LA VLE DU DOGME
dans toute tendance vitale un principe statique et un principe dynamique.
Principe de persévérance dans Vêtre initial — principe de progrès par une poussée interne : ainsi, croyons-nous, doivent se concilier, dans la naissance et dans la vie du dogme, des conditions d'existence en apparence opposées: Autorité — Évolution.
Notre tâche est surtout théologique.
La théologie, au sens rigoureux du mot, expose et explique le dogme par des procédés scientifiques ; elle fait ainsi ce que toute science fait pour son objet propre. La science part d'un fait quelconque, si mystérieux qu'il soit, pourvu qu'il soit donné dans l'expérience ; et il existe autant de sciences qu'il existe de ces données primordiales. Science du phénomène physique, science de l'action chimique, science de la vie... toute science suppose son objet. — Aussi bien, la théologie part d'un objet spécial, qui ne lui est plus donné dans l'expérience sensible, mais dans la foi. Cet objet — le Dogme — est le point de départ scientifique de la théologie.
Ainsi quand V apologétique a fini son œuvre, la théologie commence la sienne. En un sens, la
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théologie est plus véritablement une science que l'apologétique: car l'apologétique, plus variée dans ses procédés, plus « opportuniste », est surtout une méthode destinée à procurer-^ tantôt par une voie, tantôt par une autre, — l'état de certitude nécessaire pour l'acte de Foi. L'apologétique est une méthode (1) scientifique. La théologie est une science. Comme le procédé scientifique d'investigation précède la science déchictive proprement dite — ainsi l'apologétique précède là théologie. ' -
Parmi les dogmes objets de la théologie, le premier de tous dans l'ordre de genèse logique est le dogme de la tradition. Nous l'entendons au sens large que la savante érudition du cardinal Franzelin a vulgarisé (2).
A son exemple, nous rendons au mot tradition l'ampleur de son antique acception. Au lieu de le restreindre à une fraction du dépôt révélé nous y reconnaissons Vacte par où l'Église, héritière et conservatrice de ce dépôt, nous le remet tout
(1) Plus exactement peut-être : l'apologétique fait converge!' vers son but propre un ensemble de méttiodes scientifiques.
(2) Tractatus de divina ïraditione et Scriptura.
entier. Autrement dit, pour parler en rigueur théologique, la tradition sera pour nous renseignement — non seulement au sens objectif— mais encore et surtout au sens actif.
Ainsi envisagé, le traité de la Tradition tient dans la théologie la place d'une véritable Genèse.
Il nous dit la naissance du dogme et les conditions de sa vie — tout comme la Genèse nous raconte l'apparition des êtres aningiés.
Et pour que la comparaison soit complète, il faut, avec la parole productrice, la . parole qui donne l'impulsion féconde, après la parole qui appelle les êtres à la vie, celle qui leur commande de croître et de se multiplier.
Ainsi, l'intelligence du dogme de la tradition comporte deux chapitres : celui de leur genèse, et celui de leur croissance (1) ; l'une et l'autre opé-
(1) Croissance c'est-à-dire progrès inlellecluel, progrès subjectif dans Fintelligence du dépôt révélé. Objectivement, il n'y a pas (en ce qui concerne le Nouveau Testament), ci'oissance du dépôt par addition de vérités nouvelles. Il élait bon, dès maintenant de prévenir toute équivoque. Nous verrons que la vérité objective se développe non comme un cristal, mais comme une semence vivante.
En ce qui concerne l'Ancien Testament, la question est tout autre. On y reconnaît un véritable progrès objectif, par voie de révélations successives.
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rées /Jar la proposition de l'Église, autorité enseignante, maîtresse traditionnelle — dans la proposition de l'Église, pouvoir directeur de révolution logique. Révélation et progrès se font ainsi sous une double loi : loi directrice de V Autorité, loi dynamique de l'Évolution.
Qu'on veuille bien nous lire à ce point de vue, et l'on comprendra pourquoi — traitant à fond dans plusieurs endroits l'importante question de la tradition — > néanmoins nous n'avons pas étudié dans toute leur ampleur les conséquences spéculatives et pratiques de ce dogme (en particulier celles qui concernent le Canon des Écritures). Nous nous sommes attachés simplement à faire comprendre son rôle d'enseignement dans la proposition théologique des dogmes et dans leur exposition scolaslique. Nous tenons surtout à faire voir comment la notion ^.'autorité et celle de progrès logique peuvent se concilier — comment elles se rencontrent de fait sans contradiction. Nous tenons à faire voir en quoi consiste le travail humain, préparatoire des définitions et des conciles, le travail scolastique, synthèse des dogmes — en quoi consistent ces définitions du magistère catholique, cette forme de la tradition
que l'oracle d'Outre-Rhin, M. Harnack, appelle avec une certaine désinvolture — qui sied mal au sérieux germanique: « l'escamotage des nouveautés )) (1).
Villa Manrèse, 31 juillet 1898.
(1) Lehrbuch (1er Dogmengesclùclite, t. II, p. lOS.