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HISTOIRE DE LA SCIENCE DU LANGAGE

exemple, mais obscurs et mêlés à beaucoup de notions fausses. Ils ne connaissaient guères que leur propre langue et ne pouvaient par conséquent arriver aux généralisations vraies. Dans le grand mouvement du dernier siècle, il était impossible que la science linguistique ne participât point à la rénovation de toutes les autres sciences, c'est ce qui a eu lieu. L'impulsion lui a été donné par les spéculations et les déductions d'hommes comme Leibnitz et Herder, par les classifications de langues faites en Russie sous le règne de Catherine par Adelung et Vater, etc.; par Fintroduction du sanscrit dans la science de l'Europe et par ce fait que Jones et Colebrooke surent en comprendre les rapports avec les langues européennes et signaler l'importance de ces rapports. Ce fut là la cause décisive du rapide succès des études linguistiques. Les faits rassemblés mais confus se rangèrent d'eux-mêmes à leur place et, sur la base de la philologie indo- européenne, s'éleva l'édifice de la philologie comparée. Frederick Schlegel fut un des précurseurs de cette science et Franz Bopp en fut le fondateur. En même temps que la grande grammaire comparée des langues indo-européennes de Bopp, parut la grammaire comparée des langues de la branche germanique par Jacob Grimm, deux chef-d'œuvre qui élevèrent la linguistique au rang de la science.

On remarquera que presque tous ces noms sont allemands; c'est qu'en effet, à l'Allemagne appartient presque tout entière la gloire d'avoir créé la philologie comparée ; les autres pays n'y ont contribué que pour une part secondaire. Parmi les contemporains allemands, les noms de George Curtius, Pott, Benfey, Schleicher, Kuhn, Léo Meyer, sont les plus en évidence ; mais ces savants ont des compatriotes qui leur sont presque égaux en éminence, et en si grand nombre qu'il serait trop long de les nommer tous. En dehors de l'Allemagne, il y a Rask, en Danemark, Burnouf, en France, Ascoli, en Italie, qui ont droit d'être nommés à côté des grands maîtres allemands.

Mais pendant que l'Allemagne est l'école de la philologie comparée, les savants de ce pays se sont beaucoup moins distingués dans ce que nous avons appelé la science du langage. Il y a chez eux (tout autant qu'ailleurs) une telle dis-

^2 LA ^lENCE DU LANGAGE

<M>rdance d'opinions sur âes points de la plus fondsmenti^ importance, une telle incertitude de doctrine, ^nne teUe indifférence à acert égard, et une teUe inconséquence, ^'xm peut dire que la science du langage n-ee% pas encore née parmi eux. Accoutumés comme on l'est, à tourner les y«ux vers l'Allemagne pour se guider danstont^ tes matières liagoistiques , on ne croira point posséder dans le monde une science du langage, tant qtfeUe-môBoe n^en possédera pas raie. Cependant, au point de vue où en sont arrivées,, d'un côté la philologie, et de Tautre l'anthropologie, ki période du cliaos ne saurait durer plus longtemps ; m l'on veut commencer par étudier, pour -apprendre à -connaître la vieet le développement du langage, les faits qizi Bont le pfkis à notre portée, on arrivera à des doctrines «coordonnées et sensées sur la nature, l'origine et Thistorre de cette plusancienne et plus précieuse des institutions humâmes.

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