‹ La vie du dogme catholiqueChapitre 45 sur 49 · FRANÇOIS BACON · texte numérisé non relu

FRANÇOIS BACON

Par M. George^-Ii. FONSEGRIVE

Agrégé de Philosophie Professeur au Lycée Buffon.

Fort volume in-12, orné d'un portrait 3.50

Le livre de M. Fonsegrive sur François Bacon est tout à fait digne, et de ce sujet très important, parce qu'il est encore très controversé, et du talent philosophique et littéraire de l'éminent professeur. En le regardant superticiellement, en le comparant à vue de pays avec telle autre œuvre plus étendue sur le philosophe anglais, on pourrait le prendre pour une simple esquisse, dépourvue de recherches à môme les textes et de vues originales. Ce serait précisément l'opposé de la vérité ; malgré son apparence élégante et sa rédaction peu chargée de citations et de notes détaillées, c'est au contraire dans ce livre qu'il faut chercher l'examen le plus serré, l'interprétation la plus pénétrante, le jugement le plus net de l'œuvre si complexe, si variée, si touffue du célèbre chancelier. •— Sa vie n'est que résumée en peu de pages et appréciée en quelques mots, où domine la sévérité de la conscience chrétienne ; de sorte que la plus grande partie de V Introduction reste employée à déterminer l'idée

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directrice de l'œuvre de Bacon. Cette détermination révèle déjà pleinement la largeur et la profondeur de vue du critique : en établissant le but essentiellement utilitaire du penseur anglais, qni s'est flatté d'être le promier à suivre la bonne voie au rebours de toute la philosophie dupasse, il nous prépare à bien comprendre soit la partie polémique, soit la partie systématique de l'œuvre baconienne. Ce double objet défraie les deux premiers livres de cette monographie ; un'troisième est réservé à l'influence de Bacon. — Le premier livre est peut-être le plus attachant et le plus facile à lire ; il n'est pas le moins instructif. On suit avec une curiosité toujours satisfaite les jugements du novateur anglais sur les premiers philosophes grecs, qu'il préfère à tous les autres ; sur Socrate et ses grands successeurs, qui lui paraissent des sophistes ; sur la science antique et médiévale, qu'il condamne sans examen et sans justice. On remarquera tout particulièrement les pages ot. le critique montre, à rencontre de son auteur, le curieux développement de la pensée et même de la science (pp. 93-120) dans les siècles du moyen âge ; peut-être n'aurait-il pas dû omettre la chimie de ce temps, révélée par les recherches récentes de M. Ber- Ihelot. — Le « système » de Bacon embrasse : i° une classification des sciences, acceptable, mais seulement dans les vues trop étroites du philosophe sur le but du savoir; 2o une méthode laborieuse et compliquée, qui est pourtant son meilleur titre, et qui a pu exciter les chercheurs encore plus

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que les aider; 3° une métaphysique qui est loin de former un ensemble complet et lié, qui n'en est pas moins, en dépit vie croyances chrétiennes probablement très sincères, le prodrome d'un naturalisme athée ; 4° une œuvre scientifique ou plutôt un fouillis pseudo-scientifique, qui justifie à feu près les plus grandes sévérités de J. de Maistre et de Liebig ; 5° une morale des plus « laïques », vrai antécédent de ce qu'il y a de pire dans ce qu'on nomme esprit moderne. J'indique très incomplètement les conclusions du critique ; il faut lire et relire en entier le second livre pour en comprendre à plein le bien fondé. — Le dernier livre captivera peutêtre encore davantage, par sa richesse historique, les lecteurs sérieux. Après avoir esquissé en traits rapides, mais bien exacts et bien saisissants, un tableau de la fortune si étrangement variée de Bacon dans l'estime des générations lettrées. De varia Verulamii fortuna, M. Fonsegrive s'applique et réussit à marquer avec la même précision la part d'influence de Bacon dans le développement scientifique, dans la philosophie et dans la morale. On pressent des ré» sultats plutôt fâcheux que favorables pour la gloire de Bacon, Mais, en face du déchet légitime de cette réputation si longtemps surfaite, on constatera le soin du nouveau critique à ne rien lui enlever de ce qui lui revient dans l'évolution de la civilisation moderne. Môme dans le domaine scientifique, le fantasque contemporain du grand Galilée a bien servi la physique par ses théories de la chaleur et du son ; en mé-

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thode, il est un des ancêtres légitimes de Tassociationisme anglais et de la logique expérimentale des écoles contemporaines; encore y a-t-il eu là excitation plutôt qu'enseignement doctrinal bien positif. En morale, l'influence de Bacon est assurément dominante au xviiie siècle et au-delà, surtout par ces caractères qui ne sont pas tous, il est vrai, les plus louables et les plus rassurants de notre civilisation : « Relégalion de la théologie hors des limites de la raison, d'où résultent les inévitables conflits de la science et de la religion, négation de toute autorité et croyance au progrès, indépendance de la morale, et enfin subordination de la contemplation à Taction, de la science à des fins utiles. » Le livre se termine par l'indication consolante de quelques symptômes qui permettent d'espérer un retour à des idées plus nobles, correctif des tendances trop matériellement utilitaires de Bacon et de sa descendance morale. En somme, le savant professeur a fait œuvre à la fois d'analyste exact, de critique délié, de métaphysicien ferme, d'honnête homme et de chrétien, dans cette excellente monographie. Puisset-il avoir la pensée et le loisir de consacrer des travaux du même genre à d'autres « maîtres de la pensée moderne t qui n'ont encore obtenu que des études plus ou moins suspectes à quelque égard : par exemple Descartes, Spinoza, Kant, Herbert Spencer l {Poîybiblion)

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