutit souvent à mettre au monde un enfant mort et surtout, il faut bien le dire, la honte, le désespoir, la crainte, la poussent trop souvent au plus facile des crimes. et le nombre des enfants déclarés mort-nés se trouve accru. Sur 1.000 mort-nés, 32 sont légitimes et 64 sont illégitimes ; de même 1.000 grossesses légitimes donnent 68 avortements tandis que 1.000 grossesses illégitimes en donnent 921!

Quel A ici le premier coupable ? c’est évidemment la société. Le jour où, moins sévère sur la forme, sur l'étiquette et sur les infractions au gw’en dira-t-on, elle se montrera moins sévère pour la fille-mère et moins indulgente pour le père; le jour où elle autorisera la recherche de la paternité et où elle

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