LA VIE UU DOGME
nos (( Cursus dogmalici » et de nos respectables in-folios.
Ainsi notre premier but est de présenter au grand public le vieil enseignement classique. Non pas, il est vrai dans toute son austère nudité — on y ferait mauvais accueil — mais sous la forme rajeunie, qui convient à la vérité. Ce qui est éternel peut toujours paraître jeune.
Nous avons étudié les conditions d'existence du dogme.
Notre siècle a successivement constaté la mort du dogme et sa résurrection. On écrivait, il y a cinquante ans ce comment les dogmes finissent ». Depuis quelques années, que de voix se sont fait entendre — plus ou moins autorisées, plus ou moins sympathiques — pour nous dire comment les dogmes renaissent. Ce n'est pas précisément une résurrection qu'il faut constater : en y regardant de plus près on constate dans le dogme une étonnante vitalité, une indestructible survivance. Seulement, les penseurs qui observent le fait, se divisent sur son explication.
Bien peu savent reconnaître et mettre en lumière l'élément divin de la conservation et de la vie. La plupart, esclaves de préjugés systéma-
AVANTt-PROPOS
tiques, font du dogme un phénomène essentiellement naturel,, un produit spontané de l'es- -prit humain. Pour eux, le dogme est vivant; mais à cette vie s'oppose un obstacle : Vaiilo- 777e. D'autres, moins confiants dans les aventureuses tentatives de l'esprit humain, lui jettent ranathème au nom d'un prétendu conservatisme, cher à l'école traditionaliste, aux fidéistes de toute marque.
Ainsi, pour les uns, progrès spontané, évolution sans règle. Pour les autres, la foi et la tradition, gardiennes vigilantes, doivent impitoyablement s'opposer à toute tentative philosophique sur le terrain du dogme.
Ces Écoles, issues de régions diverses, en apparence opposées, finissent par se rejoindre dans une commune tendance. La première était purement rationaliste ; la seconde prétendait bien être purement catholique. Il vient de se former, sur le domaine du protestantisme rationaliste, une école qui est la résultante logique des deux premières. Elle concède comme un fait historique révolution des religions et des dogmes. Et cette évolution s'affirme partout suivant la grande loi du progrès. Mais à l'entendre, le catholicisme,.
pour être conséquent avec lui-même, ne saurait avouer aucun progrès logique.
Il devrait s'interdire toute systématisation philosophique.
L'École du Moyen âge fut une brèche par où le rationalisme entra dans la théologie : Depuis ce temps, la doctrine évangéliquë a perdu son principe directeur. La Foi seule, sans immixtion de la raison humaine : le catholique doit s'en con- [ tenter; c'est le seul moyen d'être conséquent avec l'ensemble de son système. L'évolution du dogme est dans le christianisme une absolue nouveauté. Mœhler, en l'introduisant dans sa Symbolique et après lui Newman ont commis l'innovation la plus hardie, la pi as éloignée des conceptions théologiques primitives (1 ).
Ainsi l'école à laquelle je fais allusion affecte d'ignorer Vincent de Lérins, S. Augustin et S. Anselme. La Foi qui cherche l'intelligence est
(1) « Avec ces deux théologiens (Mœhler et Newman) Vidée moderne d'une évolution du dogme entre dans « la dogmatique du catholicisme « (Sabatier. Esquisse d'une philosophie delà religion, p. 63). Ce seul exemple fait comprendre quelle confiance on peut accorder aux facultés de théologie protestante lorsqu'elles exposent la doctrine catholique.
AVANT-PROPOS
pour elle tantôt une énigme inintelligible, tantôt une visée de l'esprit, une promesse vaine à laquelle ne répond aucun fait historique. En réalité, nous dit-on, le Moyen âge fut la grande tromperie des formules, ou du moins, l'invasion du rationalisme, Finfasion d'une pâte nouvelle et d'un levain nouveau, qui, pénétrant dans les vieux moules, les firent éclater.
Il nous semble qu'une théorie de la vie du dogme, conçue au point de vue catholique, est appelée à réconcilier les tendances diamétralement opposées — je veux dire à les satisfaire dans ce qu'elles ont de particulièrement acceptable. Elle, devra surtout démentir le rationalisme qui prétend les synthétiser. En réalité, la vie du dogme est régie par des lois immuables en même temps que le dogme se développe et grandit. N'est-ce pas la condition de toute forme de vie (1) ?
Le fondateur du positivisme avait jadis recomiu
(1) Nous venions de rédiger ces leçons lorsqu'à paru la brochure de M. Fonsegrive: Le Catholicisme et la vie de l'esprit. Nous sommes Reureux d'y retrouver la préoccupation des mêmes théories, et une intelligence très nette de cette collectivité sociale qui est la conscience de l'Église.