‹ La vie du dogme catholique [microform]Chapitre 14 sur 36 · LA Y[E DU DOGME · texte numérisé non relu

LA Y[E DU DOGME

sur le chapitre de la supersubstantielle et mystérieuse Divinité — dire ou même penser rien de plus que le contenu des Saintes Écritures». S. Basile exprime la même pensée contre les détracteurs de la Sainte Trinité : « Croire ce qui est écrit — ne rien chercher en dehors de là » (1).

Gomment concilier ces affirmations très nettes avec la conduite pratique des théologiens qui les ont. émises ? Tout est dans l'Écriture: cette première affirmation n'exclut point la légitimité d'un commentaire. Autrement, les savants théologiens se seraient eux-mêmes démentis. Un jour ils interprétaient l'Écriture, la mettant à la portée des intelligences philosophiques aussi bien que des intelligences populaires : comment pouvaient-ils le lendemain retirer à l'Église le droit qu'ils s'étaient eux-mêmes arrogé ?

Ainsi, les représentants les plus autorisés de l'Église primitive admettaient comme légitime et exerçaient eux-mêmes le droit d'interprétation traditionnelle. Ils ne croyaient pas altérer la parole divine en l'exprimant sous des formules humaines. Ils pensaient au contraire accomplir un devoir, inhérent à leur charge et découlant immédiatement de la mission qui leur était confiée par le Christ.

(I) Petau, Prolégomènes, 1,7.

VRAIE GNOSE TIIÉOLOGIQUE 133

Nous trouvons donc, à rencontre des affirmations protestantes, une doctrine qui se dégage nettement de l'Écriture Sainte et des Pères. Écoutons maintenant la grande voix des Conciles.

IV. — Le Concile de Trente nous affirme l'existence d'une tradition doctrinale ^ faisant autorité et placée sur le même rang que la doctrine scriptiiraire.

Voici le texte du décret, en ce qui concerne les traditions :

(( Le Saint Concile œcuménique et général de Trente... attendu que cette vérité doctrinale est contenue dans les Écritures et diO-ws les Traditions non écrites — soit que les apôtres les aient reçues de la bouche du Christ, soit que l'Esprit Saint les ait dictées à ces mêmes apôtres, pour être en quelque sorte transmises de main en main, et parvenir ainsi jusqu'à nous — conformément à l'exemple de nos Pères dans la foi — reçoit et vénère tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament (dont Dieu seul est l'auteur), aussi bien que les Traditions elles-mêmes^ concernant la Foi et les mœurs : il les reçoit et les vénère avec un même sentiment de piété et un même respect — comme paroles du Christ, ou comme dictée do l'Esprit Saint, comme dépôt permanent de l'Église catholique » (Session IV).

Ce décret a été confirmé par le Concile du Vatican.

Voilà donc " une triple déclaration : 1° les vérités révélées se trouvent dans les traditions aussi bien que dans les Écritures ; 2° l'Église reçoit et vénère ces Écritures et ces traditions avec un égal sentiment de piété et de respect ; 3° celui qui mépriserait ces traditions tomberait sous l'anathème.

La lecture attentive de ce décret et sa comparaison avec les pages qui précèdent soulève une certaine difficulté. Il semble qu'on soit en présence d'acceptions divergentes du mot Tradition : S. Paul dans la 2«Épitre aux Thessaloniciens, les Saints Pères dans la plupart des passages que nous avons cités, désignent sous le nom collectif de Tradition — tout l'ensemble des enseignements catholiques proposés par l'infaillible autorité de l'Église. D'autre part, le Concile désigne sous le nom de Traditions les doctrines qui ne sont point consignées dans V Ecriture. Comment identifier ou du moins concilier ces deux sens ?

Un théologien contemporain (1) remarque très

(1) M. Vacant, dans son savant ouvrage Études théologiques sur les Constitutions du Concile du Vatican, p. 374. Nous lui empruntons beaucoup dans les quelques pages qui suivent.

VRAIE GNOSE THÉOLOGTQUE 135

justement: ce ce qui donne à une vérité divine ou humaine le caractère de tradition, c'est son mode de transmission. Pour être traditions, les vérités révélées doivent être transmises autrement que par l'écriture, sine scripto... Mais cette expression «non écrites,., sine scripto» — pourrait s'entendre et a été entendue dans l'Église, au moins du temps des Pères, en trois sens différents ; d'où est résulté qu'à ce point de vue, le mot tradition a eu trois acceptions différentes.

On a souvent appelé tradition surtout dans les premiers siècles, ce qui n'était pas écrit du tout et ne devait pas l'être. — Cette acception tomba en désuétude avec la discipline du secret. Néanmoins, dans le style théologique, la tradition continua à être opposée à l'Écriture. Seulement en formulant cette opposition, on n'entendit pîus par Écriture que les écritures inspirées. En ce sens la tradition se compose des doctrines qui ne sont point consignées dans les écritures inspirées, bien qu'elles soient ou puissent être écrites dans d'autres livres. C'est le sens que le Concile de Trente et le Concile du Vatican donnent dans l'autre texte au mot tradition. Ils opposent en effet les traditions aux livres écrits de l'Ancien et du Nouveau Testament « In libris scriptis et sine scripto traditionibiis ».

Les Pères du Concile de Trente envisageaient

Page 1