CHAPITRE II
Griefs rationalistes et protestants.
La conception du dogme catholique, imposé à nos intelligences par une Église infaillible, voilà pour beaucoup de nos contemporains un véritable scandale ; voilà pour la pensée moderne une vraie pierre d'achoppement. Cette difficulté s'aggrave par le fait d'esprits tout au moins mal renseignés, qui mutilent la notion du dogme catholique : ils ne veulent y voir qu'un seul élément, l'élément d'autorité, et s'attachent à faire ressortir une contradiction entre cette autorité qui s'affirme, et tout l'appareil scientifique — produit d'un travail humain — qu'on veut nous imposer au nom de la même autorité.
De là cette objection formulée naguère dans une Revue protestante, et signée d'un nom très
en vue, celui d'une des plus hautes personnalités de l'enseignement officiel protestant. L'article en question visait la très remarquable Encyclique adressée par le Souverain Pontife à l'univers catholique — cette Encyclique dont la pensée inspiratrice franchissait même l'enceinte de nos temples et allait, avec toute la force de la vérité comme avec toute la douceur de la charité, retentir jusque sur le seuil des églises séparées. Cet événement tenait le monde attentif. La Revue chrétienne obligée d'en parler, le fit avec une pointe d'aigreur assez prononcée : « A quoi bon, disait le théologien protestant, à quoi bon cet étalage de textes et de raisonnements si vous me parlez comme Pape infaillible ».
L'objection, dans toute sa brutalité, peut impressionner quelques esprits inattentifs, étrangers aux questions théologiques. Et pourtant, ces démonstrations compliquées ont un sens : elles ne sont point un trompe-l'œil et peuvent légitimement s'adresser soit aux catholiques, soit aux non-catholiques. A des catholiques , croyants soumis, il s'agit de démontrer théologiquement un triple dogme: celui de l'Église, celui de l'Écriture et celui de la Tradition. Ce sont trois dogmes contenus dans l'Écriture même. Une fois reconnue comnie légitime et authentique interprète, l'Église peut les proposer aux fidèles par le simple exer-
cice de ce droit (1). Elle peut aussi les interpréter fhëologiqiiement: la démonstration consiste alors à faire voir la mutuelle dépendance oi^i ils sont enchaînés.
A des schismatiques et à des protestants — pourvu qu'ils soient orthodoxes, c'est-à-dire pourvu qu'ils reconnaissent dans l'Écriture une doctrine divinement inspirée — il suffit de montrer l'Église révélée dans l'Écriture et facilement reconnaissable avec tous ses caractères.
L'Église est donc aux yeux du catholique une autorité qui interprète l'Écriture. Cette autorité est légitime et elle présente une interprétation rationnelle: un instant de réflexion suffira pour nous convaincre qu'une autorité doctrinale n'est pas nécessairement irrationnelle dans ses procédés d'exposition. Les analogies humaines empruntées à des systèmes contemporains, nous ont déjà fait entrevoir ce qu'il y a d'acceptable dans cette idée d'une autorité enseignante, directrice cl une société intellectuelle', par ces analogies, nous avons déjà pu comprendre que toute raison n'est pas nécessairement individualiste. L'exposition
(1) Souvent, pour montrer que ces dogmes sont contenus dans l'Écriture, fÉglise se contente d'alléguer des autorités doctrinales, incontestées par les Églises ou par les communions auxquelles elle s'adresse.
même du dogme catholique achèvera de nous en convaincre.
Mais il est nécessaire, auparavant, de connaître le courant d'idées rationaliste et protestant, et d'approfondir une théorie à laquelle on attache une grande importance : celle du dogme envisagé comme travail humain. — Nous ne pourrons y opposer que des rectifications partielles. La pleine intelligence du Travail Théologique ne peut être obtenue que par l'exposition de la Vie du dogme, manifestée dans son évolution. — Néanmoins, ce sera encore un utile préliminaire, avant d'aborder Texposition du Dogme catholique de la Tradition.
Un dogme: que signifie ce mot dans la bouche d'un catholique, d'un protestant, d'un rationaliste?
La théologie catholique appelle dogme une vérité divinement révélée, et que l'Église propose comme telle à notre foi.
Deux éléments entrent donc dans cette définition : le fait de la révélation et la proposition doctrinale de l'Église.
Quand nous parlons du fait de la révélation, nous entendons par révélation ou parole divine, non seulement l'Écriture Sainte — Ancien et Nouveau Testament — mais encore tout enseignement doctrinal provenant du Christ et des apôtres, transmis indépendamment de l'Écriture
Sainte ou pour lui servir de commentaire. Ce premier élément — la révélation — nous indique bien la source primitive du dogme; mais il ne suffit pas à le constituer intégralement au sens théologique. Il peut se faire qu'une vérité soit révélée de fait, sans que l'Église l'ait encore proposée à notre acceptation. Cette proposition est le second élément qui constitue le dogme, objet de foi catholique.
Il en résulte que le point de vue catholique dépasse le point de vue protestant. Mais de cette différence résulte une différence plus étendue. Pour le protestant, l'objet de Foi est simplement la Bible, comprise et interprétée par la raison individuelle, ou même par le simple sentiment. Pareille interprétation, loin d'amplifier le credo, tend plutôt à le mutiler, à le minimiser. En fait, c'est la marche actuelle de l'interprétation protestante.
Au contraire, le catholique, loin de borner sa foi aux vérités énoncées dans l'Écriture, accepte en outre toutes celles qui y sont formellement implicites, contenues comme la plante est contenue dans le germe. Pour qu'elles soient qualifiées dogmes, il suffit qu'elles soient proposées par renseignement authentique de TÉglise (1).
(1) La notion précise de cet enseignement aulhen-
Écoutons maintenant le Théologien protestant. Que veut-il nous dire quand il nous parle de dogme ?
A coup sûr c'est un gros point d'interrogation — c'est une pomme de discorde jetée dans le camp protestant. Car il s'agit d'une question vitale au premier chef. Un dogme est-ce TÉcriture? Non, d'après les autorités quasi unanimes de la théologie protestante. C'est quelque chose de plus que l'Écriture. Alors, qu'est-ce donc?
La présente difficulté provient du voisinage compromettant — disons mieux : de la fusion intime — récemment consommée entre le système protestant et le système rationaliste. Désormais impossible de dire où commence l'un, où finit l'autre. Ce sont des nuances insensibles et des dégradations progressives qui s'échelonnent du protestantisme orthodoxe jusqu'au rationalisme pur et simple.
tique résultera précisément de l'exposition du dogme de la Tradilion. L'enseignement authentique est l'acte de Tradition lui-même, s'imposant à nos intelligences en vertu d'un pouvoir doctrinal. Qu'il nous suffise de rappeler qu'une définition conciliaire est.un enseignement authentique — que le pouvoir doctrinal s'exerce encore sous d'autres formes, par exemple, par l'accord unanime des évêques dispersés dans f univers — qu'il se manifeste encore par ses effets, tels que le sentiment unanime du peuple chrétien.
Les rationalistes, eux aussi, nous parlent de dogmes. Ils nous en parlent souvent; ils écrivent des Histoires du dogme dont plusieurs ont déjà obtenu le plus grand succès en pays protestants. On peut dire que l'histoire du dogme constitue à présent une de leurs préoccupations principales, et un de leurs plus vastes sujets d'étude. Chez eux comme chez les protestants, les définitions et les systèmes sont variés. Il semble qu'il y ait proportion entre la variété des protestantismes plus ou moins rationalistes, et la variété des sens donnés au mot: dogme. On pourrait en quelque sorte mesurer par cette variété la dose de protestantisme subsistant dans un pays donné, dans une secte particulière — sous l'effort dévastateur du flot rationaliste — comme on mesure la crue d'un fleuve à l'étiage de ses eaux.
Malgré cette diversité, tâchons d'avoir une idée de ce que le protestantisme — ou plus exactement: le rationalisme protestant ■ — entend par un dogme. Si l'on voulait ramener les opinions diverses à l'unité d'une formule, sensiblement générale, on pourrait s'en tenir à l'énoncé suivant, formulé par un Théologien relativement modéré et conservateur (1). « Le dogme contient
(1) Bonifas. Art. Dogmes, dans rEncyclopédie des sciences religieuses.
(( deux éléments: un élément objectif divin^ les (( faits et les vérités du salut que nous fait con- (( naître la révélation ; puis un élément subjectif (( humain, la formule théologique exprimant ces (( faits. Le premier de ces éléments, contenu (( essentiel du dogme, ne saurait changer. Le « second se modifie avec l'esprit humain ».
Si vous interrogez le protestant pour obtenir une désignation plus précise, pour savoir au juste en quoi consiste cet élément humain — il vous apportera ces massifs in-folios où sont consignées les mémorables disputes des Pères de l'Église contre les Gnostiques, les Ariens et les Nestoriens ; — il vous montrera ces termes bizarres, ces mots savants forgés tout exprès pour le besoin de la controverse, ces définitions très abstraites sur la nature et la personne, sur la consubstantialité, sur la procession du Fils et du St-Esprit, sur la Transsubstantiation, sur la Matière et la Forme des Sacrements. « Tout cela, vous dira-t-on, est-ce l'Écriture? est-ce la Révélation? ou bien n'est-ce pas un travail Jiumain'^ Et en somme, c'est ce travail humahi qui aboutit aux définitions conciliaires. Lorsque l'Église enseigne dans un concile que le Christ est une seule personne en deux natures, qu'est-ce que cette formule, sinon le résumé de volumineux infolios qui en fixent le sens authentique? Lorsque
les Docteurs veulent donner un sens intelligible aux désignations de Fils et de Yerbe trouvées dans l'Écriture Sainte, que d'efforts, que de luttes pour préciser ces symboles, soumis à la révision et à la critique du travail humain ».
Ainsi: les protestants désignent, sous le nom de dogme : la somme de deux éléments: l'élément divin qui esc l'Écriture — ou du moins certaines parties de l'Écriture — l'élément humain qui consiste dans les formules théologiques.
Rapprochons maintenant leurs définitions de la dcfmition catholique. Là aussi, deux éléments: la vérité révélée et la proposition de l'Église. Mais pour le catholique, ces deux éléments sont d'ordre surnaturel et divin. D'où une opposition tranchée. D'ailleurs, cet élément humain dont parlent les protestants ne serait-il pas précisément ce que le catholique appelle proposition de rÉglise'! « Précisément, répondra le protestant, pour nous c'est une seule et même chose, puisque la proposition de l'Église a précisément pour objet des termes et des formules non révélées.
N'éludons point la difficulté: il est très vrai que cet élément humain, signalé avec tant d'insistance par les protestants, existe dans la production historique du dogme aussi bien que dans sa composition intrinsèque. Dans sa production historique — quand des centaines d'évêques
s'assemblent en Concile — quand ils délibèrent sur le sens et la portée des mots dont ils vont se servir. Par suite, élément humain dans la composition intrinsèque, je veux dire dans la structure des énoncés. Car ces mots: personne — nature — consubstantialité — transsubstantiation, n'étant pas dans l'Écriture, ne sont pas révélés en eux-mêmes.
Il y a donc lieu de se poser une double question :
1° Le résiillat de ce travail humain est-il une altération de la Foi? est-il un apport étranger à la Révélation ?
2" De quel droit l'Eglise se livre-t-elle à ce travail, et nous en propose-t-elle les résultats ? Comment le justifie-t-elle? Car il a besoin d'être justifié et ce serait une justification insuffisante si nous nous bornions à dire: ce travail n'altère point le sens de l'Écriture et n'y ajoute rien.
Nous répondrons d'abord brièvement à la première question, réservant à plus tard une solution détaillée. La réponse à la seconde question sera précisément l'exposition du dogme de la Tradition : nous y reconnaîtrons un droit primordial — conféré primitivement à l'Église — en vue d'une interprétation officielle des Écritures. Nous verrons que ce travail étant l'exécution temporelle d'une mission divine, ne saurait
être parement humain^ et ne s'achève pas sans l'assistance du Saint-Esprit, préservant de toute erreur.
Ce travail humaia, que nous objectent les protestants, est surtout un travail cV interprétation philosophique et de disposition méthodique. Nous aurons atteint notre but, si nous parvenons à en faire voir la nature.
Traduire certaines notions dans Une interprétation fidèle — pour les disposer dans un ordre logique — c'est en somme un travail parfaitement conciliable avec l'intégrité des vérités soumises à notre inquisition.
Et d'abord examinons le travail d'interprétation philosophique.
L'Église prend un mot ou une phrase de l'Écriture, et l'interprète par des expressions de notre langue humaine: elle use de mots qui résument des définitions philosophiques et supposent par conséquent un certain travail de l'esprit humain.
En effet, lorsque je trouve le mot: personne divine — à la place des expressions notées dans le Nouveau Testament, et lorsque je demande : (( Qu'est-ce qu'une personne? )) — on me répond en me disant: « Une personne est une substance individuelle et de nature raisonnable )). Je demande ce que c'est qu'une nature-^ et l'on me dit
que (( la nature est un principe d'actions qui spécifie l'être ». Chacun de ces termes techniques et abstraits représente lui-même certaines définitions précédentes. Ainsi les définitions se superposent aux définitions. Il en résulte de véritables constructions, parfois symétriques et grandioses. Quelle jouissance éprouvent certains esprits à contempler les maîtresses lignes de cette architecture!
Récemment, on a dit des systèmes philosophiques, considérés en général, que c'étaient (( de beaux palais — Louvres de la pensée » — mais que ces Louvres, hélas ! étaient des palais d'ancien régime — que leur temps était passé, que ce la confiance de L'Humanité ne les habiterait plus ».
Est-ce bien vrai? est-ce bien sûr? Est-il vrai que le besoin de systèmes ait cessé de se faire sentir aux intelligences humaines? — Je ne le crois pas. Et l'histoire toute récente de la science
— surtout l'histoire de la philosophie scientifique
— est là pour nous dire que l'esprit humain, sur le terrain de la science comme sur celui de la philosophie — plus encore en matière scientifique qu'en matière philosophique — éprouve toujours le besoin de constructions systématiques. Il ne peut se contenter de faits et de notions isolées qui ne lui disent rien. Il faut les grouper autour de certains faits dominants, bases natu-
relies d'explication ; il faut par conséquent les systématiser scientifiquement. Matérialiste ou spiritualiste, le penseur voudra toujours poser des Bases fondamentales , ériger des Absolus comme des idoles, et en faire les Dieux de sa conception philosophique.
Le Positiviste, qui semble le plus éloigné de cet esclavage superstitieux, finit par une flagrante inconséquence: après avoir tout expliqué par la Matière, il franchit les bornes de la simple explication positive et l'érigé en système dogmatique : la Matière devient un Absolu. Il lui faut une Métaphysique : il choisira celle-là.
Quoi qu'il en soit, une définition philosophique est bien souvent le résultat de ce travail compliqué qu'on appelle un système. De pareilles définitions n'ont-elles pas souvent fourni la matière des formules conciliaires. N'ont-elles pas constitué souvent l'interprétation de l'Écriture ?
L'Écriture nous dit : (c En Dieu il y a un Verbe et ce Verbe est Dieu ». Le travail théologique nous dit : (( Le Verbe est une personne » et cette notion de personne est une notion philosophiquement définie, résultat du travail humain.
L'Écriture nous dit : (( Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu ». Le travail théologique nous dit: (( Le Verbe est coéternel à Dieu ». Qu'est-ce à dire: coéternel? La notion
crÉternité, elle aussi, a subi son travail de formation et de définition. Elle repose sur l'intelligence si laborieuse de la notion de Temps.
L'Écriture attribue plusieurs fois à Jésus le nom de Fils de Dieu. L'Apôtre nous le représente comme engendré de Dieu dans le jour de l Eternité. Le symbole de Nicée insiste sur cette donnée de la révélation, et décide contre les Ariens que le Fils de Dieu n'est pas une créature, mais qu'il est engendré (( genitum, non factum ». Cette définition conciliaire, et la distinction qu'elle précise, furent l'objet de longues disputes philosophiques contre les hérétiques. C'est tout un travail humain, tout un travail philosophique qui se résume dans un terme fameux, dans la notion de « consubstantiel ».
Jésus a dit: «Mon Père et moi nous sommes un», Ego et Pater ununi sumus. Le travail théologique construit la notion philosophique de la nature : il la compare à la notion philosophique de la personne; et les définitions conciliaires qui en sont le fruit, nous affirment unité de nature et Trinité de personnes (1).
(1) Nous ne prétendons point que le travail théologique ait introduit comme une absolue nouveauté les notions de nature et de personne. Elles sont dans rÉcriture, mais au concret. La science les analyse.
h'2 LA VI K DU DOGMH:
ContentoRS-noiis de ces quelques exemples. Ils peuvent donner une idée du travail d'interprétation philosophique. D'un côté, le travail humain partant de notions humaines pour aboutir à des formules humaines; d'autre part, la définition concihaire s'empare de tout ce travail et le consacre en déclarant que la notion de personne ainsi formée constitue une valide et légitime interprétation de tel passage Scripturaire. D'un côté, la construction pénible s'élève patiemment dans le crépuscule de notre métaphysique ; de l'autre, le rayon illuminateur vient en toucher le faîte. C'est le contact qui s'établit entre le divin et l'humain; c'est la compénétration des deux ordres: telle est du moins la doctrine catholique touchant le procédé théologique.
Nous avons dit que l'interprétation Scripturaire admet également le travail humain à titre de disposition méthodique, c'est-à-dire logique ou scientifique: c'est ainsi qu'il existe un travail humain visant à établir une classification logique, un ordre rigoureux entre diverses vérités connues par la Révélation.
Comprenons bien ce qu'est une pareille classification.
Établir de bonnes et légitimes classifications, c'est un des premiers soucis de la science. Il y a
même des sciences qui ne sont pas autre chose que des classifications (1).
Puisqu'il y a dans toute science un travail de classification — aussi bien, la psychologie a les siennes. L'étude des tempéraments et des caractères — cet ensemble de curieuses recherches, si multipliées dans ces derniers temps — qu'estce donc, sinon une étude de classification?
Mais en maint endroit, la psychologie pénètre le dogme et semble se confondre avec lui. C'est par cette fissure que le travail humain pénètre dans le dogme. Les protestants et les rationalistes ne manquent pas de nous la signaler avec insistance. Quand l'Écriture énumère des vertus de toutes sortes, et leur impose des noms caractéristiques, rÉglise, interprète de l'Écriture, prétend bien y voir autre chose que des fictions poétiques et des entités symboliques.
Aussi bien, toutes les autres réalités de l'ordre surnaturel ont pour base fondamentale l'ordre établi dans nos facultés. Au travail humain d'intervenir en conséquence, pour établir un ordre logique. Son œuvre est nécessairement une œuvre d'inventaire et de classificcdion, rapportant les
(1) Voir notre opuscule: Certitudes scientifiques et ceiHitudes ptiitosopfiiques. Voir encore Slallo : La Matière el ta Pfiysique moderne.
différentes vertu» les unes à l'intelligence — d'au • très à la volonté — mettant les autres en rapport avec nos diverses facultés inférieures.
Pour établir ces cadres, pour mettre chaque chose en sa place, que faut-il? Une connaissance philosophique et scientifique de la nature humaine, puisque c'est aux cadres naturels qu'il faut adapter les cadres surnaturels. On voit la part du travail humain. Il intervient non plus seulement pour interpréter, mais pour disposer logiquement les diverses données de l'Écriture. Tout à l'heure, nous partions simplement de notions humaines et nous construisions un édifice purement philosophique, dont le sommet allait concorder avec une notion biblique. Maintenant nous faisons quelque chose de plus: l'édifice humain, supposé construit, va nous servir à relier diverses affirmations surnaturelles.
C'est ainsi que l'ordre naturel, une fois construit, sert à donner un corps à l'ordre surnaturel.
Ce rapprochement des deux ordres se fait généralement par voie cl analogie. Nous en trouvons un exemple célèbre entre tous, dans la théorie de S. Augustin relative à l'intelligence de ce Verbe divin, affirmé par TÉcriture. Cette théorie consiste dans une lumineuse analogie qui rapproche et compare le Verbe humain proféré par
notre intelligence, et le Verbe divin jaillissant des splendeurs de l'intelligence paternelle.
Tout ce travail humain que nous venons de décrire, est tanLôl un travail d'explication, tantôt un travail de préparation — le plus souvent tout ensemble un travail d'explication et de préparation.
Il interprète le dogme, il explique théologiquement un mystère lorsqu'il nous le fait comprendre par voie d'analogie humaine et de classification. Il prépare le dogme, lorsqu'il précède une cléfinition conciliaire. L'un et l'autre résultat peut d^ailleurs être obtenu dans une même série de recherches et de discussions.
Et maintenant, puisqu'il est avéré que l'Eglise, dans ses définitions dogmatiques et dans ses explications de l'Écriture, s'est plus d'une fois approprié le travail humain — puisqu'elle l'a consacré d'une certaine façon, en y incorporant l'objet de Foi — en faisant de la formule conciliaire une véritable Incarnation du dogme, reste à nous demander : de quel droit l'Église se livre à ce travail d'interprétation. Nous voyons assez clairement, — nous entrevoyons du moins comme un fait possible et probable — qu'un pareil travail puisse ne pas dépasser les limites d'une simple et fidèle exposition. Mais encore faut-il dire nettement que ce droit d'interprétation — tout