‹ La vie des sociétésChapitre 191 sur 208 · S ACCOMMODER AU MILIEU OU DÉGÉNÉRER · texte numérisé non relu

S ACCOMMODER AU MILIEU OU DÉGÉNÉRER

progrès. & Il est temps de glorifier, dit encore Frary, Le travail fécond, d'apprendre à la jeunesse que l’aristocratie des arts libéraux n’est plus de notre siècle. Nous avons assez pris pour modèles les Grecs et les Romains, essayons d’étudier les Anglais et les Américains. Nous avons assez médité sur les ruines de l’antiquité classique, ouvrons enfin les yeux à la lumière du monde moderne. »

C’est la condition sine qua non de notre vitalité. II faut que le cerveau des citoyens soit en harmonie avec le milieu social nouveau, dans lequel ils sont appelés à vivre. Cette vue n’avait pas échappé à Condorcet, qui dans son rapport sur l’éducation disait : « Les nations qui s’avancent à travers les siècles ont besoin d’une instruction qui, se renouvelant et se corrigeant sans cesse, suive la marche du temps, la prévienne quelquefois et ne la contrarie jamais. Par la culture des générations présentes, on prépare les générations suivantes, et celles-ci naissent avec une facilité plus grande à recevoir l'instruction et plus d'aptitude à en profiter. De même, on peut découvrir dans nos opinions, dans nos habitudes les restes des préjugés de vingt peuples oubliés. » S’accommoder un milieu nouveau, c’est la loi inéluctable qui régit tous les organismes et tous les organes. Or tout a changé autour de nous et nous sommes, au point de vue du cerveau, dans la condition où se trouvent la flore et la faune, lorsque le climat d’un pays vient à changer.

Alors les individus qui naissent modelés sur le type de leurs

ancêtres et qui s’y maintiennent fidèlement, re varictur, disparaissent ; ils restent, comme des documents fossilisés, pour apprendre aux générations futures comment on disparaît quand on n’est plus de son temps. Ceux-là seuls subsistent, qui ont su évoluer, s’accommoder à un milieu nouveau.

C’est là le secret de l’élévation ou de la décadence : s’accommoder au milieu ou dégénérer! Dans une page par laquelle je terminerai ce livre, Quinet a donné magistralement la formule de cette loi : « Supposez une classe d'hommes que son intérêt immédiat pousse à rejeter toute vérité, cette classe

ne s’attachera qu’à des idées mortes. Elle se fera une atmosphère de sophismes, qui ne fournira aucun aliment vital à son cerveau. Les têtes devenues vides, elle comblera ce vide par des déclamations auxquelles elle n’aoutera pas foi; elle se rendra incapable de faire autre chose que de déclamer.

« Je rencontre des hommes qui depuis plus d’un demisiècle n’ont pas acquis une idée, une notion. Comment la faculté de comprendre ne s’oblitérerait-elle pas dans cette désuétude de la pensée? Nous accusons leurs intentions peutêtre à tort. C’est l’organe même qui, chez eux, s’engourdit. Il y à des fossiles vivants, des pétrifications qui parlent et gesticulent. Vous me demandez en quoi consiste la décadence? Je viens de le dire. »

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