CORPS ET AME
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Dans un premier volume d'essais, sous le titre Corps et Ame, M. Gardair a traité sommairement une suite de problèmes dont la solution donne une première idée de la philosophie de saint Thomas et sert d'introduction à l'exposition plus complète que présenteront les ouvrages suivants.
Au premier plan, est l'Activité dans les corps inorganiques. Dès ce commencement de l'activité dont tout ce qui existe est doué, la théorie de la rùatière et de la forme, avec la distinction des formes substantielles et des formes accidenlellesy apporte quelque lumière dans l'obscure profondeur des choses. Cette théorie apparaît comme préférable au dynamisme de Leibniz et permet de conserver l'hypothèse des atomes 'sans abandonner la notion de force ou principe prochain d'activité physico-chimique. M. Gardair montre comment une large interprétation du système de saint Thomas pourrait concilier les points de vue divers adoptés par les autres systèmes qui ont tenté d'expliquer la nature, et saurait échapper aux impossibilités métaphysiques que certaineshypothèses n'ont pas toujours su éviter.
Après l'activité des corps inorganiques, il convenait d'étudier celles dont Tâme est le principe, à des degrés divers, dans les êtres vivants. De là, un second traité : les Puissances de l'âme, La définition de l'âme par Aristote suppose la théorie de la puissance et de l'acte, qui tient une si grande place dans la philosophie péripatéticienne. En toute âme, l'essence est distincte des puissances qui en émanent. L'âme, considérée comme principe générique de vie, a plusieurs puissances distinctes: les puissances delà vie végétative,, celles de la vie sensitive et celles de la vie intellectuelle; la plante, l'animal, l'homme manifestent cette distinction. Ces points établis, chaque sorte de puissances est examinée à part.
Sur le rôle des forces physico-chimiques dans les opérations des puissances végétatives, la philosophie de saint Thp-
p. LETHIELLEUX, Éditeur, lo, rue Cassette, PARIS. 3
mas est d'accord avec la science moderne. Le sujet de ces puissances est le corps animé; mais dans l'homme, l'âme a une manière particulière de les communiquer à l'organisme Les puissances sensitives ont aussi le corps animé pour sujet; mais les forces physico-chimiques ne donnent qu'un concours indirect et extrinsèque aux opérations sensitives. M. Gardair discute les systèi^es de DaBcaiieb, Bossuet, Malebranche, Leibniz, relativement au sujet de la sensation, et explique la solution de saint Thomas. L'intervention de l'organisme matériel dans toute opération sensitive est la raison de la forme exclusivement individuelle que prend Tob^ jet connu par les sens, tant internes qu'externes. Enfin, les puissances intellectuelles sont indépendantes de l'organisme : l'auteur le prouve par l'universalité et la nécessité que présente la connaissance intellectuelle et réfute notamment l'erreur de Taine sur la formation de la pensée.
Un mémoire spécialsur l'Organisme et la pensée complète l'étude précédente. M. Gardair oppose la théorie de saint Thomas sur l'union de l'âme et du corps aux divers systèmes, qui ont cherché à résoudre ce problème; puis il fait voir que la pensée a besoin de l'organisme, parce qu'elle a besoin du concours des sens externes et internes, mais que, néanmoins, dans son acte propre, elle n'a pas d'organe.
L'ouvrage se termine par deux essais très importants^ l'un sur la Connaissance, l'autre Gur le Libre arbitre.
Assimilation du connaissant à l'objet connu; identification du connaissant avec le connu; conséquence de cette identification ; opposition de saint Thomas à l'hypothèse des idées innées: tels sont les points traités en ce qui concerne la Connaissance.
Quant au Libre ai^hitre, il est démontré principalement par le caractère absolu et universel de l'amour que possède la volonté pour le bien, et qui la laisse libre de choisir ellemême tel ou tel bien particulier. Les principales objections contre la liberté sont ensuite réfutées: objection physique, objection psychologique, objection métaphysique. La liberté est décrite dans sa 'perfection. Enfin, viennent deux éclaircissements, Tun sur la preuve fondamentale du libre arbitre, l'autre sur l'accord du libre arbitre avec la puissance et l'action de Dieu.
4 P. LETHIELLCUX, Éditeur, ïo, rue Cassette, PARIS. COLRS LIBBE SLR LA PHILOSOPHIE DE S. THOMAS