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CHAPITRE II

LA SCIENCE DE LA VIE, SUPERIEURE A TOUTES LES SCIENCES, ENSEIGNÉE PAR LE PÈPj;.

Un maître éloquent de la jeunesse française disait, il y a quelques années : « Aux périls et aux tentations qui de tout temps ont menacé la liberté naissante du jeune homme, il faut joindre aujourd'hui un mal et un danger particuliers : l'incertitude et la mollesse de la raison humaine. Quelle règle suivre? Deux choses nous manquent, et deux choses cpi tiennent de près l'une à l'autre, la clarté et la joie. Lux orta. est de cœlo et recto corde Isetitia. ^. L'esprit de l'homme n'a plus la clarté qu'il avait, et le cœur par conséquent n'a plus la joie 2, »

1. La lumière s'est levée pour le juste, et la joie pour l'homme au cœur pur. Ps. xcvi, 11.

2. St-Marc Girardin, J. -Jacques Rousseau, sa vie et ses ouvrages. — Revue des Deux-Mondes, 15 sept. 185i,

La meilleure partie de la société française a eu longtemps cette clarté; on peut l'affirmer, nous en avons donné et nous aurons l'occasion den fournir encore bien des preuves. D'Aguesseau, dont la famille est un des plus beaux modèles que nous ait laissés la tradition, nous dit de son père : « La loi de Dieu était la lumière qui éclairait ses pas, la règle de ses discours, l'âme de toutes ses actions. Il en était si fortement occupé qu'il y rapportai* tous les événements... » La tradition n'a pas eu, assurément, le privilège de ne produire que des saints; mais elle faisait que chacun, au milieu de ses imperfections et de ses faiblesses, avait dans son esprit un principe de certitude, une notion pratique des premières vérités, notion établie sur la foi religieuse, sur la raison, sur l'expérience et la coutume, et quïl pouvait la communiquer à ses enfants.

Aujourd'hui, quelle place ces premières vérités ont- elles dans les éducations et dans l'instruction?

« Oui, je vois le mal tel qu'il est, profond, tenace, écrit un autre de nos contemporains... Tout prêche la désobéissance au jeune homme...

« L'esprit général du temps, cet esprit d'égalité que les jeunes gens respirent avec l'air même dans les collèges, dans la famille, dans les théâtres, dans

les réunions privées, dans les livres, dans les journaux, se manifeste chez eux par trois dispositions principales : le dédain de l'expérience , l'impatience de la tradition et la confiance en soi. A ces faits généraux s'en ajoutent d'autres plus particuliers et aussi importants. Aujourd'hui, les fils et les pères ne sont presque plus du même avis sur rien. En politique, en philosophie, en littérature, en religion, le dissentiment entre eux est complet et manifeste. Autrefois, les fils cachaient ou atténuaient cette divergence d'opinions; aujourd'hui, ils l'affichent et volontiers l'exagèrent. Autrefois, les fils croyaient bien que leur père avait quelquefois tort; mais aujourd'hui, ils croient avoir toujours raison ^ »

L'auteur qui trace ce triste tableau de notre désorganisation conclut cependant, au nom des principes et des progrès de la société moderne, mots dont nos catastrophes n'ont pu nous faire comprendre le vide absolu, qu'en dépit des désordres qui l'accompagnent la transformation de la famille est légitime et utile, qu'il était juste et nécessaire d'arracher les fils « à l'omnipotence paternelle, » que l'union ne peut plus se maintenir entre les

1. Ernest Legouvé, les pères et les enfants au XIX' siècle, p. 3-4.

pères et les enfants aux mêmes conditions qu'autrefois, que chercher la concorde domestique dans la simiHtude des croyances est tout ce qu'il y a de plus chimérique *.

Il est temps de creuser jusqu'au fond de ces questions maîtresses; car le problème qui se pose pour les pères et les enfants se reproduit, et avec quelle gravité ! pour les maîtres et les serviteurs, pour les patrons et les ouvriers, et pour l'ensemble des rapports sociaux. Comment rétablir la paix dans une société où les hommes n'ont plus des idées claires, nettes et communes sur la distinction du bien et du mal, et vont jusqu'à regarder comme définitif un état de choses qui est la négation du lien social lui-même?

Il s'agit de savoir d'abord s'il y a une règle et où elle est, surtout en matière d'éducation.

Plus que jamais, la science est célébrée comme l'expression du progrès. Le jour est venu pour les bons citoyens de se demander quelle est la première des sciences, celle qui est la régulatrice de toutes les autres.

Un des titres d'honneur de notre temps est d'avoir fait de l'histoire une haute école d'enseigne-

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