Ibid., t. IV, p. 268 et suiv
2. Les Livres sacrés de l'Orient, a Le Lung-yu ou entretiens philosophiques; » p. 177.
3. Ibid. o Le Ta-hio ou la Grande Étude; » p. 158. Platon dit de même dans Les Lois, liv. VI. a II faut, pour mériter d'être élevé aux charges publiques, rendre un compte
ET l'ordre social 97
Voilà bien des textes. Comme ils sont expressifs ! Et, même dans leurs erreurs, comme les sociétés païennes rendent sensibles à nos yeux l'origine, la puissance et le caractère permanent de la tradition ! Chez elles, l'idée de Dieu se matérialise, elle se brise ; l'homme ne sait plus s'élever par la foi jusqu'au Père qui est au ciel ; et alors il va jusqu'à adorer le père auquel il doit la vie terrestre, il en fait une divinité, il lui dresse des autels ; en son honneur, il entretient le feu sacré, il accomplit des sacrifices, il établit toute une religion domestique. Cette religion est exclusive, elle ne crée pas entre les hommes les liens d'une mutuelle charité ; mais elle conserve le foyer, et pour cela elle le rend inviolable et sacré, elle lui incorpore la famille, elle y unit les générations d'une manière presque indissoluble. La mort, loin de détruire des rapports si étroits, leur prête une nouvelle force, et l'ancêtre demeure au milieu de ses descendants comme une providence tutélaire.
« Chaque famille, en Grèce et à Rome, dit
suffisant de sa conduite k soi et à sa famille, depuis sa jeunesse jusqu'au moment de l'élection.,. Il est essentiel que tous se persuadent qu'aucun homme, quel qu'il soit, n'est capable de faire un digne usage de l'autorité, si auparavant il n'a appris à obéir... d'abord aux dieux, ensuite aux hommes âgés qui ont mené une vie honorable. »
M. Fu=:tel de Goulanges, avait son tombeau où ses morts venaient reposer Fun après l'autre, toujours ensemble. Ce tombeau était ordinairement voisin de la maison, non loin de la porte, « afin, dit un ancien, que les fils, en entrant ou en sortant de leur demeure, rencontrassent chaque fois leurs pères et chaque fois leur adressassent une invocation 1. » Ainsi l'ancêtre restait au milieu des siens, invisible, mais toujours présent; il continuait à faire partie de la famille et à en être le père. Lui immortel, il s'intéressait à ce qu'il avait laissé de mortel sur la terre ; il en savait les besoins, il en soutenait la faiblesse. Et celui qui vivait encore, qui, selon l'expression antique, ne s'était pas encore acquitté de l'existence, celui-là avait près de lui ses guides et ses appuis ; c'étaient ses pères. Au milieu des difficultés, il invoquait leur antique sagesse ; dans le chagrin, il leur demandait une consolation, dans le danger un soutien, après une faute son pardon - . »
Tout cela se retrouve encore en Chine, dans les contrées dont les populations sont demeurées ïiorales. Là est encore pratiqué le précepte de