Kia, famille, pou, livre, registre
Un missionnaire écrivait le 3 février 4873 : a Hier, je suis allé voir la famille Ing, au village de Ing-tsen, près de Sué-tom. Elle a son Kia-pou qui commence à la dynastie des Héou-tang (923-934 après Jésus-Christ). En tête du premier volume, il y a une carte de Ing-tsen et de Sué-tom, avec les cimetières et les monuments qui appartiennent à la famille. On y trouve en outre les portraits des personnages illustres, leurs tombeaux avec les inscriptions, etc.. La famille Ing nous prêtera probablement son Kia-pou. Nous pourrons alors copier la carte et les inscriptions. »
La famille Ho a conservé les noms des cinq cultivateurs qui, forcés par une inondation d'émigrer du Kiam-pé, au commencement du x* siècle de l'ère chrétienne, vinrent s'établir à Kein-sé, dans la vallée où s'élève aujourd'hui le village de Hotsen, à quinze lys de Sué-tom. Bien plus, elle peut citer plusieurs de ses ancêtres, mandarins sous la dynastie des Han et des Tsin (400-300 ans avant J.-C). Le P. Ravary, missionnaire, a pu lire son Kia-pou qui commence à l'année 926 et se continue jusqu'à nos jours. Il en a même traduit quelques-unes des parties les plus anciennes, et nous leur consacrerons un de nos appendices.
a 0 ciel ! écrivait en 960 un des chefs de cette
famille, quel est l'homme qui ne désire avoir dé la postérité et voir réuriis dans sa maison un grand nombre de fils et de petits- fïls? Pour cela, prenant tous les moyens d'arriver à cette fin^ avant tout il consolide sa race. Consolider sa race, est-ce autre chose que pratiquer les bonnes œuvres et la vertu... ? »
« Telle est, ajoute le P. Ravar^', la mâle éducation du respect, donnée à chaque génération qui grandit au foyer domestique. Le chef de famille n'a pas besoin de recourir à l'éloquence de la parole, pour rappeler à ses enfants le respect dû à la paternité i. Ils ont sous les yeux les registres des
1. M. le baron de Hûbner, visitant naguère la Chine, était témoin de l'action que ce respect de la paternité exerce sur les libertés locales dont y jouissent les provinces.
« La forte organisation de la famille et l'esprit d'autonomie, joints à l'horreur qu'on a de l'intervention du mandarin et du recours aux tribunaux, offrent, dit-il, les moyens de restreindre considérablement et saiutairement l'action du pouvoir officiel... La Chine est un Etat bureaucratique; et pourtant, il n'est pas de pays au monde où le nombre des mandarins soit si restreint. Dans cet immense empire, on ne compte pas au-delà de 12,000 mandarins, en prenant ce mot dans le sens le plus habituel, c'esi-à-dire -comme syno*nyme de salarié de l'État.
« Nulle part au monde, le principe du self-government, l'autonomie des communes, n'est plus développé. » Promenade autour du monde, 1871, t. II, p. 25J, 270.
M. de Hubner ajoute que ces observations ont été faites par les personnages les plus autorisés, connaissant le mieux la langue, les hommes et les choses du pays.
ancêtres ; c'est la leçon de l'exemple, et l'exemple est la leçon la plus efficace. Si parfois, en feuilletant ces nombreux manuscrits (il y en a des collections de 32 Yolumes in-folio), le vieillard rencontre un nom indigne rayé par l'ordre du conseil de famille, il n'a qu'à montrer à ceux qui l'entourent le feuillet entaché. Ainsi sont traités les ffls coupables qui ont violé la piété filiale, et qui attirent sur leur famille par leur mauvaise conduite une note infamante. La vue seule d'un de ces feuillets flétris est une instruction pratique et vivante, les jeunes intelligences la comprennent*. »
Quelles leçons pour nous que ces réponses des sages et des pères de famille de tous les pays et de tous les temps ! Et comme Bossuet résumait bien la substance même du vrai, lorsqu'il écrivait : « Le lien de société le plus étroit qui puisse se former entre les hommes est qu'ils peuvent posséder le même bien qui est Dieu. — La société humaine est appuyée sur ces fondements inébranlables : un même Dieu, un même objet, une même fin, une origine commune , un même sang , un même intérêt, un besoin mutuel tant pour les