L'INITIATIVE PRIVÉE
d'empêcher le développement d’une contagion, dont la négligence ou l’incurie de quelques-uns rendrait le plus grand nombre victime. En dehors de telles exceptions, qui sont des concessions faites au temps et aux mœurs, il faut toujours craindre de verser dans l'arbitraire. » Ainsi s’exprimaient avec raison, selon moi, plusieurs orateurs dans une récente discussion à la Société d'économie politique.
Est-ce à dire qu'il n’y ait rien à faire? je crois qu’au contraire on peut beaucoup, mais par un tout autre moyen on à eu recours, en Angleterre, à la coopération et à la spéculation industrielle. Des sociétés se sont fondées à Londres pour construire des logements destinés aux ouvriers ; elles ont concilié le bon marché de la location avec les exigences de l'hygiène; plus de 100.000 personnes se sont fait recevoir de ces sociétés de construction (building societies) qui relèvent uniquement de l'initiative privée. Les résultats qu’il était permis d'espérer ne se sont pas fait attendre : 50.000 individus sont logés dans ces conditions nouvelles ; ils forment 11.000 familles. La mortalité de cette population a diminué de 1.000 par an : les cas de maladie s’y sont réduits de 20.000 à 15.000. Galton a calculé que l’économie réalisée en ce cas
sur la mort, la maladie, les frais d’inhumation estimés à
125 fr. par décès, etc., représente bien plus que l’intérêt du capital de 47 millions 1/2 de francs dépensés pour construire ces nouveaux logements. Ajoutant que la vie des habitants de ces quartiers plus sains serait en moyenne prolengée de dix ans et calculant à 25 francs par semaine et par famille le salaire moyen, 1l évaluait à 116 millions le bénéfice réalisé par l'effet de ces améliorations dans le logement. A Rouen s’est également formée une société pour la création de logements salubres et à bon marché.
- Qu'on multiplie en outre les conférences sur l’hygiène, les
articles de journaux édifiant en peu de mots le lecteur sur ses intérêts : on n’aura pas perdu son temps si on à seulement
réveillé chez nous l'initiative individuelle depuis longtemps
Van
en sommeil. Je crois que c’est là la seule voie pratique, la seule qui assure la liberté et qui soit compatible avec ie plus grand besoin de la société française, telle que son passé nous la faite, le besoin de décentraliser. $
Un projet de loi récemment déposé sur le bureau de la chambre par M. Lockroy, ministre du commerce, me semble heureusement concilier la surveillance de l’État, indispensable au moins au début, et l’autonomie départementale. L’auteur du projet sent tout le besoin de donner la vie et l’autorité, qui leur ont manqué depuis leur création, aux conseils d'hygiène départementaux. Xl crée des inspecteurs départementaux et des inspecteurs adjoints, qui assureront ainsi la décentralisation nécessaire à l'efficacité d’une mesure émanée du pouvoir central. Il ne faut pas d’ailleurs méconnaître que si l'État doit aux citoyens la sécurité de la rue, il leur doit aussi la sécurité hygiénique et que, tout en respectant la liberté de chacun, il a le devoir de leur assurer {a liberté de la santé. En Angleterre, toutes les fois que la mortalité d’une ville dépasse 19 pour 1.000, le Board local government demande un plan d'assainissement de la ville.
Amoindrissement physique de la population urbaine. Déficit à la conscription. — Cachexie urbaine.
En présence du tableau que je viens de tracer, il n’y à pas lieu d’être surpris de l’état d’amoindrissement physique que présente partout la population moyenne des villes ; 1l y aurait plutôt lieu de s'étonner que ce qu'on a nommé l’anémie urbaine, la cachexie urbaine, ne produise pas des ravages plus considérables.
En 1875, Francis Galton a relevé la taille et le poids des enfants de quatorze ans qui fréquentaient les écoles publiques :