LA MORALE CHRÉTIENNE
Par l'abbé A. CHOLL.ET
Docteur en théologie et en philosophie, professeur à l'Université catholique de Lille.
La question des rapports du christianisme et de la philosophie stoïcienne est un vieux proverbe rajeuni de nos jours, une vieille querelle réveillée en ces derniers temps.
Les premiers apologistes de la doctrine du Christ eurent à la défendre contre les païens ou leurs amis, lesquels assu. raient que le paganisme avait apporté à Jésus la meilleure et la principale part de son enseignement.
Les siècles de foi ne posèrent pas même la question, tant la solution leur en paraissait évidente et certaine.
Et voici qu'une nouvelle école a repris l'attaque. Pour nô
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citer qu'une partie de ses adhérents, MM. Miron, Proudhon, Garcin et Saisset, prétendent démontrer que le christianisme a puisé sa morale surtout dans la philosophie du Portique, M. Deschanel ne craint pas d'avancer que la morale dite chrétienne ne contient pas une idée, un sentiment, une parole qu'on ne puisse retrouver chez les philosophes antérieurs. Il se publie à Leipzig plusieurs ouvrages dont le dessein est de soutenir la même thèse.
M. Havet, en deux volumes, explique comment notre religion n'est qu'un développement naturel et spontané des civilisations grecque et gréco-latine.
M. Renan, dans son livre sur Marc-Aurèle et la fin du monde antique, proclame hautement qu'avant le christianisme la philosophie avait tout vu et tout dit, excellemment.
Un autre, M. Tissot, va plus loin encore, et nous apprend que si, en morale, la méthode, l'ordre, la clarté, la précision, sans parler du talent et du charme, doivent entrer en ligne de compte, Platon, Aristote, Cicéron, Sénèque l'emportent sur les auteurs des lettres apostoliques et sur S. Paul.
Le sujet, on en conviendra, ne manque ni d'importance, ni d'opportunité. Mgr Salvatore Talamo, un des plus distin-^ gués théologiens et philosophes d'Italie, professeur honoraire d'une faculté de théologie de France, vient de l'aborder et de le traiter avec toute la compétence que son ouvrage sur VAristolélisme de la scolastique nous avait depuis longtemps révélée et que de nombreux travaux n'ont fait que rendre plus évidente»
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La morale du Christ renferme toute la morale naturelle qu'elle a surnaturalisée et complétée; on en supprime d'un seul trait toute la partie surnaturelle. Dans la philosophie naturelle des stoïciens, on tait comme inutiles et gênantes toutes les illusions et les défaillances. Il doit évidemment en résulter de grandes ressemblances. De là à conclure que deux sagesses aussi semblables sont issues l'une de l'autre, il n'y a qu'un pas. Ce pas est vite franchi, mais il est condamné par l'illégitimité des éliminations qui l'ont précédé et préparé. En outre, ces éliminations fussent-elles justes et exigées par la nature du sujet, on ne pourrait encore conclure des analogies qui en résultent à la dépendance originelle des deux doctrines en cause. Les traditions primitives, l'usage naturel de la raison, une même disposition des esprits, une expérience commune faite dans des conditions sociales analogues, tout cela peut très bien amener parallèlement deux philosophies à des conclusions assez pareilles, sans que ces philosophies exercent l'une sur l'autre la moindre influence.
Dès maintenant, il reste donc contre les adversaires, en premier lieu, que par des réticences, des silences injustifiés, ils arrivent à exagérer l'analogie entre les deux points à examiner; et, en second lieu, que cette analogie, fût-elle admise telle qu'on prétend la montrer, ne prouverait pas encore l'origine stoïcienne du christianisme primitif.
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