LES" LOIS
se fait pas faute de nous dire à ce propos de dures vérités, qu’il faut encore que je cite : « L’homme ne sait être libre qu'autant qu'il a été élevé par la liberté, et cette éducation, ce n’est ni l’école ni les livres qui la donnent, c’est le frein que l’on s'impose à soi-même, la confiance en soi, le gouvernement du pays par le pays. Les vieilles associations en France prennent toujours une autre direction : à la moindre difficulté, elles appellent le secours du couvernement. Ce qui pour nous est concurrence, pour elles est monopole; ce que nous faisons par nos sociétés privées, le Français le fait par les administrations. Il ne peut creuser un canal, construire une voie ferrée sans faire appel au gouvernement. Il lève sans cesse les yeux vers ses chefs; nos gouvernants suivent le peuple du regard. Chez lui le pouvoir exécutif est le centre d’où rayonne la société ; chez nous la société est l’instigateur et le pouvoir n’est que son instrument. »
Graham Summer, philosophe plus sceptique, adresse ce reproche d’une manière plus générale à toutes les nations de la . vieille Burope : « La mode du jourest de demander des bureaux, des commissions, des inspecteurs du gouvernement pour redresser tous les torts. Aucune expérience n’affaiblit la foi du public dans ce moyen. Chaque fois l’on voit le parti qui gouverne être pour l'intervention, et le parti qui ne gouverne | pas, pour la non-intervention. Mais toujours les hommes qui attendent, pour prendre soin d’eux, les inspecteurs du gouvernement, perdent la véritable éducation de la liberté. »
En résumé, le milieu social est modifiable par l’homme ; mais ici, comme ailleurs, sa puissance ne s'exerce Jamais contre les forces naturelles ; elle ne consiste que dans leur emploi. La puissance et l'utilité du législateur sont d'autant plus grandes et plus certaines, qu’il s’éloigne moins des lois de l’histoire naturelle des sociétés. La loi doit aider l’évolution, la solliciter, en provoquer simplement la spontanéité : le moins de lois possible est le mieux. Les lois doivent être le plus larges qu’il est possible, favoriser la décentralisation et