I. — Le procédé auquel on réserve habituelle
ment cette dénomination classique, est à coup sûr, un des facteurs ]es plus considérables du développement théologique. On peut en comprendre aisément l'importance. La révélation propose les mystères surnaturels sous le couvert des analogies naturelles ; c'est un premier appoint, facilement accru par les tendances constitutives de l'esprit humain, par son invincible penchant à saisir et à exprimer toutes les similitudes du visible et de l'invisible. Révélées ou non révélées, ces analogies diverses vont être le point de départ de constructions systématiques. Résultat inévitable : puisqu'elles contiennent un élément humain, elles ouvrent le champ aux spéculations philosophiques, bien souvent aux divergences d'écoles. C'est ainsi, pour nommer une des plus illustres — que l'analogie du Verbe humain fournit un thème fécond aux variations de la Psychologie chrétienne,
• c( Analogies et systèmes, autant de surcharges « imposées au dogme, nous dit la critique ratio- {( naliste. Il faut élaguer ce feuillage parasite, « pour réduire le développement à ses produits c( authentiques et normaux. Une critique théoce logique sérieuse fera main basse sur toutes ces « productions de l'intempérance philosophique». Une fois de plus, nous recourrons à la même réponse : analogies et systèmes sont des moyens
d'exposition. A ce titre, quand même, — de près ou de loin — ils ne se rattacheraient nullement à la source primitive, ils sont valables et nécessaires. Ils sont légitimes, tout au moins à titre d'instruments, sinon à titre de sources.
Parfois ils s'ennoblissent d'une valeur et d'une signification plus haute : parfois l'analogie, point de départ du système, s'impose en vertu d'une plus indiscutable origine : elle est, dans la .Révélation même, partie intégrante du dépôt et, tout ensemble, condition de sa transmission.
Eq vain, on voudrait proscrire les analogies du divin, puisées dans nos conceptions et notre terminologie humaines. Que pourrait bien être une science de la Révélation, proposée sous une forme absolument étrangère à nos conceptions habituelles ? — L'auteur des livres aréopagitiques l'a dit ; et Thomas d'Aquin l'a sagement répété : « Le rayon divin ne peut luire qu'à travers la diversité des voiles sacrés » (1).
Les précurseurs des Gnostiques prétendaient interdire à l'horrime la connaissance de la Divinité. Ils en avaient fait le Bythos mystérieux, l'abîme où ne plongera jamais le regard d'au-
(1) « Dionysius dicit quod impossibile est nobis aliter supeducere divinurn radium , nisi circumvelatum varietate sacrorum velaminum » (m Boet., q. 6, a. 3).
CLine créature. — Des rêveries orientales avaient brodé sur ce thème mille fantaisies : le dogme de la connaissance de Dieu était menacé.
Apôtre et docteur inspiré, S. Paul articula contre ces hérésies l'oracle rassurant que tous les théologiens ont répété depuis : « L'Invisible divin, depuis les premières lueurs de la création, se laisse contempler dans ses ouvrages ))('!). Profitant de tous ces moyens qui leur étaient offerts, autorisés à chercher partout des analogies, ils ont reconnu d'abord dans le monde matériel les images de la nature unique et de la trinité de personnes. Peu à peu, ils s'accoutumèrent à chercher ces images — non plus au dehors — mais en eux-mêmes, dans les mystérieuses profondeurs de l'âme humaine. Dans cette voie féconde, S. Augustin eut quelques précurseurs : mais ce n'étaient que de timides essais. L'évêque d'Hippone sut penser avec vigueur et creuser un indélébile sillon dans le champ de la psychologie théologique. Son procédé est devenu le type de ceux qui ont poussé le plus loin l'évolution du dogme.
Ce qui a fait la bonne fortune de cette théorie
(1) Invisibilia enim ipsius a crealura muiidi per ea quœ facla sunt intellecta conspiciuntur.
d'exposition. A ce titre, quand même, — de près ou de loin — ils ne se rattacheraient nullement à la source primitive, ils sont valables et nécessaires. Ils sont légitimes, tout au moins à titre Ci instruments, sinon à titre de sources.
Parfois ils s'ennoblissent d'une valeur et d'une signification plus haute : parfois l'analogie, point de départ du système, s'impose en vertu d'une plus indiscutable origine : elle est, dans la .Révélation même, partie intégrante du dépôt et, tout ensemble, condition de sa transmission.
Ea vain, on voudrait proscrire les analogies du divin, puisées dans nos conceptions et notre terminologie humaines. Que pourrait bien être une science de la Révélation, proposée sous une forme absolument étrangère à nos conceptions habituelles ? — L'auteur des livres aréopagitiques l'a dit ; et Thomas d'Aquin l'a sagement répété : « Le rayon divin ne peut luire qu'à travers la diversité des voiles sacrés » (1).
Les précurseurs des Gnostiques prétendaient interdire à l'homme la connaissance de la Divinité. Ils en avaient fait le Bythos mystérieux, l'abîme où ne plongera jamais le regard d'au-
(1) « Dionysius dicit quod impossibile est nobis aliter superlucere divinum radium , nisi circumvelatum varietate sacrorum velarainum » {in Boet., q. 6, a. 3).
CLine créature. — Des rêveries orientales avaient brodé sur ce thème mille fantaisies : le dogme de la connaissance de Dieu était menacé.
Apôtre et docteur inspiré, S. Paul articula contre ces hérésies l'oracle rassurant que tous les théologiens ont répété depuis : « L'Invisible divin, depuis les premières lueurs de la création, se laisse contempler dans ses ouvrages »(1). Profitant de tous ces moyens qui leur étaient ofTerts, autorisés à chercher partout des analogies, ils ont reconnu d'abord dans le monde matériel les images de la nature unique et de la trinité de personnes. Peu à peu, ils s'accoutumèrent à chercher ces images — non plus au dehors — mais en eux-mêmes, dans les mystérieuses profondeurs de l'âme humaine. Dans cette voie féconde, S. Augustin eut quelques précurseurs : mais ce n'étaient que de timides essais. L'évêque d'Hippone sut penser avec vigueur et creuser un indélébile sillon dans le champ de la psychologie théologique. Son procédé est devenu le type de ceux qui ont poussé le plus loin l'évolution du dogme.
Ce qui a fait la bonne fortune de cette théorie
(1) hivisibilia enim ipsius a crealura mundi per ea quee facla sunt intellecta conspiciuntur.
augustinienne, c'est qu'elle eut le mérite de rapprocher et de fondre dans une théorie unique deux analogies révélées. D'une part, la seconde personne est le Fils engendré de toute éternité. D'autre part, elle est le Verbe qui procède de l'Intelligence paternelle.
En rapprochant et synthétisant ces deux analogies;, le docteur catholique se conforme à la tendance habituelle delà science: rapprocher deux notions, et en les synthétisant, les éclairer l'une par l'autre.
Rappelons en quelques mots cette grandiose théorie analogique.
Qu'est-ce que le Verbe divin? se demandait le grand évêque d'Hippone. C'est le terme de la pensée divine. Et de même que le Verbe humain est l'image, la reproduction de l'objet pensé — image d'autant plus rapprochée de la réalité, d'autant plus identique à son objet qu'il y a plus de perfection dans l'acte et plus de perfection dans son objet — de même le Verbe de Dieu est une image très parfaite, une reproduction absolue de l'essence divine.
Et de toute éternité cette image, cette reproduction, ce Verbe surgit des profondeurs de l'Intelligence divine. S. Jean nous l'a dit: « Au commencement était le Verbe — et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ». De toute éternité
ANALOGIES El' SYSTÈMES 231
elle vit — elle contemple — elle plane sur l'océan de l'être et de l'infini.
Notre pensée à nous, ce n'est pas notre intelligence, c'est un terme distinct de notre intelligence. Ainsi nous concevons la distinction du Père et du Fils.
Mais tandis que la distinction de notre pensée et de notre intelligence, est chose passagère — tandis que cette pensée, fugitif météore, passe rapidement au ciel de notre vie — tandis qu'elle apparaît comme une vague, un instant soulevée pour disparaître bien tôt, — ce Verbe divin, au contraire, parce qu'il est infini, ne connaît ni progrès, ni obscurcissement parce qu'il est divin, ne passe point — parce qu'il est l'éternel rayon d'une source éternelle, subsiste par Lui-même et coexiste à Dieu.
Il est Dieu : il est un Dieu issu d'un Dieu — par conséquent, il est le Fils éternel du Père qui l'engendre éternellement, — il est la seconde personne de la Sainte Trinité : « Et Deus erat Verbum » !
C'est ainsi que S. Augustin, dans son travail théologique, a rapproché ces deux affirmations de rÉcriture : Dieu possède un Fils — Dieu possède un Verbe — et les a fondues dans l'unité d'une même conception.
L'unité ainsi obtenue résulte d'une pure ana-