ALCOOLISME
La loi contre l’ivresse est tout aussi illusoire, outre qu’elle est vexatoire; car pourquoi emprisonner le pauvre diable, qui sort de l’assommoir empoisonné par l’alcool amylique, plutôt que le viveur à qui le potage à la bisque, le madère et la fine champagne ont donné une indigestion, ou que celui qui paie d’une attaque de goutte ses excès gastronomiques ?
Il en faut revenir à la liberté et à cet axiome justement émis par le président de la Lique belge contre l'alcoolisme, au congrès de 1882 : « Il n’y à que deux remèdes contre l’alcoolisme; c’est la suppression de la misère et la suppression de l'ignorance. »
Le D*' Schuler, dans son enquête sur les divers modes d’alimentation des cantons suisses, confirme cette appréciation. Dans le riche canton de Vaud, à Genève, à la Chaux-de- Fond, dans le canton de Zurich, partout où l’on consomme beaucoup d’aliments azotés sous forme de viande, de fromage mi-gras, de pain de bonne qualité, la consommation de l’eau-de-vie est très faible. Dans les cantons pauvres, dans la partie inférieure de l’Emmenthal, dans l’Oberghale, à Interlaken, dans la vallée de la Surh, dans le Hinterland, dans les petits cantons, dans les cantons primitifs, là où l’alimentation, composée surtout de pommes de terre et de mais, est seulement relevée par de mauvais café, où le lard est un objet de luxe, là le schnaps, le brandevin, l’eau-de-vie de pomme de terre à 0,50 c. la bouteille au détail, jouent an rôle considérable.
Quand la protéine et les corps gras manquent, l’estomac a besoin d’être rempli. L'homme se sent débile ; il essaye de tromper son besoin, de se donner une vigueur factice avec de l’eau-de-vie. Yves Guyot rappelant ces faits dans une discussion sur l’alcoolisme devant la Société d'économie politique ajoutait avec raison : € Mais que font donc les législateurs &« qui veulent restreindre à l’aide de tarifs douaniers la con- « sommation du blé et de la viande? Ils donnént une prime « à l’alcoolisme! » ri
a. VON
C’est donc à une question de dégrèvement et non pas de protection que se réduit la lutte contre l’alcoolisme. Faites que l’alimentation soit à bon marché, et l’alcoolisme diminuera. Faites la politique du paix cher, de la viande chère, de lalimentation chère, et l’alcoolisme croîtra. C’est un produit du milieu social des villes : c’est ce milieu social que nous devons nous appliquer à améliorer. Mais nous ne devons le faire que par nous-mêmes et sans appeler l'E État à notre secours. Nous devons agir dans la mesure rappelée par cette maxime de Summer : « Tout homme, toute femme en société a un & grand devoir ; c’est de prendre soin de soi; c’est là le de- « voir social. »