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suivre son drapeau. Mais ce qui paraissail ternerite, et l'eût été' saus doute pour tout autre que le Cid , ce fut la résolution qu'il prit de maintenir cette conquête , nonobstant les énormes difficultés qui devaient l'en dissuader. Dans celte vue, il consacra ses premiers soins à soumettre la ville aux règlements d'une police salutaire, qui devait entretenir la bonne harmonie entre les maures et les chrétiens. La chronique générale contient à cet égard des détails curieux, qu'il coûte à l'historien de rejeter parmi ces fables qu'elle prodigue à l'occasion du Cid. Il voulut que les siens fussent polis et affables envers les vaincus; et il les gagna si bien par la générosité de sa conduite , qu'ils disaient n'avoir jamais vu prince si bienveillant et si bon, ni mieux fait pour se concilier le cœur de ses sujets. Il les gouverna parleurs lois et par leurs coutumes , et il ne leur imposa point de nouveaux impôts. Deux jours par semaine il jugeait leurs procès. « Venez à moi, leur disait-il, venez » toutes les fois que vous le voudrez , et je vous en- » tendrai : car, moi, je ne m'enferme pas avec des » femmes pour chanter et boire, comme font vos » maîtres, que vous ne pouvez jamais approcher. » Moi , au contraire , je veux connaître toutes vos
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» affaires , je veux être votre ami , je veux vous dé- » fendre avec tout le zèle affectueux d'un ami et » d'un parent. » Il s'occupa ensuite des chrétiens ; et comme il craignait qu'enrichis par la conquête ils ne songeassent à s'éloigner , il leur fit défense de sortir de Valence sans sa permission. La principale mosquée fut convertie en cathédrale , et il nomma évêque un prêtre appelé Jérôme , dont les histoires font mention conjointement avec ce Bernard , qui occupa le siège de Tolède , après la conquête de cette ville sur les Maures.
Vainement Jucef tenta-t-il par deux fois de lui arracher sa conquête , en envoyant contre lui des armées nombreuses. Les Barbaresques, commandés par un neveu de ce même Jucef, furent d'abord repoussés loin des murs de Valence par les seules forces du Cid , et ensuite ils furent mis dans une déroute complète par lui et par Don Pèdre , roi d'Aragon , aux environs de Xativa. Ces deux victoires , et la soumission d'Olocau , de Sierra, d'Almenara, et surtout de Murviedro , ancienne place très-forte, achevèrent de l'affermir dans la possession de Valence. Il conserva celte capitale jusqu'à
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sa mort, qui arriva cinq ans après la conquête. 1°'' Valence resta encore presque trois années au\ chrétiens, sous l'autorité et le gouvernement de Dona Ximena. Mais les Maures , ne tremblant plus désormais de rencontrer le Cid , vinrent l'assiéger, et la pressèrent si vivement, qu'Alphonse VI, aux prières de la veuve de Rodrigue , dut voler à son secours. Les barbares se dissipèrent à son approche : et ie roi de Castille , considérant l'éloignementde Valence , et l'impossibilité de la conserver, en fit sortir les chrétiens avec toutes leurs richesses, pour les transporter en Castille, et livra la ville aux flammes.
Le Cid laissa deux filles , nées de son mariage avec Dona Ximena. L'une épousa l'infant de Navarre , l'autre un comte de Barcelone. Quelques mémoires lui donnent encore un fils, qui serait mort à la fleur de son âge dans un combat que son père rendit contre les Maures près de Consuegra. Les restes du Cid furent emmenés de Valence par sa famille, quand elle quitta cette ville , et transportés solennellement au monastère de Saint-Pierre de Cardena près Burgos. On y voit encore son tom-
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beau , que les voyageurs visitent toujours avec des sentiments profonds d'admiration et de respect.
Tel est le récit des actions que l'histoire attribue à ce grand homme , débarrasse des fables nombreuses dont les siècles avaient obscurci sa mémoire. Ce récit est tout guerrier : et son simple exposé suffit pour étonner l'imagination ., qui a peine à concevoir toute la force de ce bras de fer , qui , rejeté de sa patrie , avec le petit nombre de soldats , de parents et d'amis dévoués à son génie , ne se lassa jamais de combattre, et jamais ne combattit sans vaincre. Rempart invincible de quelques états , foudre terrible des autres , il éclipsa la majesté des rois de son temps, et apparut dans ce siècle de barbarie et de combats comme un Dieu tout-puissant, qui, de quelque côté qu'il tournât, portait avec lui la gloire et la fortune. Les surnoms de Campeador , de Cid, de glorieusement-né *, ont Iraversé les âges , comme un témoignage éclatant de l'enthousiasme de ses contemporains, et des
* El que en buen hora nasco 3 liltéraleinenl . celui qui naquit dans une bonne heure.
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idées d'héroïsme et d'honneur qu'il personnifiait à leurs yeux. A la première vue on ne croit pas à tant d'exploits et à une carrière de gloire si bien fournie. Mais , sans que le Cid perde rien de sa réputation, l'incrédulité' cessera, si l'on réfléchit qu'il eut presque toujours affaire à des armées mal aguerries , indisciplinées , assemblage irrégulier de soldats de religion , de mœurs et d'intérêts différents , la plupart Arabes efféminés par la mollesse du climat. Pourquoi la Castille se priva-t-elle d'un pareil champion? Son héroïsme et sa fortune , unis avec la puissance du roi Alphonse , eussent peutêtre reculé jusqu'à la mer les limites de la monarchie , et le siècle suivant aurait vu l'expulsion totale des barbares. L'envie , la calomnie , et un ressentiment implacable ne le permirent point ; et les exploits du Cid , en lui procurant une immortelle renommée , ne firent à l'Espagne d^utre bien que de montrer au grand jour la faiblesse de ses ennemis.
Je crois être agréable à quelques-uns de mes lecteurs, en transcrivant ici la traduction castillane d'une élégie arabe sur le siège de Valence, et sur la ruine dont les armes du Cid menaçaient cette capitale. J'ai jugé cette pièce intéressante sous le double rapport historique et philologique.
Je conserverai soigneusement l'ancienne orthographe.
Valencia . Valencia , vinieron sobre ti muchos quebrantos , é estas en hora de morir : pues si ventura fuere que tu escapes , esto sera gran maravilla a quien quier que te viere. — E si Dios fizo merced a algun logar , tenga por bien de lo facer a ti , ca fueste nombrada alegria é solaz en que todos los Moros folgavan , é avien sabor é placer. — E si Dios quisier que de todo en todo te ayas de perder desta vez , sera por los tus grandes pecados é por los tus grandes atrevimientos que oviste con tu soberbia. — Las primeras quatro piedras, caudales sobre que tu fueste fbrrnada ,
quierense ayuntar por lacer grau duelo por ti , é non pueden. — El tu muy nobre muro, que sobre estas quatro piedras fue levantado, ya se estremece todo, e' quiere caer , ca perdido ha la fuerza que avie. — Las tus muy altas torres e' muy fermosas , que de lejos pareszien e confortavan los corazones del puebro , poco a poco se van cayendo.
— Las tus brancas almenas , que de lejos muy bien relumbravan, perdido han la su lealtad cou que bien pareszien al rayo del sol. — El tu muy nobre rio caudal Guadalaviar, con todas las otras aguas de que te tu muy bien servies , salido es de madré é va onde non deve. — Las tus azequias muy cralas , de gente mucho aprovechosas , retornaron torvias ; e con la mengua de las limpiar van llenas de muy gran zieno. — Las tus muy nobres é viciosas huertas que enderedor de ti son , el lobo rabioso les cavô las raices é non pueden dar fructo.
— Los tus muy nobres prados en que muy fermosas flores e' muchas avie , con que tomava el tu puebro muy grande alegria , todos son ya secos.
— El muy nobre puerto de mar de que tu tomavas muy grande lionra , ya es menguado de las nobrezas que por e'1 te solien venir amenudo. — El lu gran termino, de que te tu llamavas senora, los fuegos
le han quemado , é â ti llegan los grandes fumos. — A la tu gran enfermedad non le puedo fallar meleziua, é los fisicos son ya desesperados de te nunca poder sanar. — Valencia , Valencia , todas estas cosas que te he dichas de ti , con gran quebran to que yo tengo en el mi corazon , las dixe ë las razoné. — Ya quiero départir en la mi voluntad que me lo non sepa ninguno , si non quando fuere menester de lo départir.
Cette élégie ne respire-t-elle pas une douleur touchante , et ne sommes-nous pas émus des larmes que verse l'Arabe sur cette Valence défigurée par le loup furieux ( el lobo rabioso)?
Le loup furieux était le Cid , et le barbare qui écrivait cela était sa victime
Pour moi , je prends le parti de la victime, et le barbare à mes yeux , c'est l'Espagnol !
{Note du Traducteur. )