NN. SS
Place, de Marseille, l'Ordinaire du P. Jean ;
Forcade, archevêque d'Aix, son métropolitain ;
Pichenot, archevêque de Chambéry ;
Colet, archevêque de Tours ;
Rivet, évêque de Dijon ;
Mermillod, alors évêque d'Hébron, aujourd'hui de Lausanne et Genève ;
Dom Nouvel, évêque de Quimper;
De Ladoue, évêque de Nevers ;
Terris, évêque de Fréjus ;
Gay, évêque d'Anthédon, si célèbre par sa doctrine dans les choses de la vie religieuse.
Depuis que le P. Jean fit imprimer ces lettres si élogieuses en 1877, il reçut encore celle de l'illustre cardinal de Poitiers, Msr Pie, à la date du 30 janvier 1879.
A ces noms, il faudrait ajouter ceux d'un grand nombre de théologiens séculiers et réguliers, dont nous avons les longues lettres laudatives et motivées sous les yeux. Mais le P. Jean a conquis une approbation qui nous semble plus considérable encore et que sa prudence lui a fait passer sous silence. Aujourd'hui que ce saint et savant Prélat est mort, nous ne sommes plus tenus à la même discrétion. M§r di Lucca, consulteur de la Sacrée-Congrégation des Evêques et Réguliers, spécialement chargé des affaires de France, et que nous avons eu le bonheur de compter parmi nos meilleurs amis, avait concouru à la correction des Constitutions des nouveaux Ordres français, plus directement que le P. Ballerini. Il fit cependant assurer le P. Jean, par l'entremise de Msr Guiol, recteur de la faculté de Lyon, que sa thèse était conforme à la pensée de la Sacrée-Congrégation. Un autre consulteur de la même Sacrée Congrégation, écrivait lui-même de Rome, le 4 février 1880, à un ami du P. Jean :
Son petit livre de la Direction des religieuses est aussi excellent que lui, et il faut, ou bien n'avoir aucune expérience des âmes, ou ne pas comprendre le cœur humain, pour y trouver à redire.
Nous avons une autre lettre d'un consulteur de la même sacrée Congrégation des Evêques et des Réguliers, à Msr Guiol, recteur de l'Université à Lyon :
Rome, le 26 avril 1878.
J'ai lu et examiné ce livre avec la plus grande attention. C'est un petit trésor de sagesse et de bon sens, que je voudrais voir se répandre partout où besoin en est. J'ai été confesseur ordinaire et extraordinaire, durant plusieurs années dans une quinzaine de communautés de divers instituts, et je pourrais confirmer, de ma petite expérience, la justesse des réflexions du P. Jean. A mon avis, cet excellent Père devrait multiplier les éditions de son bien excellent petit livre, sans scrupule. Les nombreuses approbations épiscopales dont il a été honoré, suffisant amplement, il perfectionnera lui-même sa rédaction, s'il le juge convenable, autrement elle peut demeurer ce qu'elle est. Je suis heureux d'ajouter que le cardinal X... m'a dit en être bien content, et son autorité ne laisse pas d'avoir son poids, attendu que, depuis bientôt quarante ans, il n'a cessé d'exercer le ministère des communautés religieuses.
Appuyé sur de pareilles autorités, nous résumerons la thèse du P. Jean, en quelques lignes :
Ces décrets, visant inégalement les nouvelles Congrégations, ne sauraient infirmer les Constitutions pontificales, rendues au profit des anciens Ordres. La pratique du rendement de conscience n'est donc pas mauvaise en elle-même, car les Papes n'auraient pu approuver à aucune époque ce qui est foncièrement mauvais et, d'ailleurs, ces Règles ont été écrites par d'illustres saints, comme S. Ignace;
Ste Thérèse, S. François de Sales, Ste Colette, etc. La Sacrée-Congrégation continue même à l'approuver implicitement dans certains Ordres nouveaux, en ne la supprimant pas. D'où vient donc cette différence de jurisprudence de la Sacrée-Congrégation ? De ce qu'il y a aujourd'hui une foule de petites sociétés disséminées par petits groupes de deux ou trois religieuses, dans des milliers de maisons et dont les supérieures ne peuvent offrir les garanties de sagesse et de prudence qu'on trouve dans les supérieures de communautés nombreuses où l'élection appelle au pouvoir les femmes les plus capables et les plus intelligentes. Le P. Jean prouve cette thèse avec une très-grande modération et une grande abondance de preuves et termine en montrant, avec sa longue expérience, les avantages inappréciables de cette direction par les supérieures, formées de longue main à ce ministère, qui ne saurait nuire à celui du confesseur et le facilite au contraire beaucoup.
Qui le croirait ? Oubliant les vénérables approbations qui couvraient de leur autorité la doctrine de ce petit livre, M. l'abbé Richaudeau, aumônier des Ursulines de Blois, l'attaqua avec une grande violence dans la Revue des Sciences ecclésiastiques de juin 1877 et suivants. Le P. Jean répondit comme c'était son droit et avec une grande courtoisie de forme. La Revue morcella son travail dans une suite de numéros, ce qui lui enleva une grande partie de sa valeur, en empêchant d'en voir l'ensemble. M. Richaudeau répondit par un long travail, auquel le P. Jean répliqua encore. La Revue refusa sa réponse et accepta seulement un article de deux pages. M. Richaudeau écrivit encore cinq pages, et la Revue décida que le débat était clos. Malgré
cette conclusion, le livre est resté et si S. E. le Cardinal Franchi ne lui a pas donné son approbation écrite, sa position officielle le lui défendait, nous voyons dans les lettres du P. Jean qu'il 'en adoptait les conclusions et les mettait lui-même en pratique dans une congrégation de religieuses dont il était le protecteur. M. Richaudeau était donc dans le faux, en accusant le P. Jean d'avoir voulu infirmer les décrets de la Sacrée-Congrégation des Evêques et des Réguliers, tandis qu'il ne faisait qu'expliquer ses décisions, en montrant .où étaient les abus qu'elle avait réprouvés , et les avantages qu'elle n'avait pas entendu supprimer. Ce petit ouvrage, le seul qui ait encore été écrit sur ce sujet, conserve donc son actualité et sera lu avec grand profit par tous les supérieurs et directeurs de communautés religieuses.
Il est difficile d'énumérer tous les manuscrits qu'a laissés le P. Jean, plus difficile encore de comprendre comment dans une -vie absorbée d'abord par d'innombrables prédications, plus tard partant de confessions, de directions, de visites, d'affaires de toutes sortes, alternant avec des crises toujours plus intenses de sa maladie, il a pu écrire de quoi pouvoir former plus de soixante ou soixante-dix gros volumes. Il n'y a qu'une explication possible ; son infirmité, en le privant fréquemment de sommeil , avait fini par lui donner l'habitude de ne presque plus dormir; rarement il s'assoupissait avant minuit, se laissant absorber par le travail, quand il se portait relativement mieux. « Je ne regrette aucune de mes pénitences, disait-il à un prêtre à la fin de sa vie; mais, si c'était à recommencer, je dormirai davantage. » C'est, sans doute à ces longues veilles que nous
devons tant d'écrits, ayant tous le même caractère : la clarté, la sûreté de doctrine, une grande connaissance de la vie intérieure, mais le même défaut, celui d'être trop diffus. Énumérons-les au hasard, sûr d'en oublier un grand nombre, car, depuis sa mort, le temps n'a pas encore suffi à un classement complet.
VI. — Traduction pour ses religieuses des méditations en latin du P. Bourgoin de l'Oratoire, 3 volumes. Nous savons qu'un vénérable évêque a le projet de publier prochainement cet ouvrage.
Vil. — Correspondance du vénérable Père avec la Mère fondatrice des Victimes. Quoique demeurant à quelques pas de distance, le P. Jean aimait mieux lui écrire que de la déranger au parloir; presque tous les jours, il lui écrivait pendant ses missions. Il y a là des trésors de spiritualité, presque toujours présentés sous une forme pittoresque qui porte pièce en faisant sourire. Nous en avons donné des fragments nombreux dans les chapitres précédents. 2 volumes.
VIII. — Politesse religieuse, petit traité qui fait le pendant de celui qu'a écrit un ancien directeur de séminaire, pour les prêtres, et dont le Père avait sans doute pris l'idée à Saint-Sulpice, car M. Galais le recommandait beaucoup. Le P. Jean, avec sa Grande expérience de la vie du cloître, tenait extrêmement à cette politesse encore plus nécessaire chez les religieuses que dans le monde, à cause de la souffrance très-réelle qu'éprouvent les sœurs bien élevées, au contact journalier et de tous les instants
avec leurs sœurs, d'une éducation plus négligée. Ce petit ouvrage serait utilement publié pour les communautés, i volume.
IX. — i° Traité de l 'humilité et de l'abandon à Dieu, i volume.
2° Introduction à la vie des Victimes, écrite pour ses sœurs, mais qui serait également profitable à ces âmes nombreuses qui se dévouent de nos jours en Victimes pour les péchés du monde, i volume.
3° Lettres sur l'esprit des Victimes, i volume.
4° Notice sur les sœurs Victimes, décédées depuis la fondation jusqu'à la mort de la Révérende Mère fondatrice, i volumes. La Mère fondatrice concourut à la composition de cet ouvrage, par des notes trouvées après sa mort. Plusieurs de ces notices sont vraiment fort intéressantes, et très édifiantes.
5° Instructions faites aux sœui s, recueillies par l'une d'elles que sa supérieure avait chargée de ce soin, et revues ensui.te et corrigées par le P. Jean lui-même. C'est une sorte de traité complet de la vie chrétienne et religieuse, relié en 8 gros volumes in-8°.
4° Instructions sur l' Evangile, suite du précédent ouvrage, i volume.
6° Instructions, sermons, conférences, faits par le P. Jean et écrits de sa main , les uns en entier, la plupart en canevas seulement, i volume.
7° Opuscules sur divers sujets, i volume,
8° Journal du P. Jean, où il écrivait chaque soir brièvement les événements de la journée, 5 volumes.
90 Notes. C'est une sorte de registre collecteur où il conservait tout ce qu'il lui semblait bon de ne pas laisser perdre, des notes sur une lecture qui l'avait frappé, un article de journal découpé, une
image pieuse qu'on lui avait donnée, un prospectus intéressant, mais surtout ses notes personnelles sur les gens et les choses, sans un mot de récrimination ou de plainte. Le tout forme 8 gros volumes, grossièrement reliés par lui-même.
io° Conseils aux trois Mères. Ce sont des avis aux supérieures majeures des religieuses Victimes , 3 volumes.
1 1 ° Mois de Marie, un petit volume composé à Dijon dès 1848.
12° Traité de l'obéissance, 1 volume.
130 Sermons écrits en entier ou en canevas pour les différentes retraites ecclésiastiques qu'il a prêchées, 1 volume.
140 Sermons prêches dans ses différentes missions, 8 volumes.
150 Une grande quantité de lettres de direction, adressées à différentes personnes et principalement à des religieuses. Ces lettres ont été renvoyées aux sœurs après la mort du P. Jean. Il en manque beaucoup et elles n'ont pas encore été classées dans l'espoir d'en retrouver beaucoup d'autres.
160 Mentionnons, en passant, sept gros volumes grand in-40 contenant tout le cours de théologie de Saint-Sulpice, de 1837 à i^4ij et clu^ prouvent avec quelle conscience le P. Jean avait fait ses hautes études, toujours entretenues jusqu'à la fin de sa vie.
1 70 Un volume in-8° contenant sa correspondance avec ses parents, qu'on lui renvoya après leur mort.
i8°M. Pernolet était un ancien condisciple de l'école polytechnique avec lequel il avait conservé de très-bons rapports, comme avec tous ses anciens camarades de promotion. Fort partisan des idées modernes , nommé député en 1874 par le parti avancé,
il avait cependant du bon à son actif, comme le lui dit le P. Jean dans sa lettre du 13 mai 1876.
En 187 1, vous adressiez une fort belle lettre aux sœurs de la charité de Saint-Denis, en leur envoyant votre offrande pour leurs œuvres, et vous la rendiez publique dans le but de témoigner combien il serait regrettable à vos yeux, que l'on pût attribuer à l'opinion politique qui a vos préférences, une irréligion systématique. Je n'ai pas été le seul à remarquer cet acte d'indépendance et de courage, vous y risquiez votre popularité, et peut-être l'y avezvous en partie perdue.
En effet, aux élections suivantes, il ne fut pas renommé député.
Mais, pendant qu'il l'était encore, M. Pernolet publia deux brochures sur la réforme du suffrage universel par le système qu'il appelait le scrutin par quotient. Les journaux parlèrent beaucoup à cette époque de cette utopie qui pouvait avoir du bon, si on pouvait rendre bon ce mensonge universel. Le P. Jean lui accusa réception de ses deux brochures, et, se laissant entraîner par l'importance du sujet, sa lettre devint une brochure de 124 pages admirablement écrites, vrai chef-d'œuvre de prudence, de délicatesse pour ne pas blesser son adversaire, mais qui démontre, jusqu'à l'évidence, l'absurdité du système qui définit ce qui est faux ou repousse ce qui est vrai à une voix de majorité. Cette brochure prouve avec quel succès le P. Jean se fût lancé dans la polémique, si sa vocation et son attrait ne l'eussent tourné vers d'autres genres d'écrits.
Le R. P. Jean avait une détestable plume, môme dans sa jeunesse ; à la fin de sa vie, son écriture était presque absolument illisible. Ses filles spirituelles, avec le soin le plus pieux, travaillent depuis longues
années à recopier, sur un même format de papier et une écriture bâtarde très-facile à lire, tous les manuscrits du bon Père. La plus grande partie de ce travail est déjà fait, ce qui a bien facilité notre tâche, le reste se termine peu à peu avec une vraie patience de Bénédictin. Nous aurions pu avec de si nombreux documents étendre cette histoire jusqu'à cinq ou six volumes. Un autre le fera, si on le juge utile.