‹ La vie des sociétésChapitre 83 sur 208 · DÉCHÉANCE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

DÉCHÉANCE PHYSIQUE

509 habitaient Londres et 296 vivaient à la campagne. Or cette enquête lui a permis de constater que la taille des enfants de la campagne dépassait de 3 centimètres celle des enfants des villes, et que le poids des premiers dépassait de 3 kilogrammes celui des seconds!

C’est pour la même cause que l’aptitude des jeunes conscrits au service militaire est en raison inverse de l’importance et de la densité de la ville à laquelle ils appartiennent : tandis que les campagnes donnent une moyenne de 8.058 réformés pour 20.000 conscrits, les villes industrielles donnent, pour le même nombre de conscrits, une moyenne de 14.451 réformés. Dur 100 conscrits on trouve en France 22 réformés et 29 dans la Seine.

Cette faiblesse native d’un grand nombre de citadins s’explique par l’état de santé précaire des parents et surtout par

les mauvaises conditions au milieu desquelles s'effectue la maternité.

NL

Influence du milieu social des villes sur la pathologie. — Caractère épidémique de la pathologie urbaine.

Tuberculose. — Son rapport avec la densité de la population et l’encombrement. — Inoculation de la tuberculose aux habitants des villes par l’usage alimentaire d'animaux ou de produits animaux tuberculeux. — Contagion de la tuberculose transportée avec la civilisation. — La tuberculose accompagne tout changement brusque du milieu social.

La syphilis. — Elle marche avec la civilisation. — Les populations isolées en sont à l'abri. — Le milieu social modifie la forme de cette maladie. —Sa fréquence dans les villes augmente avec la densité de la population. — Inutilité des règlements. — Impossibilité de les appliquer strictement.

Fièvre typhoïde. — Maladie essentiellement urbaine. — Elle s'accroît par l’arrivée incessante des immigrants. — Sa fréquence croît avec la misère. — Grande réceptivité de la population militaire.

Alcoolisme.— Il est surtout développé dans les villes. — II a sa cause dans l’excès de travail, la misère, et dans la falsification de l'alcool, due elle-même aux droits élevés dont il est grevé. — Progression de la consommation de l’alcool. — Augmentation du nombre des débits. — Rôle

de l'alcoolisme dans la mortalité des villes. — Diminution proportionnelle de la quantité d'alcool de vin ; augmentation de celle des alcools toxiques. — Inefficacité des mesur es proposées, telles que la vente de l’al-

cool par la commune ou par l’État. — Inefficacité de la restriction du

nombre des débits prouvée par l'exemple de la Suède et du Danemarck. — Inutilité des sociétés de tempérance. — Le vrai remède contre l’alcoolisme.

Il est si vrai que les conditions malsaines de la ville résultent surtout du grand nombre des individus ainsi mis en contact les uns avec les autres, que la caractéristique des maladies des villes c’est la forme épidémique. Tout est épidémique dans les villes, même la civilisation, même parfois l'esprit, même certaines idées courantes auxquelles on reconnaît le Parisien. Malheureusement la contagion ne se fait pas moins dans le mal que dans le bien, et les mauvaises habitudes, les vices et les crimes se propagent comme la fièvre typhoïde, la variole et la diphtérie.

En dépit des embellissements, qui ne portent d’ailleurs que sur les quartiers riches, le nombre des étrangers toujours croissant apporte un nombre de germes morbides de plus en plus considérable dans un terrain dont les détails que j'ai donnés sur Ja cité des Kroumirs et d’autres habitations insalubres, font assez prévoir la fécondité. D’après les recherches de Brouardel, le tribut payé par un groupe de 100.000 habitants de Paris à la fièvre typhoïde et à la dipltérie a doublé en dix ans!

Toutes les maladies ont leur maximum de fréquence dans les villes. Il n’en est qu'une seule dont elles mettent à l'abri, c’est la fièvre palustre. M. Colin a judicieusement remarqué que les villes sont relativement à l’abri de cette maladie, et que les quartiers du centre le sont même plus sûrement que ceux de la circonférence : cela tient, ainsi qu'il le dit, à l’obstacle qu'apportent le pavage et surtout les maisons au passage et à la germination des corpuscules microscopiques qui donnent naissance à la fièvre.

Au premier rang dans les causes de la morbidité des villes

TUBERCULOSE. 15e

on doit placer, avec la misère, la tuberculose, la syphilis et l’alcoolisme.

La tuberculose est, sans contredit, la maladie la plus redoutable des villes; elle fait périr, chaque année, dans le monde plus de érois millions d'individus. Elle figure, à elle seule, dans les pays civilisés, pour le 1/8 et même le 1/5 des décès. Répandue partout, avec une intensité plus où moins grande, elle se monte partout en rapport direct avec la densité de la population ; on peut même dire que sile séjour sur les hauteurs semble un préservatif, c’est que la densité des populations leur est proportionnellement inverse. Il est tellement vrai que la diminution dans la densité des populations joue son rôle ici, que les populations peu denses, mais sans altitude, ont la même immunité. Voilà pourquoi la phtisie est aussi rare dans les plaines peu élevées des Kirghiss nomades que sur les hauteurs peu peuplées.

Veut-on voir un exemple de l’action de la densité de la population sur la phtisie? cet exemple sera fourni, pour l'Angleterre, par le D° Pears, au moyen d’une statistique qui porte sur 300.000 habitants de 34 districts du Devonshire, observés pendant une période de dix ans (1861-1870).

Superfcie Décès phtisiques.

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La phtisie est si bien une maladie qui croît comme la densité de la population, que la mortalité provoquée par elle dans les campagnes même les plus peuplées est toujours infé-

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