LA V[K DU DOGME
tantôt de l'implicite à l'explicite comme dans les déductions mathématiques — tantôt de la notion vulgaire à la notion scientifique, du confus au distinct. •
Mais le fond de la théorie ou de la classification reste immuable, substantiellement identique. Ce n'est pas le devenir éphémère, c'est la semence féconde qui ^:e développe ; ce n'est pas le fleuve qui coule oublieux de ses rives : c'est la végétation qui s'épanouit.
Si tel est le caractère général de mainte évolution scientifique, trouvons-nous dans l'ordre théologique quelque chose d'équivalent?
J'ouvre un manuel des plus élémentaires et des plus avantageusement connus (1) ; j'y trouve cet argument : ce Si toute science humaine est capable de progrès, ce bénéfice ne peut être refusé à la foi ». Et l'auteur explique sa pensée : (( Les vérités révélées ne sont point comme les pierres d'un édifice, mais comme des semences. Plus elles sont élevées, plus elles sont fécondes en conclusions... » Puis il allègue l'autorité d'un passage fameux, écrit par Vincent de Lérins :
(( Mais, dira-t-on, n'y a-t-il dans l'Église du c< Christ aucun progrès? Si assurément, et un « très grand progrès. Ce serait trahir l'humanité,
(1) Hurter, Theolog. gêner., p. I, p. 14,
<( ce serait desservir Dieu que de s'y opposer. (( Toutefois c'est un progrès, ce n'est pas une (( altération de la foi. Qui dit progrès, dit déve- (( loppement ; qui dit altération, dit corruption. (( Il doit donc y avoir croissance, il doit y avoir (( progrès... de l'intelligence et de la science, <( mais dans la persévérante identité du dogme (( et de l'interprétation ».
(( La croyance religieuse imitera donc les corps (( organiques dont l'évolution expansive, au cours (( des années, n'empêche point l'identité » (1).
D ailleurs le savant professeur dlnspruck a soin de préciser la nature du développement dogmatique : entre autres exemples, il signale particulièrement le progrès par définition plus précise en présence d'erreurs diverses — par renoncé plus exprès des parties contenues dans le tout — par l'enseignement distinct et explicite de ce que les fidèles comprenaient d'une manière confuse.
En somme, ce progrès peut être par voie de déduction ou par voie de définition. Dans le premier cas, les conclusions deviennent explicites. Dans le second cas, c'est le genre et la différence logiques qui deviennent distincts. Voilà par oîi
(1) Commonitorium, cap. 23.
la Théologie subit une évolution semblable'aux évolutions précédemment décrites.
Mais une science n'est pas un simple jeu de formules et de systèmes. La science idéale pour être valable doit être posiiive à son point de départ et à son point d'arrivée.
Il en est ainsi pour la Théologie : elle traduit le dogme dans notre langage humain, dans nos conceptions philosophiques, dans nos systèmes aussi parfaits, aussi dégagés que possible d'une vaine témérité. Mais il n'y a là que des déductions et des classifications parties du fait de Révélation^ et qui ne doivent point en sortir.
Sous les apparentes vicissitudes de ces déductions et de ces classifications, l'identité substantielle du concept révélé doit persévérer sans autre changement qu'un changement modal : de l'état confus à l'état défini, de l'implicite à l'explicite.
Ainsi il doit y avoir vérification au point d'arrivée : je veux dire, au point d'arrivée, le dogme lui-même qui doit être retrouvé puisqu'il doit s'encadrer dans les conclusions, s'enchâsser naturellement et sans violences dans les lignes maîtresses du système scientifique.
Sous ces réserves et sous ce contrôle, la spéculation a le champ libre. Elle connaît des franchises, elle ose des coups d'aile que la soi-disant libre-pensée ne saurait soupçonner.