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Phénomènes démographiques du milieu social des villes. — Influence de la vie sédentaire sur la fécondité. — Diminution des naissances dans les villes. — Fréquence moindre des mariages. — Ceux-ci sont plus tardifs. — Grand nombre des enfants mort-nés. — La plupart de ces mort-nés sont illégitimes. — Mortalité des enfants illégitimes. — Causes de ce phénomène. — Le remède consiste dans l’autorisation de la recherche de la paternité et dans le rétablissement des tours. — Fréquence des naissances illégitimes dans les villes. — Mortalité générale des enfants. — Grande mortalité de tous les âges dans les villes. — Chances de survie comparées dans la France et à Paris. — Extinction de la population des grandes villes livrée à elle-même. — Nécessité du croisement entre les natifs des villes et les immigrants.
Tant qu’on n'aura pas remédié à l’état de choses actuel, les phénomènes démographiques dont les villes sont le théâtre se distingueront par un caractère spécial, qui est loin d’être favorable à l’évolution de leur population.
Pour bien des raisons la natalité des villes est affaiblie : misère et richesse, causes l’une et l’autre de ce qu’on a nommé la restriction volontaire, fatigue du travail ou des plaisirs mondains, défaut d'hygiène, manque d’exercice, centralisation trop exclusivement cérébrale des forces organiques,
NATALITÉ. — MATRIMONIALITÉ. 147
voilà bien des causes qui, à des degrés divers, jouent leur rôle dans la production de ce phénomène.
Pour ne parler que du défaut d’exercice, des conditions de confinement et de réclusion d’une partie de la population , on peut rapprocher ce qui se passe dans les villes des conséquences de la vie sédentaire constatées par Darwin chez nos oiseaux domestiques : chez les poules, qui vivent libres en plein air, 20 % des œufs avortent ; chez celles qui sont moins complètement libres, la proportion des œufs avortés s'élève à 40 7 ; chez celles qui vivent complètement enfermées, ce chiffre atteint 60 7%. Quoi qu’il en soit de ces explications, le fait de la diminution des naissances dans les villes est indéniable : tandis que, pour toute la France, 100 mariages donnent 313 naissances légitimes, ils n’en donnent, dans le département de la Seine, que 241; différence, un cinquième!
S1 les mariages sont moins féconds dans les villes que dans les campagnes, ils sont en outre moins nombreux : on se marie moins, parce que, ainsi que je l’ai déjà dit, les hommes sont plus nombreux que les femmes, parce que la vie de garcon trouve dans les villes des plaisirs faciles, enfin parce que la vie est chère dans la ville et que beaucoup de ceux qui y sont venus chercher la fortune ne l’ont pas encore trouvée au moment où 1l leur conviendrait d’ailleurs de se marier. Si la population du département de la Seine se mariait, dit Bertillon, avec la même fréquence que celle du reste de la France, on compterait annuellement, dans la Seine, 49.565 mariés de plus.
On se marie en outre plus tard dans les villes que dans les campagnes : l’âge moyen du mariage est de 28 ans 3 mois pour la France et de 29 ans 6 mois pour la Seine.
Un des phénomènes démographiques les plus remarquables présentés par les villes, c’est le grand nombre d’enfants qui y sont déclarés #ort-nés. Sur 10.000 naissances on constate :
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La plupart de ces mort-nés, aussi bien à la ville qu'à la campagne, sont des enfants illégitimes :
368 mort-nés légitimes.
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Il est facile de comprendre pourquoi les enfants illégitimes donnent un plus grand nombre de mort-nés : les filles-mères étant partout rebutées et méprisées sont forcées, pour échapper à ce cruel préjugé, de dissimuler leur grossesse le plus longtemps possible; elles doivent en outre, généralement abandonnées par leur amant aussitôt qu’il connaît leur situation, se livrer pour vivre et pour élever bientôt leur enfant à des travaux au-dessus de leurs forces et se priver de tous les soins nécessaires dans leur état. Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, l'embryon succombe avant sa naissance ; enfin il existe une autre cause : lorsque, malgré tous ses efforts pour se cacher et pour lutter, la fille abandonnée se trouve seule dans sa chambre avec ce petit être, qui vient de naître, il arrive qu’elle perd la tête et que, voulant d’abord étouffer les cris compromettants qu’il fait entendre dans son premier vagissement, elle étouffe l'enfant, qui, si rien ne s’ébruite, sera simplement enregistré mort-né par la bureaucratie.
Il est évident que ce nombre de mort-nés illégitimes diminuerait, Si nos préjugés contre la fille séduite étaient moins sévères pour elle et l’étaient davantage pour le séducteur, si nos lois permettaient la recherche de la paternité, et si la suppression des tours n’ôtait à la femme qui est tentée de se débarrasser de son enfant le moyen de le faire sans commettre un crime.
Si les mort-nés, même légitimes, sont plus fréquents dans
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