F. BAL'DRY, IBI PRIMEUR DE ROI
RIE CES CARÏEi i S . 20.
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Quand on fixe les yeux sur les temps anciens de notre histoire, la vue n'aperçoit que des ombres à travers lesquelles on distingue confusément les personnages, les caractères et les mœurs. La plus péne'trante sagacité, la critique la plus exacte ne peuvent se frayer une route à l'aide des mémoires historiques barbares et contraires, des privilèges contredits (I) , et des traditions vagues que nos aïeux nous ont transmises en témoignage de leurs actions. Si , après de minutieuses investigations, on croit avoir découvert la vérité à l'égard de tel ou tel fait,
Auteurs consultés. Risco , Histoire du Ciel. — Sandoval , Histoire des Cinq Rois. — Mariana. — La Chronique générale. — Eseolano , Histoire de Valence.
2 LA Vit DU CID.
de nouvelles considérations et de nouvelles preuves viennent bientôt ébranler la certitude de la découverte ; et le résultat d'un travail si fastidieux n'est enfin chez l'écrivain qu'une série plus ou moins bien coordonnée de conjectures et de probabilités.
C'est au milieu de pareilles ténèbres que l'on entrevoit un guerrier fameux, dont la physionomie, obscurcie par les contes populaires et par les contradictions des auteurs , ne saurait se dessiner avec précision , mais dont les proportions colossales se font voir au travers des nuages qui l'enveloppent (a). Ce guerrier est Rodrigue Diaz (3) , appelé communément le Cid Campeador *, objet d'une inépuisable admiration pour le peuple, et d'éternelles discussions parmi les savants, qui, en déclarant fabuleuse une partie des hauts faits qu'on lui prête , se voient forcés de reconnaître pour vraies d'autres actions également merveilleuses.
* Cid (mot arabe), cid, chef, commaudant. Campeador, celui qui se signale par des actions d'éclat. — « Cidi , que en » leugua de los IVIoros quiere dezir senor » , dit Garibay.
( Noie du Traducteur . )
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Quoi qu'il en soit, la plupart de ces fables se sont tellement incorporées avec la mémoire du Cid, que, sans elles , la relation de sa vie paraîtra à beaucoup de lecteurs froide et de'colore'e. En effet l'imagination, qui s'en nourrissait comme d'un agréable aliment , se plaisait à voir tous les pas de ce personnage signalés par des événements surprenants et prodigieux. Ce défi et ce combat avec le comte de Gormaz, l'amour de sa maîtresse et la vengeance qu'elle poursuit (4) , le titre glorieux de Cid dont le saluent les rois maures captifs , sa brillante expédition pour soutenir l'indépendance de la Castille contre les prétentions orgueilleuses de l'empereur d'Allemagne (3) , tout disposait l'âme à admirer la suite de ses exploits. Mais ces récits et d'autres pareils, adoptés imprudemment par l'histoire, ont été renvoyés aux romans, à la romance et au théâtre, où on en a fait un usage si heureux: et Rodrigue , pour être moins extraordinaire dans sa jeunesse , n'en apparaît pas moins admirable dans le reste de sa carrière.
Il naquit à Burgos , vers le milieu du onzième siècle (6) , de Don Diègue Lainez, chevalier de cette ville, qui comptait parmi ses ancêtres Don Diègue
Porcëlos, un de ses fondateurs , et Lain Calvo , juge de Castille. Ce royaume e'tait alors gouverné par Ferdinand Ier., qui, en réunissant sous son sceptre Léon, la Castille et la Galice, fonda la prépondérance définilive de la nation castillane sur les autres peuples de la Péninsule. Ce monarque avait cinq enfants, et il voulut les laisser tous héritiers de son pouvoir. Ni les malheurs produits par un partage semblable (7) qu'avait fait son père, le roi de Navarre Don Sanche-le-Grand , ni les représentations de tout ce qu'il y avait à sa cour d'hommes judicieux , rien ne put changer sa détermination. L'amour paternel l'emporta sur tout ; et. pour mettre la couronne sur la tête de ses trois fds , il prépara la ruine de deux ., et plongea l'état dans les horreurs de la guerre civile. La Castille échut à Don Sanche, Alphonse eut Léon, et Garcie la Galice : les deux infantes Urraque et Elvire héritèrent, celle-ci de la ville et des dépendances de Toro , celle-là de Zamora (8) ; et tous les enfants jurèrent, dit-on , entre les mains de leur père , de respecter ce partage et de s'entr'aidcr en bons frères. Vaine précaution, dont l'ambition se joua toujours, et qui jamais ne lui imposa moins que dans cette circonstance. En effet Ferdinand n'eut pas plus tôt fermé
LA \ 11 1)1 Cil).
les yeux , que Don Sanche(9), supérieur à ses irères en puissance , en valeur et en habileté , médita de les dépouiller de leur héritage, et de devenir unique successeur du feu roi.
Rodrigue Diaz était alors dans la fleur de la 1065 jeunesse et orphelin ; et Don Sanche, reconnaissant des services que Diègue Lainez son père avait rendus à l'état, l'élevait dans son palais, et veillait sur son éducation. Cette éducation était sans doute toute militaire ; et Rodrigue en profita si bien que, dans la guerre d'Aragon , et à la bataille de Grados, où le roi Don Ramire fut vaincu et tué , aucun guerrier ne se distingua plus que lui. Aussi le roi , qui peu auparavant l'avait armé chevalier (10) , le nomma Alferez de ses troupes , dignité qui était à cette époque la première des dignités militaires , comme le fut plus tard la charge de connétable.
Débarrassé des guerres étrangères , Don Sanche tourna toutes ses pensées vers la guerre civile : car on peut donner ce nom à la guerre qu il fit aussitôt à ses frères. Les historiens ne s'accordent pas pour marquer celui qu'il attaqua d'abord ; mais la
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vraisemblance esl pour l'opinion commune, qui désigne Alphonsepouravoir été sa première victime. Ses états confinaient avec ceux de Don Sanche, et il n'est pas probable que celui-ci ait songé à attaquer d'abord le plus éloigné. La lutle ne pouvait être longue entre deux adversaires de forces si inégales. Le roi de Castille ardent , plein de confiance, avec une puissance bien supérieure à celle de son rival, et des talents militaires au-dessus de ceux de tous les généraux de son temps (II), devait triompher sans grande peine du roi de Léon, prince faible en comparaison de son frère, et que son extrême jeunesse rendait encore étranger à l'art de la guerre. Néanmoins celui-ci ne succomba point sans dommage ni péril pour ses ennemis. Défait dans les premiers combats , son désespoir lui prête des forces , il rassemble une nouvelle armée , et retourne offrir le combat à son frère sous les murs de Carrion. La violence de son choc fut telle que les Castillans, rompus et en déroute, abandonnèrent le champ de bataille et cherchèrent leur salut dans la fuite. En ce revers Rodrigue, loin de perdre courage , conseille au roi de rallier ses troupes, et de fondre, la nuit suivante , sur les vainqueurs (l2). « Dans l'ivresse de In victoire, dit-il , ils goûteront
» un sommeil trompeur, et leur sécurité les livrera » désarmés à nos coups.» En conse'quence les Castillans , dispose's par Rodrigue et le roi , fondent avec l'aube du jour sur l'ennemi , qui plongé dans un funeste sommeil ne se défend pas , et se laisse donner la mort ou des fers. Alphonse fugitif court se réfugier dans l'église de Carrion , où il tombe entre les mains du vainqueur , qui le contraint à abdiquer la couronne, et à se retirer dans un triste exil à Tolède, ville alors au pouvoir des Maures. 1071
La guerre de Galice fut plus facile et moins longue, quoique par le fait plus dangereuse pour Don Sanche. Garcie s'était aliéné le cœur de ses sujets. Chargés d'impôts, foulés par un favori à qui le roi abandonnait tout le soin de l'administration , leur patience lassée fit place à l'esprit de révolte , et sous les yeux mêmes du monarque ils mirent en pièces son favori. Ainsi divisés et en proie aux factions, ils n'opposèrent aucune résistance aux Castillans, qui entrèrent en conquérants dans la Galice. Don Garcie s'enfuit en Portugal , et bientôt avec les soldats qui l'avaient suivi , ou qui étaient accourus sous ses drapeaux, il voulut tenter la
fortune près de Santarem (l3) , et vint présenter la bataille à son frère. Il combattit ainsi que son arme'e avec le courage du de'sespoir, et d'abord la fortune les favorisa : Don Sanche se vit au pouvoir de ses ennemis, et Garcie, le laissant à la garde de quelques-uns des siens , vola à la poursuite des fuyards. Cependant le Cid, avec ses troupes encore fraîches, attaque l'ennemi du côté où e'tait gardé le roi de Castille, le dissipe, délivre le prince, et, le mettant à leur tête, court à la rencontre de Garcie. Celui-ci revenait sur ses pas, quand il apprend la nouvelle tournure qu'a prise le combat ; il ne se laisse point abattre , et fond sur les Castillans : mais en dépit de tous ses efforts , il se voit arracher une victoire qu'il avait tenue, et il est forcé de se mettre à la discrétion de son rival , qui lui ravit le trône et la liberté , et l'enferme dans la forteresse de Luna.
Il vaudrait mieux peut-être , pour l'honneur de l'humanité , passer sous silence ces scandaleux démêlés, enfants d'une ambition effrénée , qui oublie entièrement les droits sacrés des serments, du sang et de la pitié. Maître de la Castille , de la Galice et
la vie m; cid. f)
de Léon , Don Sanehe ne se croyait pas roi , tant qu'il n'aurait pas envahi les petits domaines de ses faibles sœurs. Il chassa Elvire de Toro , et vint mettre le siège devant Zamora. C'est là que la destine'e l'attendait pour trancher subitement ses jours; et ce victorieux , la terreur des rois , alla se briser contre une ville défendue par une faible femme. Au moment où il serrait le plus étroitement la place , un soldat de Zamora , nommé Vellido Dolphos , passa à l'ennemi en se donnant pour transfuge , gagna la confiance du roi , et le tirant un jour à l'écart sous prétexte de lui montrer un point mal défendu, il prit son temps pour le frapper mortellement d'un poignard 04), et s'enfuit à toutes jambes vers Zamora. Les historiens rapportent que Piodrigue , qui vit de loin fuir l'assassin , soupçonna son crime et monta précipitamment h cheval, mais que , faute de s'être pourvu d'éperons, il ne put l'atteindre (,5).
Pressons notre récit en le dégageant de toutes 1072. les fables qu'on a débitées sur ce siège (l6). Aussitôt après la mort de Don Sanehe, ceux de Léon et de Galice se dispersèrent, et les seuls Castillans
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demeurèrent pour accompagner lesrestes de leur roi jusqu'au monastère d'Ona. Cependant Alphonse , au premier avis de ce grand événement, part en toute hâte de Tolède , pour occuper les états du de'funt. Léon ne lui offre aucune difficulté ; et pour la Galice , son roi Garcie réussit , il est vrai , à s'échapper de prison , et tente de ressaisir le sceptre. Mais il est arrêté une seconde fois ; et Alphonse , aussi coupable envers lui que l'avait été son frère , le condamne à une prison perpétuelle, et usurpe sa couronne. La Castille présentait des difficultés plus sérieuses : les Castillans , indignés du meurtre infâme de leur roi , ne voulaient point se soumettre à Alphonse, tant qu'il n'aurait pas juré de n'avoir eu nulle part à ce forfait. Le roi consentait à faire la protestation solennelle de son innocence : mais parmi les grands de Castille nul n'osait recevoir son serment, dans la crainte d'encourir sa haine. Rodrigue seul se porta le représentant de la loyauté et de l'honneur de sa nation ; et cette grave cérémonie s'accomplit à Sainte-Agathe de Burgos, en présence de toute la noblesse. Le roi étendit les mains sur un missel ouvert , et Rodrigue lui parla en ces termes : « Jurez-vous , roi Al- » phonse, que vous n'avez ni ordonne", ni conseillé
» le meurtre de Don Sanche? Si vous vous parjurez, » plaise à Dieu que vous mouriez de la même mort, » et que, comme lui, vous tombiez sous les coups » d'un vilain. » Alphonse lit le serment avec douze de ses sujets , et il le renouvela ultérieurement; et chaque fois on vit le roi changer de couleur, soit qu'il fut re'volte' de ce soupçon outrageant , soit qu'il fut courrouce' de tant d'audace. Il s'est trouve' des critiques qui ont regarde' cet e'pisode comme fabuleux. Mais, outre que les raisons sur lesquelles ils se fondent n'ont pas une très-grande force , ce fait s'accorde tellement avec la de'licate susceptibilité des mœurs de ce temps , il est si honorable pour Rodrigue , et il explique si bien la haine dont Alphonse se montra toujours anime' contre lui, que je n'ai pas voulu le passer sous silence °7).
Cette haine ne se manifesta point d'abord , et la politique ne le conseillait pas. Rodrigue , allie' à la famille royale par sa femme Dona Ximena Diaz, fdle d'un comte des Asturies , accompagna le roi dans ses premiers voyages ; fut choisi pour champion dans plusieurs procès , qui, suivant la jurisprudence du temps, devaient se décider par les
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armes , et tut députe à Séville et à Cordoue pour recevoir les tributs que leurs princes payaient à la Castille.
Les rois de Se'ville et de Grenade se faisaient alors la guerre , et le dernier avait à son service quelques chevaliers chrétiens. Ceux-ci avec les Grenadins se portèrent dans le voisinage de Séville, pour commencer à dévaster son territoire; et malgré l'ordre que le Cid leur intima de se retirer et de respecter l'allié de son souverain, ils s'avancèrent sur les terres ennemies ravageant les campagnes, et faisant les hommes prisonniers. Rodrigue alors sort à leur rencontre à la tête de ceux de Séville, les attaque près du château de Cabra , et leur fait essuyer une déroute complète. De retour près de son allié , il en reçoit non seulement le tribut qu'il devait, mais encore les plus magnifiques présents, et il revient dans sa patrie chargé de richesses et d'une gloire nouvelle.
Déjà l'envie l'y attendait pour lui faire payer la gloire et la fortune qu'il venait de conquérir.
Alphonse dut se rendre en Andalousie pour faire rentrer dans le devoir quelques Arabes souleve's(l8>, et Rodrigue malade ne put le suivre. Les Maures d'Aragon , profitant de l'absence du roi , entrèrent sur les terres des Chre'tiens et saccagèrent la forteresse de Gormaz. A cette nouvelle , le Cid, encore convalescent , marche aussitôt contre eux avec son arme'e , leur ravit tout leur butin, et , se portant sur Tolède , il fait jusqu'à sept mille prisonniers , qu'il emmène en Castille avec toutes leurs richesses (,9). Le roi de Tolède e'tait l'allie' d'Alphonse VI, et par cette raison celui-ci avec tous ses courtisans condamna l'expédition du Cid. « Rodri- » gue, disaient les envieux, a fait une incursion sur » le territoire de Tolède et a rompu les traite's qui » nous unissaient à ces Maures, afin que dans leur » ressentiment ils nous coupassent le retour, et » vengeassent seshostilite's en nous exterminant. » Alors Alphonse, lâchant le frein à sa haine, le bannit de ses e'tats (20), et le Cid s'e'loigna de son ingrate patrie avec le petit nombre d'amis et de parents qui voulurent partager sa fortune. 1076.
A cette époque la puissance des Maures avait
bien dégénéré de sa force et de son étendue primitives. Après l'extinction de la famille des Ommiades (2I) , qui avaient réuni sous leur domination tous les Arabes d'Espagne , leur empire se démembra , et chaque province, chaque ville, chaque château eut son petit roi indépendant , presque toujours tributaire des chrétiens. D'un autre côté , énervés par la mollesse du climat , et le fanatisme n'échauffant plus leurs âmes , ils étaient fort éloignés de cette valeur intrépide et sublime , qui dans les premiers temps avait épouvanté et soumis la moitié de l'univers. Nos princes , au contraire , ne cessaient d'étendre et d'affermir leur pouvoir , et quand on considère la position si différente des deux nations , on s'étonne toujours davantage que nos ancêtres n'aient pas expulsé plus tôt les Maures de la Péninsule. Mais les rois et les peuples, qui auraient dû consacrer tous leurs efforts à cette entreprise, étaient plus divisés entre eux que leurs ennemis n'étaient affaiblis ; et le partage impolitique des états , les guerres intestines , les alliances avec les infidèles , les secours que les chrétiens leur donnaient dans leurs guerres , tout contribua à retarder une réunion de laquelle devait sortir la restauration de l'Espagne.
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Dans un pareil état de choses il est facile d'imaginer, malgré l'obscurité des temps et les contradictions des écrivains , quelle lut la destinée du Cid après son exil. Quand un pays est partagé en petits états , ennemis les uns des autres , on y voit fréquemment s'élever des hommes qui fondent leur existence sur la guerre , et leur indépendance sur la fortune. Si la victoire couronne leurs premières entreprises, de toutes parts, au bruit de leur nom et de leur gloire , des guerriers accourent sous leurs bannières , lesquels en augmentant le nombre de leurs soldats consolident leur puissance. Espèce de rois vagabonds , dont le royaume est le camp, et qui commandent partout où ils sont les plus forts. Les petits souverains qui les redoutent, ou qui ont besoin de leurs armes, achètent leur amitié et leur secours à force de bassesses et de présents. Ceux qui leur résistent doivent souffrir toutes leurs violences et toutes leurs dévastations. Quand aucun prince ne paie leurs services , la maxime terrible que la guerre nourrit la guerre est suivie dans toute sa rigueur , et les malheureux peuples, sans distinction d'allié et d'ennemi, essuient leurs vexations , leurs rapines , et tous les
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excès d'une barbare oppression. Héros pour les uns , audacieux brigands pour les autres , tantôt ils meurent misérablement , quand avec leur armée se détruit leur pouvoir ; tantôt , la fortune les prenant par la main , ils se voient monter au trône et à la souveraineté. Tels apparurent quelques généraux allemands pendant les guerres du dix-septième siècle : tels furent les capitaines que dans les deux siècles précédents les Italiens appelèrent Condottieri; et tel fut probablement le Cidde son temps, quoiqu'avec plus de gloire, et peut-être aussi avec plus de vertus (22).
La série d'aventures que les romanciers lui prêtent à cette époque fournirait la matière d'un récit intéressant et agréable dans sa fiction ; les mémoires historiques , au contraire , ne présentent qu'une succession de petites guerres, de courses et de démêlés sans événements, sans variété et sans intérêt. Une pareille narration, nécessairement sèche, sommaire et monotone , fatiguerait l'historien , sans instruction ni plaisir pour le lecteur (23). C'est pourquoi on se contentera de rapporter ce qui paraît digne de mémoire. Piodrigue, en quittantlaCastille,
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se rendit d'abord à Barcelone , et ensuite à Sarragosse, alors capitale d'un établissement mauresque. Son roi Almoctader mourut peu après , laissant ses deux états de Sarragosse et de Dénia partagés entre ses deux nls Almuctaman et Alfagib. Rodrigue se dévoua au service du premier ; et Sarragosse , défendue par lui contre les attaques d'Alfagib , du roi d'Aragon Don Sanche Ramire , et de Berenguel, comte de Barcelone , lui dut la constante prospérité dont elle jouit pendant la vie d'Almuctaman. Si les ennemis de cet état osaient en venir aux mains avec le Cid, ils étaient infailliblement vaincus; et le roi de Sarragosse , en prodiguant les honneurs et les richesses à son héroïque champion , en lui abandonnant l'autorité suprême , croyait rester encore au-dessous de tant de services.
Rodrigue conserva cette position jusqu'à la mort de ce prince. Il prit alors le parti de revenir en Castille; et le roi Alphonse, encore dans la joie de la conquête récente de Tolède <2^ , lui fit l'accueil 1088. le plus honorable et le plus bienveillant. Il le combla des plus hautes faveurs, et, entr'autres , U lui assura la propriété entière et exempte de
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contributions de tout le territoire qui) gagnerait sur les Maures. Bientôt après le Ciel leva une armée de sept mille hommes, entra sur les terres de Valence, délivra cette ville du siège que lui faisait souffrir le comte Berenguel ; et après avoir imposé un tribut au petit roi qui la possédait, il se dirigea sur Requena, où il s'arrêta quelque temps.
Les Almoravides inondaient alors les côtes orientales et occidentales de l'Espagne (25) ; et il semblait que la fortune des Arabes , pour les relever de leur abaissement, avait suscité celte nouvelle nation , qui se répandait comme un torrent impétueux par toute l'Andalousie. Nourris d'un fanatisme ardent, les Almoravides (26), possédés bientôt de l'esprit de conquête, sortirent du désert de Sahara sous la conduite d'Àbubekr, leur premier chef, entrèrent en Mauritanie, s'emparèrent de Segelmesse, et, soumettant Tanger et Ceuta, portèrent jusqu'à la mer leurs armes victorieuses. Jucef , neveu et successeur d'Abubekr , fonda Maroc, en fit le siège de son empire , et prit le titre de Miramamolin , ou commandant des musulmans. La mer aurait peut-être arrêté le cours de ce fléau :