‹ La vie du CidChapitre 4 sur 8 · LA \ IE IH! C1D. ICJ · texte numérisé non relu

LA \ IE IH! C1D. ICJ

mais Benavet , roi de Séville , l'appela sur lui. Avec ces Maures il espéra ranger sous sa domination toute l'Espagne musulmane. Beau-père du roi de Castille , Alphonse VI , qui avait épousé sa fille Zayda, cette haute alliance avait tellement exalté son ambition, qu'il se trouvait trop à l'étroit dans les états qui lui obéissaient déjà. Alphonse eut la faiblesse de condescendre à ses désirs , et il appuya la demande de secours qu'il adressa à Jucef. Les Almoravides vinrent bientôt , commandés par Aly, général vaillant , expérimenté , et d'une ambition effrénée. A personne leur venue ne fut plus fatale qu'aux imprudents qui les avaient appelés. Sous un léger prétexte , les Barbaresques se tournèrent contre leurs alliés ; Benavet fut tué dans le combat, et Aly, conquérant le royaume qu'il était venu secourir, imposa sa loi à tous les Maures de l'Espagne, refusa de faire hommage à Jucef, et se fit également décerner le titre de Miramamolin. La fortune semblait vouloir le combler durant le peu de temps qu'elle le favorisa ; deux fois les Castillans se mesurèrent avec lui , et deux fois ils furent vaincus , la première à Roda, la seconde à Badajoz (2?), où le roi Alphonse commandait en personne. Mais ce prince, encore plus admirable dans la mauvaise

Ç fortune que dans la bonne , rassembla de nouvelles

troupes , et attaqua l'usurpateur, alors que son armée était de'sorganise'e. Réduit à s'enfermer précipitamment dans Cordoue , et bientôt resserré de très-près, Aly ne vit d'autre moyen de salut que d'acheter chèrement la paix de ses ennemis , et de se soumettre à un honteux tribut. Mais il ne put à ce prix conjurer sa fatale destinée : peu après Jucef , respirant la vengeance , passa en Espagne , fit trancher la tête au rebelle, affermit sa domination dans toute l'Andalousie, et se disposa à poursuivre les conquêtes de sa nation dans la Péninsule.

Avec une puissante armée, composée de ses Almoravides et des forces des rois ses tributaires, il alla mettre le siège devant la forteresse de Halaet. Alphonse , qui rassemblait des troupes à Tolède pour marcher contre lui, manda à Rodrigue de joindre son armée à la sienne , et lui ordonna de l'attendre à Beliana, aujourd'hui Villena, par où devaient passer les Castillans. Mais quoique le Cid se fut porté en un lieu d'où il pouvait , au premier avis, opérer sa jonction avec le roi, soit négligence, soit malentendu, elle ne s'effectua pas, et il suffit

i.\ -\ iv. m; cm.

de la présence d'Alphonse pour mettre en fuite les Sarrasins. Les ennemis de Rodrigue , saisissant une occasion si propice à leur haine , se re'pandirent aussitôt en plaintes et en accusations. Elles furent si puissantes auprès d'Alphonse, que , non content de l'exiler de nouveau, il s'empara de tous ses biens, et jeta en prison sa femme et ses enfants. Rodrigue se hâta d'envoyer à la cour un des siens, chargé de défier, en présence du roi, quiconque l'avait calomnieusement accusé de trahison. Mais il ne fut pas admis à se justifier, quoique le roi , déjà moins irrité , voulut bien rendre la liberté à Dona Ximena et à ses enfants , et il se vit réduit pour la seconde fois à la dure extrémité de refaire 1089. péniblement sa fortune.

Ni Alfagib, roi de Dénia, ni le comte Berenguel ne pouvaient lui pardonner ses anciennes injures. Le comte surtout s'efforçait , par tous les moyens en son pouvoir, de les venger, et il en crut trouver l'occasion sur les terres d'Albarracin. Il conclut la paix avec le roi de Sarragosse , se fait donner des secours en argent de celui de Dénia , et avec des troupes considérables il marche à la rencontre

. \ Nil. 1)1 CI]).

de Rodrigue , qui avait fait camper sa petite armée dans une valle'e protégée par quelques hauteurs. Le roi de Sarragosse , qui gardait la mémoire des services que le Cid avait rendus à ses états, l'avertit du danger qui le menaçait. Il le remercia de cet avis, et l'assura qu'il attendrait de pied ferme ses ennemis , si nombreux qu'ils fussent. Le comte , prenant sa roule par les montagnes, arriva près du lieu où se tenait son ennemi; et s'imaginant déjà l'avoir détruit avec la multitude qui le suivait, il lui adressa une lettre d'insulte et de défi. Il lui disait qu'avec tout le dédain qu'il affectait pour ses ennemis, et avec sa grande confiance en son propre courage, on avait lieu d'admirer qu'il ne descendît pas dans la plaine et n'abandonnât point ces montagnes , où il avait cherché un refuge, comme s'il espérait plus des aigles et des corneilles que de l'assistance de Dieu. « Quitte tes hauteurs, ajoutait » il, viens nous joindre ici , et alors nous t'estime- » rons digne du nom de Campeador : sinon, tu es » un lâche que nous allons châtier sévèrement » pour l'insolence de tes rapines et de tes dévas- » tations. » Rodrigue répondit qu'effectivement il ne sentait que mépris pour lui et pour les siens , et qu'il les avait toujours comparés à des femmes

Page 1