‹ La vie domestique (volume 2)Chapitre 32 sur 60 · NE JAMAIS PLAIDER · texte numérisé non relu

NE JAMAIS PLAIDER

« Je n'ai jamais vu quelqu'un soutenir un procès, « sans en avoir du regret et sans maudire son sort. « Au nom de Dieu et de vos enfants, ne plaidez « jamais, absolument jamais.

Vivre en paix avec le prochain.

« Soyez circonspects dans votre conduite et dans « vos propos, ne dites jamais du mal de personne. « Le mal qu'on dit d'autrui ne produit que du mal « pour soi-même.

« Connaissez bien les gens, étudiez longtemps « leur caractère et leurs principes, avant de vous t( lier avec eux. Ne faites vos amis que ceux qui u ont de la moralité dans leur conduite et de l'or- .( dre dans leurs affaires; car vous deviendrez sem- <( blables à ceux avec qui vous vivrez. Si vous « vivez avec des libertins, vos mœurs et votre H. santé seront perdues ; si vous vivez avec des pro- 'w digues, votre fortune sera bientôt mandée; si

i'iA VIVRE EN PAIX AVEC LE PROCHAIN

« VOUS vivez avec des gens sages, vous serez sages a comme eux.

« Parlez peu de vous-même, peu de vos affaires,^ a pour ne pas exciter ou le mépris ou l'envie. Ne « dites pas le secret de votre intérieur à personne, « pas même à vos amis, sans une grande nécessité.

« La règle la plus sage à suivre est de vivre avec « nos amis, comme s'ils pouvaient devenir nos ence nemis, et de vivre avec nos ennemis, comme s'ils « devaient devenir nos amis.

c( Ce principe paraît d'abord étrange et tenir de la « dissimulation ; et cependant , il est conforme à « l'expérience de tous les temps et de tous les pays. « Regardez autour de vous ; combien d'anciens amis « brouillés et d'ennemis réconciliés ! Quelque douce ces que soient les liaisons du cœur, ne vous laisc( sez pas égarer par de vaines théories de sentiment a que dément chaque jour l'expérience.

« Qaels que soient les torts vrais ou supposés de a vos ennemis, souvenez-vous que la vie est longue, c( que le moment n'est peut-être pas loin où ils vont « devenir vos amis, et ménagez-les dans cette at-

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« tente. Ménagez-les même pour votre propre intéi' rèt ; car la vengeance n'attire que la vengeance. Si w vous supposez qu'ils ne vous aiment pas, ils vous w aimeront bien moins, quand vous leur aurez tc- « moigné du mépris ou du ressentiment.

« Je suppose ici que vous pourrez avoir des ennemi mis ; mais que Dieu vous en préserve! Que Dieu u écarte de vous ce fléau de la vie! Ah! si je con- (( naissais des ennemis de mes enfants, je me jette- (( rais à leurs pieds, et, sans m'iiiformer s'ils ont c( des torts ou non, je m'humilierais jusqu'à ce qu'ils c( eussent pardonné.

« Ah! non, il ne faut vous brouiller avec perce sonne. Pour se venger d'une première injure, on w s'en attire mille autres, et on s'engage dans un lace byrinthe de chagrins. D'ailleurs, Dieu vous parce donnera comme vous aurez pardonné. Les hom- (( mes mêmes haïssent les vindicatifs, et ils vous c( estimeront à proportion de ce que vous serez c( bons et pardonnants. Ne gardez point de rcssenc( tinient des injures qu'on vous fera. Au lieu de réc( pondre de même, allez, comme je l'ai toujours fait c( moi-même, allez franchement à celui qui vous â c< manqué, ayez avec lui une explication pleine de

ilG VIVRE EN PAIX AVEC LE PROCHAIN

« loyauté et de confiance , et vous trouverez un a ami dans celui qui fût devenu pour vous un ence nemi dangereux.

« Remarquez qu'avec ces principes personne ne « pourrait vouloir être votre ennemi, que parce qu'il (( ne vous connaîtrait pas, en vous supposant des G intentions que vous n'avez pas. Il vous suffira « donc de vous expliquer franchement avec ceux i( qui auraient des préventions contre vous.

« Ah! mes chers enfants, quel grand service je « vous aurais rendu, si la voix qui, lorsque vous c( lirez ceci, sortira de ma tombe, vous fait vivre en « paix avec votre prochain l

Se bien comporter avec ses supérieurs et ses serviteurs.

« Si VOUS avez du mérite et des avantages au-des- « sus des autres, il vous faudra beaucoup de pru- « dence et de ménagements pour ne pas exciter i( leur envie ; mais c'est dans la pratique de ces mé- « nagementsque consiste l'art de se bien conduire.

c( Polis envers tous, obligeants envers les infé- « rieurs, respectueux à l'égard des supérieurs, voilà (( quel a été toujours le caractère des Courtois; (( voilà la définition de votre nom et le moyen de « le conserver cher et recommandable , comme « nous vous l'avons transmis.

I « Je désire que vous conserviez ce caractère doux c( et obligeant même envers vos domestiques, ces

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