HISTOIRE DE LA SCIENCE DU LANGAGE
pohit dans Fautre. La philologie comparée est compliquée d'une infinité de détails, comme le sont la chimie ou la zoologie, et l'on sait qu'on peut être un admirable manipulateur sans être versé dans les grandes généralisations de la chimie ; ou être habile dans Tanatomie comparée sans avoir, pour cela, de saines notions en biologie. On pourrait citer pour preuves, des hommes de notre temps qui jouissent d'une haute réputation comme maîtres de la philologie comparée et qui, lorsqu'ils essayent de raisonner sur les grandes vérités de la linguistique, tombent dans des bévues grossières et des absurdités, et, même sur les points secondaires, laissent voir une complète absence de théories défendables. Le travail de comparaison a été fait et continue de se faire sur une grande échelle et avec des résultats d'un grand prix ; mais la science du langage proprement dite est dans l'enfance et ses principes sont le sujet d'une grande diversité d'opinions et d'une vive controverse. Il est grand temps que cet état de choses, tolérable au début d'une science, cesse, et qu'en linguistique, comme dans les autres sciences d'observation et de déduction — par exemple la chimie, la zoologie, la géologie — il y ait un corps, nonseulement de faits reconnus, mais de vérités établies, qui s'impose à tous ceux qui prétendent au nom de savant.
Faire ici l'histoire de la science linguistique ne nous semble pas nécessaire. L'espace nous manquerait et d'ailleurs, c'est là un sujet qui mérite d'être traité séparément comme il Ta été déjà ^ Les commencements de la science remontent aux premiers regards qu'ont jetés les hommes sur les faits qui se passaient en eux-mêmes et hors d'eux-mêmes. Les germes de toutes les doctrines modernes importantes se trouvent dans les réflexions des philosophes grecs par
1 . Les principales autorités sont : L. Lersch, Sprachphilosophie der Alten (1840); H. Sleinlhal, GeschicJite der Sprachwissenschaft bei den Griechen und Rômern (1862-3); F. Benfey, Geschichte der Spt^achicissenschaft und orientalischen Philologie in Deutschlaud (1869^. Le docteur J. Jolly a ajouté une esquisse du sujet en deux chapitres à sa traduction de Language and Study of Language, par Tauteur de cet ouvrage (Munich, 1874); et l'on trouve beaucoup de détails intéressants sur la matière dans les Conférences sur la science du langage, par Max MuUer, première série.