‹ La vie domestiqueChapitre 7 sur 106 · Ibid.,p · texte numérisé non relu

Ibid.,p

ment. Il importe d'examiner , à la lumière des textes, quelle a été dans le passé une autre école bien plus nécessaire, celle par laquelle les moindres familles avaient un enseignement domestique.

Pénétrons de suite au cœur de notre sujet, et, avant d'interroger les témoins de la tradition du foyer , indiquons succinctement l'esprit de cette tradition, son essence, sa substance. L'enseignement domestique, que nous nous proposons d'étudier, a cela de remarquable qu'il est net, qu'il est précis, qu'il est commun à tous, petits et grands.

Son trait distinctif est la simplicité.

Il y a des vérités simples, irréductibles, qui sont pour les mœurs ce que sont en chimie les corps simples dont sont composés les autres corps.

Il y a des principes que les pères et mères placent au-dessus du nom, de la richesse, du talent, de la culture libérale, des connaissances enseignées dans les écoles. Et le père, lors même qu'il est dépassé en instruction technique par ses enfants, est beaucoup plus savant qu'eux, parce qu'il possède la notion de ces principes consacrée par l'expérience. ' Les principes dont nous parlons sont supérieurs à tous les autres. Et comment en serait-il autrement? Ils contiennent en eux la science de la vie, et qu'est cette science? sinon celle du bonheur.

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Le bonheur est le but de la création de l'homme, le terme de sa destinée. Tous les hommes veulent être heureux, et tous y aspirent sans relâche, malgré les plus dures épreuves. Mais combien se trompent sur les moyens d'arriver à la véritable félicité! Et combien aussi croient pouvoir en trouver la source et le secret exclusivement en eux-mêmes, n'ont en vue que la satisfaction d'eux-mêmes !

Or, il est au monde un homme qui, à la différence de l'individu considéré à part dans sa raison propre et isolé dans ses jouissances propres, doit s'oublier absolument, lui, ses préjugés, ses passions, ses entraînements, pour faire le bonheur de ceux à qui il a donné le jour. Il est un homme, établi par Dieu comme son ministre temporel dans l'ordre de la famille et pour la conservation de la société, qui a reçu de lui la suprême mission de résoudre à son foyer, et pour ses enfants, le problème des problèmes, « la question capitale de la philosophie pratique 1. » Il n'est pas permis au père de se tromper

1. P. Lescœnr, prêtre de l'Oratoire, La Science du bonheur, Paris, Didier, 1S73, p. 5.

Nous avons plaisir à citer ce livre excellent. Il répond à un des plus grands besoins de notre société et ne saurait être trop lu.

Ce que nous disons ici du père s'applique pratiquement à la mère. On verra quelle place les Livres saints donnent à celle ci dans les éducations et dans la constitution des fa-

dans le choix de la route où il engagera ceux dont la destinée est mise sous sa responsabilité, afin qu'ils parviennent au souverain bien. La conscience lui en crée le devoir ; l'amour paternel, le plus pur et le plus désintéressé de tous les amours, lui fait trouver dans les sacrifices qu'il s'impose les plus douces satisfactions ; l'intérêt, et quel intérêt ! l'y oblige, s'il veut assurer l'honneur de son nom, la joie et le repos de ses vieux jours.

Où est la preuve sensible de la vie heureuse ? sinon dans la paix : paix des âmes, paix de la famille, paix entre les frères, paix dans les rapports avec les serviteurs et collaborateurs du travail domestique, paix avec les autres familles auxquelles on est lié par la parenté ou la communauté d'habitation. Encore une fois quelle œuvre ! Et cependant, il faut qu'elle s'accomplisse : l'avenir du foyer et l'existence de la société sont à ce prix.

Le père a donc dans son pouvoir, avec la sourc3

milles. Rien aussi ne peut en donner une plus haute et plus juste idée que les pages dans lesquelles Antoine de Courtois, parlant à ses enfants de la grande sagesse de leur mère, les adjure de l'aimer, de la respecter et de lui obéir « comme à un être supérieur. »

Mais, tel est de nos jours, et dans notre pays, l'efifacement des autorités paternelles qu'il est nécessaire d'insister, pardessus tout, sur la mission de conservation morale et de salut social imposée par Dieu à la paternité.

de sa propre félicité, le principe conservateur du lien social entre les hommes.

Or, la voix et le témoignage de tous les siècles nous le disent : il n'a une telle puissance qu'en vertu de quelque chose de supérieur à lui ; car par lui-même, s'il y a résistance et révolte, il ne peut qu'user de la contrainte matérielle, et il n'est pas de force de ce genre qui se fasse aimer et respecter dans la paix, si elle ne se subordonne à une force morale descendue d'en haut.

Que représente le père dans la famille ? Ses enfants sont-ils son bien, sa propriété, parce qu'il a concouru à les former et qu'ils sont le prolongement de son être ? Relèvent-ils seulement de lui, de son droit, de sa volonté propre? A-t-il l'autorité nécessaire pour leur tracer la, règle infaillible et pour leur dire ? « Ce que je vous commande est le bien, ce que je vous interdis et recommande d'éviter est le mal ». Peut -il enfin donner une sanction à celte loi ?

Le père sent sa taiblesse, et plus il a la conscience de ses devoirs, mieux il comprend la nécessité de faire appel à une règle suprême, à laquelle ses enfants obéiront parce qu'il sera le premier à leur en donner l'exemple.

Cette règle suprême est en Dieu. Il y a des commandements de Dieu; il y a une loi divine, indépendante des volontés et des passions humaines, en vertu de laquelle le père a autorité pour commander à ses enfants , le maître au serviteur, le patron à l'ouvrier, le capitaine a\i soldat, le gouvernant au gouverné.

Dieu n'a pas jeté l'homme sur la terre, comme un informe embryon. Il n'a pas fait que tous les êtres inférieurs de la création aiment leurs semblables, pour laisser dans un état fatal de guerre avec son prochain l'être par excellence qui a reçu l'incomparable privilège de la liberté, pour s'élever jusqu'à lui. Des lois physiques président à l'harmonie du globe : il existe une loi morale qui répond à la nature de l'homme, fondement nécessaire de la distinction du bien et du mal, de la paix et du bonheur des races humaines, aussi supérieure aux lois physiques que l'âme l'est au corps.

Les anciens nous ont laissé à cet égard des maximes d'une énergie singulière : « Lorsqu'à un heureux naturel, dit Platon, l'homme joint une éducation excellente, il devient le plus doux des animaux, le plus approchant de la divinité. Mais, s'il n'a reçu aucune éducation, il devient le plus

furouclie des animaux que produit la terre '. » Aristote place la même obser\^ation en tête de sa Politique : « Si l'homme par\'enu à toute sa perfection est le premier des animaux, il est bien aussi le dernier, quand il a renoncé aux lois et à la justice. Mais il a reçu les armes de la sagesse et de la vertu qu'il doit surtout employer contre ses passions mauvaises. Sans la vertu, c'est l'être le plus pervers et le plus féroce, il n'a que les emportements brutaux de la faim et de l'amour ^. »

Cette loi première, dans laquelle est la condition de tout ordre et de toute paix, porte un nom consacré : elle s'appelle le Décalogue.

Proudhon, dont l'esprit associait les plus étranges contradictions et ne reculait devant aucune aberration, un jour, dans un instant de lucidité, écrivit ce qui suit au sujet du Décalogue : « Quel magnifique symbole! Quel philosophe! quel législateur que celui qui a établi de telles catégories et qui a su remplir un tel cadre ! Cherchez dans tous les devoirs de l'homme et du citoyen quelque chose qui ne se ramène point à cela, vous ne le trouverez

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