Génie du Christianisme, liv. VI, chap. iiit
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Citons sur ce sujet Bossuet : « Il faut faire le catéchisme plus encore dans les maisons, et en particulier, que dans les églises... Je m'adresse surtout à vous, pères et mères ; sachez que vous devez être les premiers et les principaux catéchistes de vos enfants. Vous êtes les premiers catéchistes de vos enfants , parce qu'avant qu'ils viennent à l'Église, vous leur inspirez avec le laiî la saine doctrine que l'Église vous donne pour eux. Vous êtes les principaux catéchistes, parce que c'est à vous à leur faire apprendre par cœur leur catéchisme, à le leur faire entendre et à le leur faire répéter tous les jours dans la maison... Mais, comment pourrez-vous les instruire , si vous mêmes n'êtes pas instruits?... Les principes de la religion chrétienne contenus dans le catéchisme ont cela de grand que, plus on les reht, plus on y découvre de v(\ Ués...
« Il faut tâchev Vétablir dans ce diocèse la coutume qu'on voit déjà dans beaucoup d'autres, que les hommes et les femmes d'âge, non-seulement assistent avec leurs enfants au catéchisme, mais encore sont bien aises d'y être interrogés et d'y répondre...
« Si les enfants sont bien instruits, les parents goûteront les premiers les fruits de leur instruc-
tion, puisqu'ils leur seront d'autant plus soumis...
« Répandez à propos dans tout le catéchisme des traits vifs et perçants pour inspirer aux enfants l'amour de la vertu et l'horreur du vice...
a C'est la fin de tous les mystères, Dieu n'ayant pas fait des choses si admirables pour être la pâture des esprits curieux, mais pour être le fondement des saintes pratiques auxquelles la religion nous oblige ^ . »
Dieu, en renouvelant les préceptes de sa loi du haut du Sinaï, avait dit : a Or, ces commandements que je vous donne, vous les méditerez à votre foyer, vous les répéterez à vos enfants. » Tel a été dès l'origine des temps le fondement de l'éducation et de l'instruction domestique. Bossuet ne fait que rappeler cette parole de Dieu. Le catéchisme est le formulaire des commandements de Dieu, le dépositaire des dogmes sociaux autant que des dogmes divins ; il résume en lui la loi, il l'explique, il l'éclairé de la lumière de l'Évangile. Les pères chrétiens de l'ancienne France regardaient comme un devoir de préparer leurs enfants, dès le bas âge, à l'intelligence des vérités, à la notion des principes de cette sagesse divine et humaine que
1. Avertissement sur le catéchisme; t. V des Œuvres corn* plètes de Bossuet, publiées par Vives, p. 10 et suiv.
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contient le catéchisme. D'Aguesseau veut même que son fils en fasse toute sa vie l'objet de ses études : « Pour ce qui est de Vétucle de la doctrine que la. religion nous enseigne, et qui est l'objet de notre foi ou la règle de notre conduite, c'est l'étude de toute notre vie, mon cher fils. Vous en êtes aussi instruit qu'on peut l'être à votre âge, et je vois avec plaisir que vous travaillez à vous en instruire de plus en plus. Je ne puis que vous exhorter à vous y appliquer sans relâche, et à lire pour cela le catéchisme du Concile de Trente*. »
Le catéchisme recommandé par d'Aguesseau est en effet le modèle par excellence. Le Concile de Trente voulut, dans la crise religieuse du xvp siècle, assurer par lui la restauration de la foi et la réforme des mœurs. Pour cela, dans une langue supérieurement concise et exacte, et avec une clarté merveilleuse, il présenta aux méditations de tous, et surtout à celles des pères de famille, les grands enseignements de la tradition. Notre but n'est pas ici d'exposer et encore moins de déve-
1. Instruction contenant un plan général d'études, envoyée par d'Aguesseau, alors procureur général, à son fils aîné; Fresnes, 27 sept. 1716; tome XV des Œuvres complètes, édit. de 1829, p. 10.
lopper la doctrine ; nous racontons simplement les faits ; mais il est impossible de ne pas nous arrêter à celui-ci. Nous nous sommes demandé comment le clergé a rempli sa mission d'instruire la jeunesse, et d'abord les pères de famille, sur les devoirs qui constituent, avec la vie du chrétien, le fond de la vie humaine. — Or, voici la réponse. ■Nous n'en connaissons pas de plus complète et de plus précise.
a Les pasteurs, y était-il dit, seront tenus de méditer le jour et la nuit la loi de Dieu, non-seuement pour y conformer leur vie, mais pour l'enseigner aux peuples. Ils s'attacheront à montrer : i° que l'observation des dix commandements est d'une nécessité absolue pour le salut éternel, et qu'eux-mêmes dépendent des deux préceptes de l'amour de Dieu et du prochain, dans lesquels, selon la parole de Jésus-Christ, sont renfermés la loi et les prophètes; 2^ que cette observation donne la sagesse aux plus petits, et à tous, avec des joies pures, des récompenses infinies dans cette vie et dans l'autre ; 3° qu'elle doit être surtout fondéd £ur l'amour de Dieu, mais qu elle n'est pas moins utile au bonheur temporel des hommes. Ici donc, le pasteur, pour faire sentir aux fidèles tout ce
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qu'il y a de grand dans cette vérité, leur dira avec le prophète qu'il y a une récompense infinie pour ceux qui observent les commandements; que, nonseulement Dieu leur promet de les bénir dans toutes leurs propriétés, de les combler de toute sorte de biens, de les rendre heureux sur la terre, mais qu'il leur réserve un trésor infini dans le ciel. . . Il faut montrer à leurs violateurs qu'il n'y a qu'un moyen légitime de conserver et d'accroître leurs biens, leur fortune et la gloire de leurs ancêtres, celui d'obéir à la volonté de Dieu et de pratiquer (-ses commandements ; et que le mépris de ces commandements peut causer la ruine des familles les plus riches et les mieux établies, précipiter les rois de leur trône, les faire tomber du faite des honneurs, et obliger Dieu de mettre à leur place des hommes d'une humble condition *. »
On devra enseigner aux pères et mères que tout homme est tenu de se soumettre à la loi du travail, tant pour soutenir sa famille que pour ne point languir dans une oisiveté qui est la mère de tous les vices, que tout chef de famille est obligé de régler celle-ci, de la corriger, de former les mœurs de ceux qui la composent ; que le minis-
1. Catéchisme du Concile de Trente, traduction nouvelle de Mgr Doney, évêque deMontauban, t. II, chap. xxviii et xxxv.
tère principal de la femme est l'éducation religieuse de ses enfants et le soin des choses domestiques, sa mission, de demeurer volontiers au foyer, et son devoir, d'en sortir seulement par nécessité et avec la permission de son mari * ; que le désordre et la corruption des mœurs sont non-seulement des crimes contre Dieu, mais des attentats contre la famille et la société, « ceux qui s'y livrent ne pensant plus ni à Dieu, ni à leur réputation, ni à leur dignité, ni à leurs enfants, ni à eux-mêmes, devenant tellement pervers et incapables qu'on ne peut leur confier rien d'important, et se mettant dans l'impuissance de remplir aucuns de leurs devoirs 2. »
Des instructions approfondies expliqueront aux enfants Vhonneur dû par eux à leurs père et mère, la portée de ce mot différent par le sens de ceux d'amour et de crainte, l'extension de ce devoir d'honneur aux maîtres, aux vieillards, aux supérieurs, aux ministres de Dieu, aux magistrats publics, au souverain.
On placera sous la sanction expresse et positive de la religion le respect du testament^ l'exécution