‹ La vie du dogme catholique [microform]Chapitre 4 sur 36 · LA VIE 13U DOGME · texte numérisé non relu

LA VIE 13U DOGME

ressemblance — nous choisirions A.ag. Comte plutôt que Lamennais. Si J. de Maistre a paru accorder parfois une grande valeur à la raison du genre humain, il est certain d'autre part que chez de Maistre l'affirmation de V Autorité est infiniment plus nette et plus fréquente que l'affirmation de la liaison universelle.

De là, ce point de vue légèrement- paradoxal dans l'expression — mais en réalité fondé sur la plus légitime et la plus profonde philosophie : il doit exister dans l'Église catholique une autorité intellectuelle comme dans une société quelconque. ((Quand nous disons que l'Église est infaillible, nous ne demandons pour elle, il . est bien essentiel de l'observer , aucun privilège particulier ; nous demandons seulement qu'elle jouisse du droit commun à toutes les souverainetés possibles, qui toutes agissent nécessairement comme infaillibles ; car tout gouvernement est absolu, et du moment qu'on peut lui résister sous prétexte d'erreur et d'injustrce, il n'existe plus. Dans l'ordre judiciaire, qui n'est qu'une pièce du gouvernement, ne voit-on pas qu'il faut absolument en venir à une puissance qui juge et n'est pas jugée, précisément parce qu'elle prononce au nom de la puissance suprême. Qu'on s'y prenne comme on voudra, qu'on donne à ce haut pouvoir judiciaire le nom qu'on

voudra : toujours il faudra qu'il y en ait un auquel on ne puisse dire: (c Vous avez erré » (1). En d'autres termes J . de Maistre a bien vu que d'une part, il faut, dans toute société, arriver à des jugements sans appel et pratiquement irréformables ; d'autre part ces jugements sont infaillibles dans une société telle que l'Église, essentiellement fondée sur la vérité dogmatique, et en vue de la propagation de cette même vérité : société dont le domaine propre est, par conséquent, l'ordre spéculatif. •

(i)M. de Mcirgerie {Le comte cleMaistre,"^. 234-o), en citant ces passages, ajoute : « L'Église semble donc ici êtr-e considérée à la façon cVune société comme une autre, où la nécessité de terminer les contestations produit celle d'un tribunal sans appel... L'assimilation ne peut être acceptée et la différence est radicale... » Nous ne voulons pas sortir de notre sujet pour rechercher et préciser la pensée du grand écrivain. Il s'est d'ailleurs suffisamment expliqué dans la 2" édition du Pape. Voir ^iwrff?5, Sept. 1897. La critique de l'éminent professeur de Lille n'est-elle pas trop sévère ? Disons simplement que l'ai-gument théologique montre la convenance d'une autorité infaillible, moyen institué par Jésus-Christ pour maintenir l'unité de doctrine dans son Église, pour en être la forme. Or tout le nerf de cet argument théologique consiste dans une analo- {lie pfiilosopKique : toute société exige un principe tVunilé. Seulement, si J. de Maistre n'a pas suffisamment précisé la nature de cette analogie, il ne

Quand on voit le plus célèbre de nos philosophes chrétiens du XIX*^ siècle donner successivement tant d'importance à deux éléments en apparence inconciliables : Autorité et Baison — quand on le voit se rapprocher tour à tour des points de vue systématiques les plus opposés — on est averti qu'il y a dans la nature des choses une secrète connexion, par où doivent se concilier ces apparentes antinomies. On commence alors à soupçonner qu'il n'y ait pas incompatibilité entre le pouvoir directeur de V Autorité et l'Evolution logique de Vidée. On conçoit que, dans cette confusion des systèmes, on puisse rechercher certaines idées dominatrices, susceptibles d'être ramenées à de justes et acceptables proportions dans un système intégral et cohérent.

Et c'est ce que nous pouvons tenter, conformément au but proposé.

Nous pouvons essayer de retrouver chez ces penseurs divers, des vérités éparses et mutilées, exagérées ou diminuées ; nous pouvons tâcher d'en reconstituer l'intégrité. Faisant la part de l'erreur et de l'inexactitude, il me semble que deux faits se dégagent assez nettement, affirmés

faut pas trop s'en étonner. Celte précision de langage est-elle commune — même chez les théologiens de profession ?

avec un certain ensemble, tantôt par l'un, tantôt par l'autre de ces systèmes. Nous pouvons les énoncer ainsi brièvement :

D'une part, linfluence sociale, l'enseignement donné par une autorité sociale et transmis par un corps organique social.

D'autre part, le />oiiuo/r eccpansz/" de l'idée, ou son principe cV évolution, p'er voie de développement logique.

Ces deux faits résument, pensons-nOus, le mode de transmission caractéristique de toute grande idée, philosophique, religieuse et morale. Ce sont des faits naturels, et parce qu'ils sont naturels, ils sont normaux et réguliers; parce qu'ils sont normaux et réguliers, ils sont constitutifs de l'ordre moral ; légitimes et respectables, ils s'imposent à toute évolution intellectuelle qui veut être féconde.

Le premier fait, — Tradition ou Autorité sociale — résulte de ce que l'homme est un être intellectuel social. Il peut donc — et il doit — exister une société intellectuelle, être véritablement organique et unité vivante. Pour que cet organisme soit prospère, pour que cette unité vivante se maintienne et s'accroisse, il faudra les mêmes conditions que pour tout autre organisme : unité dans la dispersion de Vespace, et continuité dans la succession du temps.

Unité dans V espace : c'est-à-dire qu'il peut exister et que parfois // doit exister une autorité enseignante qui réunisse les intelligences, si diverses qu'elles soient, en dépit de toutes les distances et de toutes. les diversités corporelles et matérielles. Cette autorité arbitre des différents, préservatrice des erreurs et directrice du progrès — nous l'avons vue affirmée, proclamée nécessaire par Aug. Comte et J. de Maistre.

Continuité dans le temps : c'est-à-dire, dans le cours des âges -^ unité par voie de transmission héréditaire — assurant la continuité de la société intellectuelle et morale, comme l'hérédité naturelle et légale assure la continuité de la société temporelle dans ses biens matériels et dans son existence purement civile. Ce mode de transmission héréditaire est surtout le fait de l'éducation paternelle et de la société familiale — dans une certaine mesure, le fait de la société tout entière, puisque la société transmet à l'enfant le trésor intellectuel des siècles passés. Cette continuité dans le temps, nous l'avons vue affirmée surtout par Bonald et l'école proprement appelée traditionaliste.

Ainsi: unité dans l'Espace et continuité dans le Temps, voilà les deux grands biens qui semblent, dans une certaine mesure, nécessaires à la société intellectuelle : ils constituent, le premier

grand fait : le fait de la Tradition, tout à la fois autorité et hérédité ; c'est-à-dire Puissance géné- Vatrice et conservatrice de la Société intellectuelle. - '

Quant au second fait, .que nous avons appelé : Pouvoir expansif de Vidée — il est facile à concevoir. Toute idée est naturellement féconde. Dans des circonstances favorables, elle produira ses fruits : conséquences logiques. N'est-ce pas dans ce sens que le poète a dit:

De la tradition féconde Sort tout ce qui couvre le monde Tout ce que le ciel peut bénir.

Toute idée humaine et divine Qui JDrend le passé pour racine A pour feuillage l'avenir.

Note additionnelle

Voici comment le P. Gruber résume les sentimei>ts d'Aug. Comte à Tégard du catholicisme — et ses motifs d'antipathie pour le protestantisme.

« A l'opposé-ide l'utopie d'une domination spirituelle que les philosophes grecs poursuivaient à la suite d'Aristote, le catholicisme au moyen âge a résolu d'une façon merveilleuse le problème politique des rapports entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Vor-

(janisation sociale du système catholique au moyen âije est jusqu'ici, dans son ensemble, le plus grajid chefd'œuvre politique de la sagesse humaine.

La concentration môme du pouvoir spirituel dans l'infaillibilité du pape, que ï on a, tSLiii reprochée au catholicisme, « était, sans parler de son évidente nécessité pour le système théologique, un très grand progrès intellectuel et moral ».'

Le P. Gruber ajoute en note :

<( Comme Aug. Comte, d'autres penseurs étrangers au catholicisme, par exemple: Ed. Von Hartmann et W. H. Mallock, voient dans le catholicisme « le véritable représentant du christianisme historique » et dans l'infaillibilité du pape « une conséquence rigoureuse du principe catholique », « le couronnement longtemps attendu de l'unité dogmatique du catholicisme ».

C'est en 1841 qu'Aug. Comte parlait ainsi de l'infaillibilité du pape : nouvelle preuve de l'absurdité et de l'inconséquence des cris poussés par les libéraux, affirmant que c'était là une doctrine jusqu'alors inconnue...

— Phase Protestante. — Le protestantisme a eu pour but de détruire, au nom même du christianisme, Vadmirable système de la hiérarchie catholique, q,ui en était cependant la vraie réalisation sociale. Il a sapé par la base les conditions indispensables de son existence sociale. Le protestantisme avait pour principe le libre examen; mais ce principe, il voulait l'employer seulementjusqu'à ce qu'il eût établi sa propre domination. Le protestantisme est un état logique imparfait,

im état de confusion politique. Il a posé le fondement de toutes les politiques révolutionnaires, il est nécessairement devenu le premier agent systématique de l'esprit d'émancipation en général. Toutes les idées révolutionnaires ne sont que des applications sociales du principe de libre examen. En abolissant le célibat et la confession, le protestantisme a enlevé au clergé sa pureté et son indépendance ». (Aug. Comte, pp. 134 -136, 142).

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