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Les mœurs du magistia'. Mercuriale prononcée en 170Î

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romans, on prétend révéler à la génération actuelle les vieilles mœurs françaises, ces pères indignes, on vient de les voir décrits tels qu'ils ont commencé à le devenir, en perdant tout principe i. Ils portent assez le cachet de leur origine pour qu'on les reconnaisse, et leurs fils révoltés, après avoir été formés à leur image, n'ont que trop servi les plus mauvaises passions révolutionnaires. Mais ils ne représentent pas plus les anciennes mœurs des siècles prospères que les lits désolés des torrents des Alpes ne rappellent les frais gazons dont ils ont pris la place.

En suivant ainsi d'Aguesseau dans son œuvre

1. Le mal ne date pas d'aujourd'hui. Il y a plus d'un siècle, Rousseau, dans sa lettre à d'Alembert sur les spectacles, disait à quel point « le torrent de préjugés s'attaquait de plus en plus à l'âge de la sagesse, de i'exoérience et de l'autorité et l'avait fait tomber dans le dernier des avilissements. »

a Les rapports naturels sont renversés, ajoutait-il ; on fait des vieillards, dans les tragédies, des tyrans, des usurpateurs; dans les comédies, des jaloux, des usuriers, des pédants, des pères insupportables, que tout le monde conspire à tromper. » II ne pardonnait pas à Molière d'avoir contribué à ce désordre moral. « Voyez comment cet homme, pour multiplier ses plaisanteries, trouble tout l'ordre de la société; avec quel scandale il renverse tous les rapports les plus sacrés sur lesquels elle est fondée: comment il tourne en dérision les respectables droits des pères sur les enfants, des maris sur les femmes, des maîtres sur leurs serviteurs. »

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publique de réforme, nous arrivons à son œuvre intime de conservation domestique; et là, précisément, nous allons retrouver la tradition vraie, l'ordre fondamental.

Deux fois, d'Aguesseau eut à subir des disgrâces volontaires, pour avoir résisté auprès du R.égent à cet esprit de nouveauté dont son honneur et sa conscience ne lui permettaient pas d'être complice *. Il n'avait pas alors de plus grande joie que de s'enfermer, avec sa femme et ses enfants, et dans la société de quelques amis, au sein de sa terre de Fresnes, près d'un petit village de la Brie, à six lieues de Paris. C'est là qu'il composa ses principaux ouvrages, et c'est là encore qu'après la mort de son père, il consacra à sa mémoire des jours de libre recueillement. Plus les saintes croyances, les mœurs simples, la pureté et la droiture du cœur, l'esprit de respect s'effaçaient dans un monde oublieux de l'avenir du pays comme de ses devoirs, plus il s'attachait à les garder dans son foyer et sous l'abri de sa maison rurale de prédilection. La

1. En 1718, il s'opposa au fameux système de Law, et il aima mieux se retirer que de concourir à une aventure dont il prévoyait les suites funestes pour l'Etat et pour les familles. En 17-20, et après la catastrophe financière qui bouleversa toutes les fortunes. Law alla lui-m^'^ne chercher d'Aguesseau à Fresnes, pour lui demander de porter remède au mal dont il avait été l'auteur.

biographie de son père à retracer fut pour lui une fête intérieure. « J'en retrancherais beaucoup, observait il, si j'écrivais pour le public. Peu de personnes sont capables de sentir le prix de tous les traits que j'ai tâché de recueillir. Mais je n'ai écrit ce discours * que pour vous, mes enfants, et pour moi, comme un fils pénétré d'amour et d'admiration... »

Tout regard profane devait donc être écarté de ce portrait tracé par la piété filiale. M. Sainte-Beuve l'a bien apprécié quand il a dit : « Cette biographie a le caractère d'une douce et sainte solennité domestique. La piété, la modestie, la pudeur, la délicatesse morale la plus exquise en font l'ame et les traits. On n'en pourrait donner une idée par une sèche analyse. C'est dans les pages mêmes du fils qu'il faut apprendre à aimer l'expression modérée, continue et pleine de cette belle vie antique de M. d'Aguesseau le père; c'est là qu'il faut voir briller, sous des cheveux de plus en plus blancs, la vertu toujours égale du vieillard dans toute la

1. Le manuscrit du Chancelier fut publié sous ce titre : Di'icours sur la vie et la mort de M. d'Aguesseiu, conseiller d'Etat, par M. d'Aguesseau, chancelier de France, son fils.

En détachant du tableau d'ensemble la partie domestique contenant les Enseignements, nous avons attribué à celle-ci le vrai nom qu'elle doit avoir.

fleur de sa première innocence... Evidemment, le Chancelier s'est quelquefois souvenu, en l'écrivant, de la Vie d'Agricola par Tacite; mais il se souvient encore plus et avant tout qu'il est fils et chrétien K »

D'Aguesseau ne réussit pas à soustraire son manuscrit au public, comme il l'avait voulu. Les lectures qui en étaient faites dans son cercle domestique suffisaient pour l'empêcher d'y demeurer enfermé. Les vives émotions qu'il produisait se communiquaient au dehors, et elles revenaient vers lui pour le presser de laisser imprimer des pages si touchantes, qui honoreraient tant son père aux yeux de la France et présenteraient à beaucoup de familles le plus beau des modèles. Mais il répondait toujours en pareil cas par des refus : « C'est un ouvrage qui ne doit pas sortir de la sphère d'une famille à laquelle seule il est propre ; » et il priait ses enfants de ne jamais le publier.

La publication devait avoir lieu cependant. Longtemps après la mort du Chancelier, elle ne fut pas à vrai dire obtenue, elle fut arrachée de toute une famille qui s'était montrée jusqu'alors invincible dans ses résistances. Cette histoire de la mise au jour de la Vie d'Henri d'Aguesseau est trop remar-

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