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L\ VIE DU DOGME

Toutefois il importe de distinguer deux époques : la période de révélation primitive et celle de conservation ou transmission traditionnelle.

La parole révélatrice fut encore émise' dans les temps apostoliques. Il y eut dans l'Église naissante une révélation, des écrits inspirés. Ensuite s'exerça la fonction de l'apostolat enseignant : à cette collectivité qui, dans la personne de ses pasteurs, recueillit la succession des douze apôtres, échut le rôle d'un organe de conservation et de transmission.

Cette analogie ainsi comprise, à quel titre la tradition est-elle une source où nous puisons la vérité révélée?

Nous pouvons alléguer purement et simplement V Écriture ; nous pouvons aussi faire valoir X analogie théologique.

Dans le premier cas, sans recourir à la notion de l'organisme social, nous nous contentons de certains textes scripturaires suffisamment clairs par eux-mêmes (1).

C'est cette conscience intime et fidèle qui l'inspire. Aussi quand elle parle, sa parole présente ne peut être que l'écho d'une révélation passée.

(1) Nous avons fait connaître ces textes : Noire Seigneur investit ses apôtres de l'autorité enseignante ; les apôtres eux-mêmes s'attribuent cette autorité.

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Dans le second cas, nous raisonnons de la sorte :

Jésus-Christ a constitué son Église sous forme d'une société enseignante et enseignée.

Or toute société est un organisme, un être moral organisé pour obtenir et conserver, pour faire valoir et pour transmettre un bien matériel ou spirituel, de sorte que ce bien est la raison d'être de la Société.

En particulier, une Société enseignante est un organisme constitué pour conserver, faire valoir^ et transmettre par tous les moyens possibles un bien spirituel qui est la doctrine ; de sorte que la doctrine est la raison d'être de la Société et sa condition d'existence.

Donc Jésus-Christ a établi son Église sous forme de société organisée et constituée précisément dans ce but (1).

Nous nous bornons à faire voir comment l'idée de Tradition est contenue dans l'idée de l'Église, comment elle en découle par une conséquence toute conforme à l'ordre naturel, je veux dire à l'essence même de la société, définie au besoin suivant la conception positiviste. Cette consé-

(1) La première de ces propositions (institution de TEglise par Jésus-Christ) repose sur les témoignages de l'Écriture.

quence est également conforme à l'idée très philosophique de la vérité envisagée comme un bien

— bien fondamental d'une société, et par conséquent, transmissible entre les membres.

Envisager ainsi deux vérités d'ordre surnaturel

— les rattacher au moyen d'analogies philosophiques naturelles, fondées sur des notions indiscutables — montrer ainsi le lien entre la première et la seconde, voilà le type de la méthode théologique.

D'une part, nous pouvons déduire la tradition chi témoignage de V Écriture ; d'autre part nous la déduisons de la notion de l'Église. Tel est le double titre scripturaire et théologique, par où nous pouvons accréditer la tradition comme source et dépôt de la Révélation.

II. — Telle est l'analogie fondamentale que nous allons poursuivre dans ses applications et dans ses conséquences. Envisageons l'autorité comme un principe cViinité doctrinale, par suite unité sociale — organe particulier dans l'organisme total.

Et puisque nous avons affaire à un sujet vivant, montrons comment sa parole est vivante, comment elle délivre un enseignement vivant, par opposition à celui de l'Écriture, lettre morte chez les Protestants.

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Telle est du reste la formule ordinaire des manuels de Théologie : l'enseignement, tel que le conçoit et le pratique l'Église catholique, est un enseignement oral et vivant; l'enseignement tel qu'il est conçu et pratiqué par le Protestantisme orthodoxe est celui d'un texte — c'est-àdire un enseignement littéral et sans vie. ,

Cette différence ne constitue pas une simple querelle de mots. On pourrait le croire, si l'on se contentait d'un coup d'œil superficiel; tel prêche du missionnaire protestant, tel commentaire de la Bible ne peuvent-ils pas soutenir la comparaison avec l'enseignement catholique? N'y a-t-il pas à l'heure actuelle un esprit d'évangélisation protestante qui donne à la vieille Bible cette âme qui lui manquait? Pour comprendre toute la réalité et toute la force de l'opposition que nous avons signalée, il faut la rattacher à la notion théologique d'un organe enseignant.

Cet organe est un organe vivant : nous l'entendons au même titre et dans le même sens que nous avons affirmé l'Église organisation vivante.

Si toute société, si l'Église en particulier est un organisme vivant, c'est que l'Église, comme toute société, est une collection d'intelligences et de volontés, choses éminemment vivantes. Cette collection est vraiment unifiée par la tendance intellectuelle et volontaire de tous les membres

vers un but commun, et cette tendance est l'expression même de la vie, tout aussi bien que la vie animale se manifeste par la tendance harmonique de tous ses éléments constitutifs. — Du reste, dans l'individu humain, quelle est la meilleure représentation de la vie personnelle? quelle est la plus claire affirmation du moi? N'est-ce pas l'intelligence par son travail conscient? n'estce pas encore la volonté par ses décisions libres ?

Eh bien ! de même, — s'il existe dans la société une intelligence collective, organe de la société — un pouvoir enseignant, faisant partie de l'organisme hiérarchique — s'il existe un enseignement collectif donné par la société, au nom de la société, — ce pouvoir, ayant une personnalité quasi juridique, représentera bien la vie collective et la personnalité de la société. Non seulement il la représentera, mais il y participera : ce sera un pouvoir vivant, parce qu'il sera manifestation vivante d'une société vivante.

Dans l'organisme humain, le regard et la parole ne sont-ils pas des manifestations vivantes, participant aux énergies de la vie intérieure, recevant d'elle leur vitalité propre et faisant de celle-ci le témoignage expressif de l'invisible et mystérieuse hôtesse, l'âme humaine?

Telle est la raison fondamentale de l'affirmation catholique quand nous prétendons que l'ensei-

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gnement officiel est un enseignement vivant. C'est l'enseignement d'un pouvoir constitué socialement , d'une personnalité officielle juridique , ayant titre et mission officielle^ vivant de la vie même delà société, organe et manifestation de cette vie. La doctrine catholique vit d'une vie sociale: Venseignement protestant vit d'une vie individuelle.

L'enseignement catholique aussi bien que l'enseignement protestant propose un texte et le commente. Mais il y aune différence essentielle: d'une part, le commentateur est une personne privée sans autorité doctrinale et sans mission enseignante ; d'autre part c'est une ];iersonne juridique, représentant la société dont il est l'organe, incarnant en soi rtune de cette société. S'il y a une âme, s'il y a personnalité morale, c'est qu'il y a une fonction.

Dans cette société, spécialement intellectuelle et morale, la fonction consiste à faire valoir le bien de la société qui est la doctrine.

Je dis que la doctrine est le bien de la société.

Considérer la doctrine scripturaire, comme le bien de la société chrétienne — considérer l'organe — apostolat enseignant — comme une per-^ sonne Juridique chargée d'administrer ce bien, responsable de son usage et de sa fécondité, ayant par conséquent charge de sa diffusion et pouvoir sur son interprétation — voilà le point essentiel

OÙ diftèrent la doctrine catholique et la doctrine protestante.

Tel est, nous semble-t-il, le point de vue où s'est placé M. Brunetière, en écrivant cette phrase remarquable : « Je ne puis concevoir une société reposant sur un texte, sur un code fondamental, sans qu'il y ait dans cette société un pouvoir juridique ayant mission officielle et pouvoir pour interpréter ce texte » (1).

De cette notion fondamentale découlent diverses conséquences : elles nous feront voir le caractère intime de la Tradition, en tant que celle-ci peut être définie : V enseignement donné par une personne collective — tout à la fois pouvoir doctrinal et organisme social — Jouissant à ce double titre

(i) Par cette parole profonde, M. Brunetière se rattache aux diverses écoles qui envisagent la doctrine comme u>i bien social — confié à la Société au moins autant qu'à l'individu. Qu'il ait diminué outre mesure la valeur de la raison individuelle, qu'il se soit rapproché du point de vue émis par de Bonald et les traditionalistes, c'est un côté de la question que nous n'avons pas à examiner présentement. En tout cas, l'assertion que nous venons de rappeler dénote chez l'illustre académicien un coup d'œil pénétrant sur la nature de la vérité — ou du moins de certaines vérités, considérées comme bien moral — par conséquent bien iransmissible — par conséquent bieji social.

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des privilèges de l'aidointé, aussi bien que des garanties de la permanence séculaire.

Parce que cet enseignement est celui d'une personnalité morale, c'est un enseignement vivant. Comme tel, il est l'attestation d'un témoin ; il est aussi la doctrine d'un maître.

11 est l'attestation d'un témoin: en effet, il y a dans cette parole vivante une attestation spontanée. Tout individu, dès lors qu'il parle, s'affirme. Plus intense est sa vie, plus il met d'intensité dans son affirmation. Vous ne songez point à l'affirmation: je ne songe point au doute. Et pourtant ce que vous me dites, vous me l'affirmez. 11 y a cela dans toute communication de personne à personne: et l'on sent bien à quel degré la parole est vivante, tandis que le texte est mort (1).

Et si nous avons affaire à la personnalité collective d'une autorité sociale, l'affirmation n'est pas moins impérieuse et pressante. L'apostolat enseignant porte en soi ce caractère : parce qu'il est social et collectif, il est vivant — parce qu'il est vivant, il s'affirme et s'impose. En d'autres termes, c'est quelque chose de plus qu'un ensei-

(1) Ne serait-ce pas au fond ce que Suarez a essayé d'exprimer dans sa théorie ua peu compliquée de l'acte de Foi : « Qui loquitur, exercite dicit se loqui >> ?

gnement abstrait : c'est une attestation morale. L'apôtre n'enseigne pas seulement : il témoigne (\).

Mais aussi, il est juste de relever en lui les caractères qui font véritablement une doctrine, un enseignement au sens propre du mot.

Ce qui caractérise l'enseignement doctrinal, c'est l'intime communion du maître et du disciple — cette union de leurs intelligences et de leurs volontés, d'où résuite une plus grande souplesse, une plus facile adaptation de l'enseignement aux besoins da disciple. Le vulgaire répétiteur ne sait que ressasser des formules; le maître sait modifier ces formules : sans les altérer, il sait leur donner mille tours nouveaux. Parce qu'il sait faire tout cela, parce qu'il possède le secret de n'être point esclave de la lettre, sa parole opère l'assimilation des intelligences, elle s'insinue comme un aliment, et suivant la forte expression d'un ancien, mieux que le simple texte,

(1) Pour donner à ce terme — témoin — la plénitude de son sens technique et spécialement théologique, disons encore que la succession apostolique est témoin à cause de sa continuité morale avec les ]3remi'ers témoins. L'apostolat enseignant atteste ce qu'il a vu et entendu: « Qiuc vidit et audivit n. Cette attestation donc est celle d'une personnalité sociale : elle est l'expression de la conscience de l'Église.

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elle est un aliment substantiel : « Viva vox plenius alit ».

Cette facilité d'assimilation — intimement liée au pouvoir cV interprétation — est donc quelque chose qui ressort du caractère personnel du maître. La doctrine que je vous enseigne, j'ai commencé par la faire mienne: et c'est parce que je la possède pleinement, parce qu'elle est mienne dans la force du terme, que je pourrai parvenir à la faire vôtre. Elle est tout imprégnée de mes conceptions propres, de mon tour d'esprit, des images qui me sont familières : elle reflète tous les accidents qui caractérisent ma vie intellectuelle et morale. Ces conceptions, ces figures et ces images familières entreront en commerce avec toute votre richesse de conceptions personnelles.

Et ce commerce fécond, cette union intellectuelle est tout le secret d'un enseignement quelconque.

Au prBmier abord, vous pourriez croire que ces éléments personnels sont une altération de la doctrine. La vérité n'est-elle pas impersonnelle?

Détrompez- vous. Loin d'être une altération, ces éléments sont tout simplementla condition indispensable d'une assimilation personnelle dans mon intelligence, et par suite d'une transmission personnelle de mon intelligence à la vôtre. La doctrine est un aliment que j'ai dû m'assimiler tout

d'abord avant de le communiquer: aussi en le communiquant, je vous communique quelque chose d'intime et de vivant.

La Vérité est impersonnelle : soit. Pourtant la vérité que le maître transmet au disciple a forcément quelque chose de personnel. Elle va d'une intelligence à une intelligence — elle est communiquée comme le lait maternel est communiqué à l'enfant. Voilà le sens de cette expression mystérieuse : le Lait de la doctrine (1).

Voilà pourquoi le texte immuable n'est et ne peut être qu une lettre morte. Le simple commentateur sans pouvoir sur le texte ne donne pas un enseignement vivant ; au contraire la doctrine traditionnelle, au sens catholique^ est chose essentiellement vivante — et parce qu'elle est essentiellement vivante, essentiellement variable dans les modes de sa transmission à divers temps et à

(i! Nous ne prétendons point que ces formes subjectives et personnelles — qui reflètent la civilisation d'une époque — entrent dans le dogme à titre d'éléments conslUuiifs. Il suffit que sans être une altération, ils puissent entrer dans sa formule à titre d'éléments systématiques et de formules expositoires. C'est ce que nous verrons bientôt (dans notre seconde partie) en expliquant comment, par exemple, telle terminologie symbolique ou tel système de catégories logiques a pu subvenir aux nécessités de l'exposition Patristique.

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diverses intelligences. Voilà pourquoi ce travail humain, dont les protestants se plaignent si fort, cette empreinte des civilisations diverses, et des philosophies multiples — tout cela, loin d'être une altération, est la condition essentielle d'un enseignement proportionné à la diversité des époques et à la multiplicité des intelligences. Travail humain soit ! puisque l'Église est un organisme humano-divin — travail qui produit un aliment transmissible, puisque tel est le résultat nécessaire de la Tradition — élaboration d'une doctrine qui est humaine dans ses conditions d'exposition en même temps que divine dans sa source et dans son fond immuable. — Doctrine hamano-divine, elle est vraiment le lait donné par l'Église : à l'égard des intelligences, comme à l'égard des volontés et des coeurs, l'Église n'estelle pas une mère^

III. — On peut aussi bien faire voir quelles harmonies et quelles convenances générales constituent un préjugé favo/^ab le k cette conception d'un enseignement doctrinal, transmis par une société — quand même l'Écriture laisserait la question incertaine. — Cette conception, une fois admise, répondra mieux que toute autre à l'idée générale d'un ordre providentiel ; en outre elle explique la part faite à la vie dans le développement histori-

que de toute doctrine. Elle est ainsi tout à la fois plus conforme au plan général de la Providence, à la notion historique de révolution.

Elle est plus conforme au plan général de la Providence.

La grâce élève la nature sans en altérer les conditions essentielles; or c'est une condition essentielle que le développement moral de l'homme soit intimement lié à des influences sociales. Si l'on se place au point de vue que nous avons indiqué, on verra le développement religieux de l'homme s'opérer dans une société et par une société: c'est-à-dire qu'on verra l'Église proposer la révélation à son intelligence, et la loi morale à sa volonté. De la sorte le développement de l'être surnaturel répond à celui de l'être naturel. La Providence particulière rentre dans laProvidence générale. — Ainsi encore est sauvegardée la part faite à la vie dans toute évolution historique. S'il doit y avoir partout un élément de croissance et de progrès, la doctrine elle-même ne saurait échapper à cette condition. La doctrine vit : c'est-à-dire elle croit et progresse.

La doctrine catholique vit de cette vie temporelle : autrement elle n'agirait point sur des hommes. Or elle doit être parole efficace et vivante : « Verba mea spiritus et vita sunt ». En ce sens, à la lettre morte du protestantisme le catholicisme

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oppose la lettre vivante de son enseignement : enseignement divin qui porte en lui un principe de développement humain, parce que c'est l'enseignement d'un être social , organisme vivant.

Telle est cette conception de l'Église enseignante, unité sociale, intermédiaire organique entre' Dieu et la conscience.

Nous l'avons dit, et nous le répétons : ce point de vue est essentiel pour différencier le catholicisme du protestantisme.

Cet intermédiaire organique est véritablement humano-divin.

Il tient, de rhiimain : car c'est une société humaine; il tient du divin, puisque c'est une société humaine vivifiée dans l'ordre surnaturel, divinisée par le principe supérieur qui l'anime. Dans ce corps social, l'humain n'exclut pas le divin, pas plus que, dans un corps vivant, la vie végétative n'exclut la vie des sens. Et par ce côté humain, la doctrine catholique satisfait infiniment mieux les visées sociologiques contemporaines: d'accord avec celles-ci, nous concevons la perfection de l'homme se réalisant dans la société et par la société.

En niant cet organisme humano-divin, la conception protestante s'harmonise beaucoup moins

avec cette conception générale des choses qui est éminemment sociale (1).

A ce point de vue on pourrait comparer l'œuvre théologique du protestantisme et l'œuvre cosmologique du mécanisme cartésien. Gomment le cartésianisme a-t-il fait banqueroute sur le terrain de la psycho-physiologie moderne? En réduisant toute explication à cet insoutenable dualisme de la pensée spirituelle et du mécanisme corporel — en méconnaissant la nature des facultés corporelles mixtes telles que l'imagination — le cartésianisme s'était condamné à ne rien comprendre aux découvertes modernes (2).

Et de même le Protestantisme avait établi entre le surnaturel et le naturel, entre le divin et l'humain cette séparation absolue. Voilà que la socio-

(1) Ceci fait bien comprendre le nécessaire antagonisme intellectuel qui creuse un abîme entre le courant des doctrines prolestantes et les représentants les plus accrédités du mouvement catholique social.

('.!) On conçoit qu'un cartésien soit embarrassé quand on lui montre dans une région du cerveau l'organe du langage : une opéz\ation qui semblait spirituelle entre toutes. Gomment mécoimaître la nature matérielle de ce système nerveux (évidemment l'organe de l'imagination), de ces centres moteurs destinés à régler le l'onclionuemenl d'actes en apparence purement spirituels. Il faut donc bon gré mal gré admettre un organe intermédiaire, matériel, bien qu'intimement lié aux opérations de Fâme.

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logie mieux comprise vient nous révéler toute la réalité et toute la complexité de l'organisme social. Elle nous montre la réalité d'une société visible,' dépendante de la réalité d'une société invisible — la nécessité d'un élément social visible, puis qu'une fin commune rapproche les individus. Si l'on veut y réfléchir, c'est bien la banqueroute du Protestantisme (1). . '■

(1) On trouve dans le jansénisme une méprise analogue. Cette hérésie a méconnu dans la nature humaine le rôle 'providentiel de la partie sensible, susceptible d'être utilisée par l'homme qui veut sincèrement parvenir au vrai et au bien « avec toute son âme ». Ainsi nombreux sont les systèmes qui Tnutilant ta nature humaine, lui retirent les moyens d'ordre sensible et visible destinés à l'acquisition de sa perfection finale et de son bien suprême : soit que dans l'ordre moral ils lui interdisent les plaisirs innocents, les jouissances utiles, qui rentrent fort bien dans un ordre moral plus largement et plus équitablement conçu — soit que dans V ordre spéculatif, ils proscrivent l'usage de tout élément humain par où Dieu se manifeste à l'homme — soit que dans l'ordre religieux, dans l'ordre du culte et de la prière, ils condamnent les moyens sensibles ei sociaux par où l'homme peut monter vers Dieu.

De là ces adorations qui demeurent stupides et muettes en présence de l'inconnaissable. De là ces désespoirs de la pensée et du cœur, inévitables pour l'agnosticisme conséquent.

La doctrine catholique a d'autres visées ; elle nous montre Dieu se manifestant à Vhomme par toutes les

IV. — De cette analogie organique et sociale tirons tout le parti possible.

Nous allons nous demander où se rencontre — en fait — la Tradition ? — dans quels documents nous pouvons l'interroger avec certitude ?

Puisque nous avons défini la tradition : ce Uenseignement oral et vivant émis par une collectivité sociale » — oii et quand cet organe collectif s'est-il fait entendre^ pour nous chrétiens? Quels sont les hommes que la théologie considère comme les porte-voix de cette collectivité, comme les représentants autorisés, et lés mandataires de Vaposlolat enseignant ? En d'autres termes, puisque le dogme est une vérité de foi proposée par l'Église dans un jugement doctrinal authentique — où. et quand ces jugements doctrinaux ont-ils été rendus ?

ressources de la création. — Cœli enarrant gloriam Dei. Invisibilia ejus per ea qiue facta sunt intellecta conspiciiintur .

Elle nous montre aussi Vfiomme montant vers Dieu par toutes les ressources de la créaiion : moyens créés qu'il trouve en dehors de lui-même quand sa religion lui permet les splendeurs du culte, quand elle les recommande comme un efficace moyen d'ascension spirituelle ; moyens créés qu'il trouve en lui-même dans l'intime de ses facultés quand il monte vers Dieu avec son imagination corporelle et avec son âme spirituelle : « Spiritu et mente » comme dit le Psalmiste.

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Répondre à ces questions, c'est expliquer à quelles conditions les écrits d'un S. Athanase, d'un S. Basile, d'un S. Cyrille — à quel titre un document cominémoratif, une pièce artistique, peinture, médaille etc.. sont des témoignages attestant que l'Église à telle époque professait telle doctrine.

Tous ces documents littéraires et ces monuments archéologiques peuvent se répartir en deux catégories : attestations officielles émanées du pouvoir enseignant, attestations non officielles (c'est-à-dire écrits, monuments archéologiques de toutes sortes). Cette division est très nette. Une comparaison peut encore mieux la- faire comprendre.

Pour connaître l'enseignement d'un professeur, deux moyens peuvent être employés : l'apprendre de sa bouche, ou le trouver dans le cahier de ses élèves. Le premier moyen correspond au procédé historique et théologique qui recueille le dogme dans les décisions des Papes et des Conciles — dans les écrits de certains Pères faisant autorité. Le second moyen consiste à recueillir le dogme ou plutôt l'empreinte du dogme dans les écrits quelconques — non officiels — et même dans tous les monuments archéologiques où se retrouve la pensée chrétienne. .

On a défini quelque part la Philologie « l étude

des manifestations de V esprit humain dans l'espace et dans le temps », Entendue en ce sens très large, la philologie a pour objet d'investigation les traces les plus diverses des mœurs et de la civilisation — produits artistiques, monuments de toute sorte, objets en apparence les plus insignifiants...

Au sens très large, la Tradition nous offre une étude analogue : manifestations de la croyance chrétienne à travers les civilisations et les siècles divers.

Ainsi, d'une part : attestations officielles : elles émanent d'un pouvoir enseignant ayant mission de proposer et de commenter authentiquement la doctrine. D'autre part, attestations non officielles. Ce sont des témoignages historiques suffisants pour nous révéler le contenu de la conscience chrétienne.

Cette conscience chrétienne elle-même n'est qu'un écho de l'attestation officielle primitive. Bien que parfois, dans ses définitions solennelles, lé magistère ecclésiastique interroge la conscience chrétienne — bien que ces définitions (qui semblent des nouveautés à l'homme ignorant des choses religieuses) soient en réalité des croyances plus ou moins implicites, prises dans le fond plus ou moins obscur de la conscience chrétienne, néanmoins il faut remonter plus haut. Ce n'est

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pas la source absolument première. Le contenu de la conscience chrétienne lui vient encore une fois de l'attestation Officielle primitive (1).

En d'autres termes: la conscience chrétienne recèle dans son fond une croyance exprimée par des organes accrédités — et — pour nous servir d'une notion physiologique essentielle à tout organisme — l'apostolat enseignant est une fonction localisée dans certaines autorités spéciales.

Quelles sont ces autorités ? ces organes?

Nous répondrons brièvement. Sans entrer dans tous les détails, nous tenons seulement à montrer comment la notion d'organisme est intimement mêlée à toutes ces solutions et en suggère les principes.

Nous savons qu'il existe dans la nature des organismes de toute sorte: organismes non centralisés^ comme ceux des animaux inférieurs qui

(1) Scjieeben, à la suite de Mœhler, a fort bien insisté sur cette vérité: « Sans doute cette conviction des fidèles est à la fois, en règle générale, le résultat et l'écho delà doctrine concordante et expresse du corps enseignant... Mais tout ce qu'on peut eu conclure, c'est qu'elle est aussi un signe et une preuve de l'enseignement traditionnel proprement dit. Elle peut avoir une grande importance ... D'un autre côté cependant, cette forme n'est qu'une manifestation secondaire. Les premiers représentants de la tradition sont des maîtres authentiques... » (Dogmatique t. I, p. 234).

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