‹ La vie du dogme catholique [microform]Chapitre 15 sur 36 · G L.\ VIE DU DOGME · texte numérisé non relu

G L.\ VIE DU DOGME

surtout les Traditions sous leur aspect objectif... Depuis lors, le rôle de l'autorité infaillible de rÉglise dans l'enseignement des vérités révélées a attiré davantage l'attention des théologiens. Aussi le nom de Tradition Divine est-il aujourd'hui appliqué de plus en plus à tous les enseignements de VÈghse, qu'ils portent ou non sur des vérités consignées clans l'Écriture. Cette acception n'est pas nouvelle ; car dans la seconde épître aux Thessaloniciens dont s'inspira le Concile de Trente, S. Paul appelle déjà Tradition « ce que ses lecteurs ont appris soit par ses discours soit par sa première épitre ».

En somme, les acceptions du motTradition, qui ressortent d'une étude positive, sont diverses, mais non pas divergentes, nullement inconciliables. Elles sont tout simplement des cas particuliers d'un môme sens général caractérisé par le mode de transmission : la proposition de l'Eglise. Le sens considéré par les Pères de Trente est au moins un cas spécial qui rentrée dans l'ensemble.

Le théologien peut donc s'en tenir au point de vue tout à la fois le plus moderne et le plus ancien. Il répond virtuellement sinon explicitement à la pensée du concile : puisqu'il constitue l'interprétation valable du texte allégué. S'il dépasse la conception conciliaire, il la contient dans son extension.

VRAIE GNOSE TIIÉOLOGIQUE 137

Du reste, toutes ces acceptions peuvent être comprises dans la terminologie suivante, couramment usitée depuis Franzelin — , plus claire parce qu'elle est plus synthétique, plus compréhensive des diverses acceptions historiques :

On appelle Tradition un ensemble de documents autres que l'Écriture Sainte, sources du travail théologique à des titres divers'. Ce sont les décisions des Conciles, les écrits des Pères et des Docteurs, et de plus une collection de témoignages de toutes sortes, exprimant la Foi de l'Église durant une époque déterminée. Cet ensemble de documents, dès lors qu'il nous représente certaines vérités comme faisant partie de la Foi de l'Église, prend le nom de Tradition orale, de Tradition non écrite, ou Tradition au sens restreint (1).

(1) Sclieeben, s'appuyanl. sur la conception de Franzelin et la développant, traite longuement cette acception très large de déjjôt verbal. 11 en indique Lien les rapports avec l'Écriture. « Quant au rapport de convenance entre le dépôt verbal et le dépôt écrit, on distingue les traditions co»5/vïu/tye5, nullement contenues dans l'Écriture, et les traditions inlerprélalives contenues dans l'Écriture (ou tirées de l'Écriture). Ces dernières se subdivisent en traditions déclaratives formellement contenues dans l'Écriture ou pouvant en être lirées parla seule explication du texte, et en traditionsiidiérentes, qui ne sont contenues dans l'Écriture que

D'autre part : Tradition est à peu près synonyme d'enseignement. Voilà un terme susceptible •de double sens : C'est une doctrine, objet d'enseignement (on dira : Y enseignement supérieur, secondaire), ou bien c'est l'acte même qui transmet la doctrine/ — De même à ce point de vue qui est proprement le point de vue théologique, le mot Tradition signifie surtout Vacle cVenseigner (sens actif), et secondairement la doctrine, objet d'enseignement (sens objectif). Évidemment la doctrine en question, c'est l'enseignement catholique tout entier : Écriture aussi bien que Tradition orale, ou comme on dit encore, document écrit et document non écrit. Cet ensemble porte le nom de dépôt apostolique total.

virtuellement ou par indications, mais qui peuvent être rattachées à son texte. On peut établir le rapport mutuel du dépôt verbal et du dépôt écrit, en disant : 1° que le premier n'est en somme que le commentaiie vivant et authentique du corps de doctrine renfermé ■dans le second; 2° ce commentaire n'est pas tiré de l'Écriture par voie d'exégèse; il est absolument indépendant de l'Écriture, il subsiste par lui-même et comme l'Ecriture, il est né du principe de la révélation surnaturelle et soutenu par la même autorité divine ; il vivifie l'Écriture et la confirme formellement, tandis que sous le rapport matériel, il l'éclairé et la complète » (Scheeben, Traduct. Belet, t. I, p- 218-19). . '

En résumé:

La tradition au sens actifs pour objet le cUiiôt apostolique total . Celui-ci comprend le dépôt écrit — Ancien et Nouveau Testament — et le dépôt verbal: documents de toute sorte qui peuvent se subdiviser comme nous l'avons déjà fait, en attestations officielles et attestations non officielles.

On voit combien sont étroitement connexes le dépôt écrit et le dépôt verbal. Bien loin d'admettre une séparation qui en ferait des régions nettement circonscrites, ils ont des relations si intimes que quelques théologiens — ' v. g. Bellarmin et Newman — ont admis que tous les dogmes nécessaires aux fidèles étaient contenus dans l'Écriture. Seulement c'est la Tradition qui les tire de l'Écriture par le travail des Docteurs et des Conciles : c'est la condition indispensable pour que l'Écriture nous en donne une révélation certaine. Inutile pour le moment de nous attarder à discuter le bien fondé de cette opinion et son parfait accord, avec les préoccupations du Concile de Trente. Voir Bellarmin, de Verbe Dei, liv. IV. c, H. — Newman, du culte de la Sainte Vierge. — Vacant {loc. cit.).

Récapitulation

Nous avons terminé la première partie de notre lâche : Exposition du dogme catholique de la tradition.

Nous l'avons d'abord déduit du Nouveau Testament, et de la sorte nous l'avons envisagé dans sa connexion intime avec un autre dogme :

l'Église, oi'ganisme vivant destiné à conserver et à propager la doctrine chrétienne (1).

Puis cette notion Scripturaire et Patristique, venant englober la notion Conciliaire, nous a fourni l'occasion d'élucider la terminologie actuelle.

La notion de Vorganisme enseignant doit donc dominer toutes ces considérations.

En admettant ce corps social, un dans l'Espace et continu dans le Temps — vivant d'ailleurs

(1) Voilà donc ce qu'il faut entendre par une démonslration tliéologique. (Qu'on se rappelle robjeclion prolestante et rationaliste : p^ 39).

d'une vie divine — nous concevons assez neLlement r unité de la Tradition assurée du côté du Maître qui enseigne.

Ce maître nous enseigne les traditions purement orales, transmises de main en main depuis les Apôtres : c'est le même maître qui nous donne la Tradition objective totale : écrite et non écrite.

En fin de compte, il nous transmet touiours un enseignement catholique et séculaire : catholique en vertu de l'universalité de cet organisme divin — séculaire (c'est-à-dire apostolique) en vertu de sa persévérance organique à travers les siècles.

Telle est l'unité de la Tradition, du côté du maître qui enseigne.

Reste à concevoir cette même unité, du côté de la vérité enseignée.

C'est la question qui s'impose maintenant à notre examen. Après une question de droit, c'est une question de fait. L'Église possède un droit d'enseignement et de conservation. De quelle nature est cette conservation'! comment peut-elle se concilier avec VÉvolutionl

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