Voir dans notre second volume, I" partie, le chap. y
drait excellents), comme autant de dictâmes pour l'esprit et le cœur de leurs enfants?
Son fils et ses filles s'élevaient de la sorte autour de lui; mais, si douces que fussent ces joies de son foyer, il ne s'y renfermait pas exclusivement. Il recherchait et rencontrait près de lui d'autres affections. Il professait comme principe qu'on ne saurait trop remplir ses devoirs envers ses proches. Sa parenté était nombreuse, et il demandait à ses enfants de continuer, à l'égard de tous les membres de la famille, les mêmes rapports de respect et d'affection, de se rendre dignes de leur bienveillance.
Non loin de Sault, il trouvait à Lourmarin, village situé près des bords de la Durance, sa famille maternelle ; le frère de sa mère , Pierre-Henri de^ Girard, secrétaire du Roi, administrateur et agronome distingué, bienfaiteur de populations qui lui avaient donné la preuve de leurs sentiments, en protégeant sa vie et en sauvegardant ses biens pendant la Terreur de 1793, chef d'une maison aux moeurs patriarcales où quatre fils étaient sur le chemin qui mène à la gloire.
Il le considérait comme un second père, et regardait ses enfants comme des frères. C'est sans doute à l'aîné d'entre eux qu'il avait adressé,
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en 1789, la profession de foi sur la médecine que nous lisons inscrite, sous forme de dédicace \ au frontispice de sa thèse de baccalauréat en médecine. Nous avons dit combien s'aimaient Philippe , Antoine et Auguste de Courtois. Leurs cousins ne s'affectionnaient pas avec moins de tendresse. Voici les vers que l'un d'eux, Camille, adressait à son frère Philippe de Girard :
« Puissions-nous, pénétrés d'une douce espérance. Nous tenir par la main sur le bord du tombeau, Et, comme aux jours de notre enfance, Nous endormir... dans le môme berceau! »
Deux des fils de Girard, Philippe et Frédéric, eurent un génie scientifique de premier ordre : Philippe surtout, si connu par son invention de la machine à filer le lin, et qui ne se lassa pas de faire des découvertes dont il fut le seul à ne retirer aucun profit. Sa longue et belle existence, l'his-
1. a A M. de Girard fils, écuyer. Daignez agréer l'hommage de mes premiers travaux sur l'art de conserver la santé. Je le dois à celui dont l'amitié me fait sentir le prix de la vie. Je serai heureux si je réussis à en adoucir les maux, comme vous savez, Monsieur, nous en faire goûter les douceurs, etc.. An- ToiNK DE Courtois. »
Nous devons la découverte et la communication de ce document à la rare obligeance de M. Germain, doyen de la Faculté des lettres de Montpellier, qui l'a recherché pour nous dans les archives de la Faculté de médecine.
toire héroïque de ses travaux, son indomptable dévouement au bien public si mal récompensé par la fortune, ont fourni matière à une de ces biographies populaires ^ à un de ces tableaux de mœurs tels que les aiment les Anglais, et dont ]a vie plus heureuse de Stephenson nous offre un des types. On y admire plus d'un trait caractérisant les anciennes éducations.
Le 12 mai 1810, paraît au Moniteur le décret qui promet un million à celui qui dotera la France de la machine à filer le lin.
La nouvelle en arrive à Lourmarin, au moment où la famille se met à table. Et le père, de fixer les yeux sur son fils, et de lui dire : « Philippe, voilà qui te regarde. » Ce simple mot suffit. Et Philippe se met le jour même à l'ouvrage; il n'a qu'une pensée : illustrer le nom de son vieux père, travailler pour la famille... Deux mois se passent, la machine est trouvée, et, le 18 juillet 1810, Philippe, en prenant son premier brevet d'invention, devient le créateur de la nouvelle industrie linière en France.
1. Philippe de Girard, par M. Benjamin Rampai; 5« édit- Paris, ]863. '
Nous empruntons les détailg qui le concernent à cette iûtéressante biof^raphie.
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Le vieux père ne jouit pas longtemps de la gloire de son fils : il meurt en 1811 Antoine de Courtois reçoit ses derniers vœux, et il les présente comme un adoucissement à la douleur de ceux de ses enfonts qui sont au loin, et qui n'ont pas eu la consolation de pouvoir lui fermer les yeux.
c( Rendez-vous tous ce témoignage, leur écrit-il, que vous avez conservé ce bon père au-delà du terme ordinaire de la vie humaine, et qu'après l'avoir honoré par vos talents et vos succès, vous avez encore rempli ses derniers jours par de nouvelles espérances. L'espérance est la joie de nos derniers moments; grâce à vous, jamais ce sentiment ne s'est éteint dans son cœur.
« Il est mort en se voyant renaître dans une troisième génération. Quel est celui de nous à qui un sort aussi doux sera réservé?
<( Je vous dis cela, mes bons amis, pour adoucir autant qull est en moi les regrets de sa perte, et aussi pour vous persuader que vous devez à la mémoire de votre père, et à votre soumission à sa volonté, de travailler sans relâche aux grands objets qui vous occupent.
a En réussissant, vous couronnerez son ouvrage. € Il vaut mieuxy me disait-il, être père de celui
qui fait une grande découverte, que d'être père d'un prince. y>
« Voyez par là combien il était heureux d'être votre père, et que cette pensée vous fasse redoubler d'efforts. Travaillez toujours sous ses yeux, toujours pour lui et toujours par son ordre i. »
Il est plus opportun que jamais de faire entendre de tels accents. Ceux qui suppriment dans notre pays les autorités paternelles le comprendront-ils? Sentiront-ils qu'ils brisent le grand ressort?
Nul n'a plus inventé que Philippe de Girard; il