‹ La vie des sociétésChapitre 190 sur 208 · RÔLE SPÉCIAL DE LA FEMME · texte numérisé non relu

RÔLE SPÉCIAL DE LA FEMME

ront profité de l'instruction publique en conserveront plus aisément les avantages, s’ils trouvent dans leurs femmes une instruction à peu près égale. »

Malgré tout ce qui a été fait de nos jours pour l’instruction de la femme, on ne s’inspire pas encore suffisamment de ces préceptes, et ce que Diderot nommait la superstition « de la feuille de figuier » est encore la cause de pruderies inexplicables. Il serait bon cependant de songer à faire non pas tant des citoyennes que des femmes et des mères. Tout en admettant l’écalité d'instruction recommandée par Condorcet, 1l ne faut pas oublier cependant que le rôle de la femme n’est pas dans nos sociétés le même que celui de l’homme; ce sont deux rôles complémentaires, qu’il ne faut pas confondre, sans quoi on s’exposerait à voir l'homme bercer l’enfant ou raccommoder ses chaussettes, pendant que la femme irait voter, ou bien à produire ce résultat que l’enfant ne fût pas soigné du tout et que les chaussettes ne fussent pas raccommodées. La profession de la femme est de tenir la maison et d’élever les enfants; son éducation doit être professionnelle et la préparer à ce rôle qui lui appartient.

Il importe surtout de ne pas réaliser pour elle les condition du swrmenage qui seront plus désastreuses encore que pour les hommes. Une foule de jeunes filles, précisément dans l’âge où elles ont besoin de soins spéciaux, sont surmenées par les programmes des examens. En toutes choses il faut éviter l’excès.

Certes un symptôme particulièrement heureux, c’est l’enthousiasme avec lequel les jeunes filles se sont précipitées vers cette porte de l'instruction, que la troisième République leur a enfin ouverte, comme le demandait la première : la mode, et une mode excellente, s’en est mêlée, et les jeunes

filles passent maintenant leurs examens comme leurs frères. C’est là un excellent signe!

Mais si j'approuve les jeunes filles, les riches comme les

pauvres, de chercher dans la culture de leur esprit une pré-

paration au rôle de femme et de mère qui est le leur, 1l faut reconnaître que plus souvent qu’il ne serait à souhaiter les jeunes filles pauvres cherchent dans cette instruction les éléments d’une profession. Toutes veulent être institutrices : 12.741 jeunes filles se sont présentées l’an dernier pour le brevet d’institutrice; or toutes ne peuvent être placées : sur 4.000 postulantes, à Paris, on en place 100! cela fait des déclassées.

À coup sûr ces Jeunes filles intelligentes ne sont pas coupables; elles sont victimes des errements de notre société, qui n’admettent pas qu’une femme puisse gagner sa vie autrement qu’en se faisant institutrice. Beaucoup de médecins voient à tort d’un œil jaloux les femmes entrer dans leur compagnie; il me semble cependant que la place d’une femme auprès d’un malade et surtout d’une malade est tout indiquée. Pourquoi d’ailleurs les femmes n’entreraient-elles pas dans les bureaux ? Leurs habitudes d'ordre, de minutie et de vie sédentaire s’en trouveraient à merveille. Pourquoi ne prennent-elles pas dans les magasins la situation de tant de jeunes gens quine sont pas à leur place? « Quel est le citoyen qui ne souffre, disait Grégoire, en voyant des hommes bien constitués être coiffeurs de dames, tailleurs d’habits pour femmes, valets de chambre, garcons cafetiers, tandis qu'ils devraient refluer dans les ateliers et dans les campagnes? »

L'éducation doit mettre le cerveau en harmonie avec le milieu social. — La loi des organismes est de s'accommoder au milieu ou de tomber en décadence.

Notre éducation doit tendre en somme à préparer non des mannequins vivants, suivant un idéal convenu depuis des siècles, mais des hommes utilement armés pour la vie et dont l’armement soit modifié au fur et à mesure des besoins du

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