‹ La vie des sociétésChapitre 73 sur 208 · LA PROSTITUTION. LD · texte numérisé non relu

LA PROSTITUTION. LD

LE

Prédominance numérique des hommes sur les femmes dans le milieu urbain. — La prostitution est une conséquence de cette proportion. — La prostitution officielle et le socialisme d’ État. — Le travail des femmes.

Cette origine, par voie de migration, permet de prévoir quelle sera la Rte du milieu social des villes. Il se distingue par la prédominance numérique des hommes sur les femmes ; car ce sont les hommes qui croient trouver à la ville des travaux et des plaisirs nouveaux ; ce sont eux surtout, qui quittent la campagne pour immigrer dans la ville. Aussi, tandis qu’en France on trouve, dans la population de 20 à 25 ans, 1.576.044 femmes et 1.498.738 hommes, on trouve, dans la population du département de la Seine prise au même âge, 107.809 femmeset 115.107 hommes. La population dela France présente doncun excédent de 78.006 femmes, tandis que celle de la Seine présente au contraire un excédent de 7.298 kommes.

Les conséquences de ce caractère masculin du milieu social des villes sont nombreuses; mais il en est une importante entre toutes, c’est le développement de la prostitution. Du moment que chaque homme, en eût-il le désir, ne peut trouver une compagne, qui constitue avec lui le couple humain, véritable condition physiologique de la vie sociale, au moins dans le milieu européen où nous vivons actuellement, il faut nécessairement que, en vertu de la loi de l’offre et de la demande, un certain nombre d'hommes, qui n’ont point de foyer domestique, deviennent la clientèle du four banal de l'amour.

I y à plus : par suite d’une conception qui semble une étrange anomalie, mais qui n’est en réalité que la permanence atavique des idées de nos ancêtres sur l’infériorité de la femme, sur sa fonction naturelle d’esclave et de bétail, l’État, mêlant à cette conception surannée les doctrines socialistes encore

chères à tant de politiciens, croit devoir, au nom de ce qu’on nomme la morale, se faire entrepreneur de prostitution et souteneur du monopole des prostituées officielles et patentées.

La prostitution entraîne, à son tour, la syphilis ; car l’expérience de l’Angleterre a montré que la prétendue surveillance de la police ne donnait à ses clients qu’une sécurité trompeuse, et que la syphilis faisait moins de progrès là où, croyant avoir plus de risques, ceux qui s’y exposent prenaient plus de précautions. Ici, comme en toute chose, la liberté est la meilleure des sauvegardes et s’il est un sujet où l’État n’ait pas à intervenir, c’est à coup sûr celui-là.

Un seul remède peut empêcher la prostitution d’être une conséquence forcée de la diminution relative du nombre des femmes dans les villes : mais ce remède n’est pas davantage dans les mains de l’État ; il est tout entier au pouvoir des patrons ; c’est l'admission le plus fréquemment possible des femmes aux emplois dont elles peuvent s’acquitter au moins aussi bien que les hommes. C’est en effet la misère qui vient pousser si souvent la femme dans la voie du vice, et la misère atteint les femmes plus cruellement encore que les hommes : la preuve en est que, dans tous les arrondissements de Paris, le nombre des femmes nécessiteuses est plus considérable que celui des hommes dans la même situation : pour 24 hommes inscrits au bureau de bienfaisance, on trouve 41 femmes!

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