Ibid., t. IV, p
jours attentifs à s'occuper de l'éducation des enfants, ceux-ci se sont toujours distingués par leuTj obéissance ; les frères y ont été dévoués pour leurs' frères, les parents s'y sont entr'aidés et assis- j tés... Aussi, vivent-elles avec honneur depuis des siècles.
Nous trouvons le type d'une de ces familles dans les mêmes Mémoires des missionnaires de Pékin, nous avons sous les yeux tout un testament, toute une charte domestique. La tradition n'y est pas seulement à l'état de vestige, elle s'offre à nous presque en son entier et en quelque sorte vivante. Le père commence par demander à ses enfants d'être fidèles à la loi de Dieu : « A vant d'entreprendre une chose, voyez si elle s'accorde avec la, loi du Tien ou si elle lui est contraire. Dans le premier cas, faites-la avec confiance; dans le second, ne vous y résolvez jamais, quoi qu'il en puisse arriver. Rien au monde ne doit détourner votre cœur de la vérité de l'épaisseur d'un cheveu. Le Tien suprême vous favorisera, et les esprits vous seront propices. Si vous vous mettez au-dessus de votre conscience, elle se vengera par des remords ; le ciel et la terre^ ainsi que les esprits, seront contre vous. » Là est la règle fondamentale et toutes les autres en dé-
coulent. Les enfants honoreront et vénéreront leur mère ; ils obéiront docilement à leurs maîtres, ils seront assidus au travail, ils s'efforceront d'acquérir la sagesse dans les Kings (les Livres sacrés de la Chine ^). Ils se garderont des amis vicieux, du jeu, de la volupté, de l'amour de l'argent, des emprunts qui préparent la ruine des patrimoines. Ils seront simples dans leur vie, modestes, reconnaissants pour les services rendus. Ils s'aimeront, ils se soutiendront et se prêteront un mutuel secours, eux, leurs femmes, leurs enfants ; et, au cas où quelque différend s'élèverait entre eux, ils s'adresseront, non aux tribunaux, mais à des arbitres. Us acquitteront les legs faits aux serviteurs... Nous publions ce testament dans un appendice, et nous
1. « Les Chinois disent de leurs Livres sacrés : s II n'y a qu'un saint qui puisse être l'auteur des Kings. — L'Y-king est ïe livre du ciel. — Le Chou-king est le livre du Chang-ty (d6 Dieu)... B II me serait facile d'accumuler les textes, pour prouver quils disent à peu près des Kings ce que nous disons de nos divines Ecritures.
« Quand on considère que les Kings parlent du SouTerain Seigneur, de la Providence, de la récompense des bons, da châtiment des méchants, d'une vie après la mort, presque comme les divines Ecritures, on ne se lasse pas d'admirer que leurs auteurs aient si bien con^^ervé la doctrine de la haute antiquité, et on n'est pas surpris que les Chinois aient pour eux tant de respect et de vénération. » Noies d'un mitsionnaire, inaérées à la suite des instructions de Kang-hi à ses enfanta, dans le t. IX des Mémoires déjà cités, p. 350.
prions nos lecteurs de le mettre en regard des conseils d'Antoine de Courtois à ses enfants. Ils jugeront que l'inspiration chrétienne de nos pères de famille français est très-supérieure à celle de ce père de famille chinois, qui n'est éclairé que des lumières de la loi naturelle ; mais ils verront aussi combien cette loi naturelle est divine, quelle grande tradition elle porte en elle, là où elle a pu, chose rare et difficile, subsister avec ses caractères essentiels.
Du reste, les missionnaires qui évangélisent de nos jours cette vaste région du globe constatent, comme l'ont fait de tout temps les vrais observateurs, et particulièrement ceux de l'antiquité, l'influence que les milieux et une bonne organisation sociale exercent sur l'état moral des populations. Les grandes villes, les ports maritimes, sont corrompus ; les campagnes gardent des races excellentes.
« La simplicité et la probité régnent encore dans ces villages, écrivait naguère un missionnaire, auquel nous devons la description méthodique de l'histoire, des mœurs et des institutions des vallées montagneuses de Ning-po, dans la province de Kiang-nan. Eloigné de tout contact mauvais, le montagnard conserve plus facilement
les bonnes traditions de la famille. La Chine a conservé la tradition du respect de l'autorité... ; voilà le secret de la vitalité et de l'autonomie de l'empire chinois. Le père, ici plus peut-être que dans d'autres provinces, est respecté. Les nombreux enfants qui grandissent au foyer domestique lui sont soumis... Si quelques difficultés s'élèvent, le vieillard, aidé des conseils du chef du village, déclare sa volonté ; tous l'acceptent, et la paix est rétablie. Là d'ailleurs, le silence et la solitude des vallées favorisent peu les allures fières du lettré, race turbulente, l'un des fléaux de la Chine... Une âme recueillie, comme elle l'est dans ces vallées, sent des besoins inconnus aux hommes plongés dans le tourbillon des affaires et dans l'enivrement des plaisirs. Elle prie par instinct i. »
Ne négligeons pas de noter ici la coutume des Livres domestiques qui sont en Chine une institution, surtout dans les familles rurales. Ils portent le nom de Kia-pou - ; et par eux des races, dont quelques-unes sont dix fois séculaires, conservent leur généalogie, leur état civil, l'histoire des ancêtres, celle même de la localité qu'elles ont fondée.
1. P. Ravary, Le pays de Ning-po. — Les Missions catholiques, Paris, Challamel, 4, Il et 18 février 1876.