‹ La vie domestique (volume 2)Chapitre 31 sur 60 · NE PRÊTER QUE PAR CONTRAT · texte numérisé non relu

NE PRÊTER QUE PAR CONTRAT

a Ainsi, je vous le redis et je vous le répéterai jusci qu'à la mort, ne prêtez pas. Si je vous persuade de a suivre cette règle de conduite, je vous aurai rendu « un très-grand service à vous et à vos enfants.

« Et toi, mon fils, mon bon ami, qui as le cœur si « sensible, garde-toi de cette facilité des bons cœurs, « qui les porte à s'abandonner et à se dépouiller « sans réflexion. Pense que le mouvement de la gé- « nérosité la plus louable en elle-même peut causer « ta ruine et le malheur de ta vie. Tou ami t'aura « plutôt pardonné de lui refuser, qu'il ne te pardonce nera dans la suite de lui demander le rembourse- « ment. Et, quand même tu ne le lui demanderais « pas, ta présence seule serait pour lui un reproche « et lui deviendrait odieuse.

« Qu'a-t-onvu dans la révolution? des redevables « faire pendre ceux qui leur avaient prêté 1

« Mes enfants, je vous le dirai jusqu'à la satiété : a n'empruntez jamais, et ne prêtez jamais. Ne servez « pas non plus de caution à personne, à personne i.

1. a Dans aucun cas, ne vous obligez et ne soyez caution pour personne, ni verbalement, ni autrement. J'ai vu les résultats d'imprudences de ce genre, je les ai éprouvés;

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c( Si vous avez des placements à faire, faites-les (c par contrat, et d'après l'avis du notaire honnête « et probe en qui vous aurez mis votre confiance.

on n'en retire que des regrets, des chagrins, des embarras, et l'obligation de payer pour le cautionné. Ne vous y exposez jamais, je vous en conjure...

c II y a des cas où l'on doit rendre service. Un camarade fera une longue maladie ; il sera dans d'autres accidents qui n'auront point été les suites de la mauvaise conduite, de la dissipation ou du jeu. Provenez-le; mais soyez en état de faire un sacrifice, sans espoir du retour d' Ja somme qutj TOUS prêtez. » — Instniciions d'Ange-Nicolas de Gardane/ «es eufanls, Marseille, 17G1,

VI il

Ne jamais plaider.

a Ne plaidez jamais. Votre bisaïeul eut trente-trois a procès, il les gagna tous, et il y perdit soixante- « mille francs. Ce sont les exemples domestiques « qui font le plus d'impression ; ne plaidez donc (( jamais '.

« Les procès ruinent les familles les plus riches;

1. Antoine de Courtois eut un jour un procijs à soutenir, et voici ce qu'il écrivait à son sujet à une de ses filles :

« Notre moulin a perdu son procès contre le pré de M. de St-T. Je dis : le moulin contre le pré, car il faut toujours distinguer les choses des personnes et les personnes des choses. Aussi, ce matin, recevant de M. de St-J. une lettre qui me demande un service pour un de ses amis, me suis-je empressé de le lui rendre.

:> Je te dis cela, ma chère fille, pour que tu saches que, môme en étant forcé de plaider, je ne fais point d'ennemis à mes enfants, >

liO NE JAMAIS PLAIDER

a celui qui gagn© reste en chemise, celui qui perd « reste tm. Ne plaides ûcpc jamais, jamais.

c( Ne plaides jamais, surfe^ut entre vous; car je a détournerais ma bénédiction de dessus la tête de « celui d'entre vous qui intenterait un procès à ses « frères ou sœurs.

« Quand vous m'aurez rendu les tristes et tou- « chants devoirs de la sépulture, j'exige que vous « preniez connaissance des conseils que je vous « donne ici, et que vous juriez en mon nom de ne a jamais vous déchirer par des procès.

0 Ah ! mes pauvres enfants, n'est-ce pas votre « propre sang que vous feriez couler? N'est-ce pas « votre propre bien que vous feriez manger dans c( cette lutte scandaleuse?

« Si vous n'êtes pas contents de vos parts, faites a à ma mémoire le sacrifice de vos sentiments. « Je prierai le bon Dieu pour vous.

a Prenez au moins des arbitres de notre famille et « parmi nos parents. Signez, signez sans les lire les a arrangements qu'ils auront conclus, et que mon

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« tombeau soit pour vous l'autel de la concorde et c( de la paix. Dieu bénit les familles pacifiques, et « vous verrez que vos biens prospéreront et que le « plus pauvre deviendra peut-être le plus riche.

a Cette prière s'adresse aussi à mes gendres que 0 j'associe dans ma pensée h l'amour que je porte a à mes chères filles, à mon sang.

« Oui, mes enfants, croyez-en les conseils désin- « téressés d'un père, qui donnerait sa vie pour as- « surer votre bonheur et pour augmenter votre (( fortune.

« S'il ne faut pas plaider entre vous, il ne faut pas a non plus plaider avec des étrangers. Vous devez a vous faire une règle constante de remettre toutes (.( vos discussions à la décision d'arbitres. Les arbi- « très sont des juges de notre choix, et leurs déci- « sions indépendantes des formes concilient tous « les désirs et toutes les considérations delajustice. « Un jugement nous ruine, un arbitrage ne coûte « rien ; il ne nous garde pas seulement notre repos, « li nous conserve l'amitié même de notre partie a adverse.

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