LA VIK DU 'DOGME
tion d'éléments humains et de systèmes philosophiques dans le Credo primitif? C'est toute la question présente.
A parler rigoureusement, c'est toute la question de l'évolution du dogme ; elle, dépend de l'idée qu'on se fait de la tradition. Pour le catholique, au cours de l'évolution, le dogme reste immuable à cause de la tradition. Pour le protestant., au contraire, révolution n'est qu'une instabilité perpétuelle du dogme. Pourquoi? à cause du travail humain. Ce que nous appelons Tradition, le rationaliste l'appelle travail humain. Pour le catholique, le dogme c'est l'Écriture Sainte et la Tradition (c'est l'ensemble des documents non écrits, y compris les décisions conciliaires) : pour le protestant, le dogme est l'Écriture Sainte, plus le Iravcdl humain, c'est-à-dire les décisions conciliaires, sanctionnant les formules athanasiennes ou cyrilliennes: ce que M. Harnack appelle Vescamotage des nouveautés (1).
(1) « L'inspiration attribuée aux Conciles n'avait point pour conséquence leur droit d'enseigner à l'Église de nouvelles révélations; mais au contraire — pour preuve d'une assistance particulière de l'Esprit Saint — ils alléguaient les témoignages certains de l'antique Tradition. Et pourtant les Conciles en ont pris occasion pour de nouvelles formules dogmatiques. Dans quelle mesure ils s'y sont liATés, c'est ce que montre le cours
Ainsi la question présente est bien définie :
La tradition peut-elle être tenue comme source légitime où le théologien puisera la vérité révéléel Des sources étrangères ne viennent-elles point s'y mêler? Sur ces questions, l'immense majorité des protestants et des rationalistes s'accordent contre l'Église catholique. Cette unanimité sur un seul point est chose si rare qu'il faut en profiter.
Aussi nous ne chercherons pas à établir la divinité partielle ou totale de l'Ancien et du Nouveau Testament; nous assumons une autre tâche sur un point où nous avons Vavaniage de trouver nos adversaires unis dans un même sentiment.
Mieux vaut avoir à faire à une théorie définie que de se trouver en face d'hypothèses multiples et confuses dans une sorte d'anarchie scientifique.
Nous ne chercherons pas non plus à savoir si tout ce qui est dans la tradition était déjà de quel-
des disputes théologiques... En dépit de toutes ces nouveautés, on affirmait que les nouveautés ne s'introduisaient jamais dans l'Eglise ». (Harnack, Leîirbuch der DogmcngescJiicIite, t. II, p. 104). Il est évident que rauLeur de cette Histoire des dogmes ignore — ou feint d'ignorer — la distinction élémentaire entre le dogme de l'Inspiration et celui de l'Assistance promise à l'Eglise.
que façon contenu dans l'Écriture ; la question actuelle est celle-ci :
Nous nous bornons, à supposer un dogme formulé par la tradition orale, c'est-à-dire par un concile ou par l'enseignement des docteurs (1) et à nous demander s'il est vrai que le dogme soit une altération de la vérité contenue dans le dépôt écrit ?
Est-il vrai, suivant l'affirmation des protestantsrationalistes, quon puisse suivre ce travail d'altération, qu'en y regardant de près on distingue les surcharges et les interpolations faites au dépôt écrit ?
Ou bien encore est-il vrai que l'exposition théologique — l'usage de la raison qui intervient pour expliquer et systématiser le dogme — soit une intervention malheureuse, une déviation plutôt qu'un progrès tliéologique? Est-il vrai, par exemple, lorsque S. Augustin compare le Verbe divin au Verbe humain, et lorsqu'il poursuit cette comparaison dans ses conséquences — est-il vrai que ce soit une infiltration philosophique, corruptrice de la révélation, provenant de l'école de Platon et des rêveries alexandrines?
En un mot': le travail logique dans ses rapports
(1) L'enseignement des Docteurs n'est renseignement traditionnel — au sens strict — que dans certaines conditions qpie nous avons spécifiées plus haut (p. 106 et sq.).
POSITIONS RESPECTIVES lt>i>
avec la tradition, — telle est la question qui doit nous occuper.
Suivant notre habituelle méthode, nous nous placerons presque toujours au point de vue eojpos^ïi/ afin d'éviter les subtilités hargneuses de la polémique.
Nous chercherons d'abord à comprendre ce que pensent les théologiens catholiques : puis nous nous demanderons quelle est sur le même sujet la portée des objections et des théories rationalistes. En d'autres termes, nous étudierons d'abord le développement logique du dogme dans ses rapports avec le sens catholicpie et le magistère ecclésiastique — puis les prétendues altérations doctrinales que nous signale la critique contemporaine.