‹ La vie du serviteur de Dieu Louis Maulbon d'ArbaumontChapitre 26 sur 33 · SI · texte numérisé non relu

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vous faire part d'un petit embarras, où je me trouve et dont vous m'aiderez à me tirer. Je mets au net le Coutumier sur le changement annuel des cellules et des objets à l'usage de chaque sœur. Or, je trouve sur mes notes qu'on doit aussi changer les bréviaires. En conférant sur ces notes avec la très-digne Mère, je vis qu'elle avait une difficulté sur ce point, et elle me dit en effet que ce serait peut-être exiger un bien trop grand sacrifice de la part de celles qui ont un bréviaire fort propre, tenu avec beaucoup de soin et qui seraient exposées à recueillir chaque année l'héritage d'une compagne moins soigneuse et dont le livre porterait la trace de son mépris pour les choses terrestres et de son application unique aux choses célestes et peut-être celle de ses doigts vénérables imprimés sur les pages. Elle me fit aussi l'observation que, si tous les bréviaires doivent passer par les mains de ces sœurs toutes célestes, tous aussi en porteraient les conséquences au détriment de la pauvreté.

« Ces raisons m'ont parues bien graves ; cependant, si vous aviez le désir de faire ce beau sacrifice, je ne voudrais pas vous priver de la consolation de l'offrir à Jésus, ni retirer à Jésus la gloire qu'il en recevrait. C'est donc vous, mes chères filles, qui déciderez la chose. Cependant, si vous étiezportées d'étendre aux bréviaires cette loi impitoyable du changement annuel, je prendrais la liberté de supplier celles de mes chères sœurs qui, vivant déjà dans le ciel, ne font pas attention à la manière dont elles traitent le bréviaire, de descendre un peu sur la 'terre pour ménager ce livre sacré et le transmettre bien soigné à leurs compagnes auxquelles le sort l'attribuerait. Le respect dû à ces vierges pures qui en manient les

feuillets, celui exigé par la sainteté du livre renfermant les saints offices, comme aussi le désir d'éviter des dépenses à la Maison qui est loin d'être riche, demanderaient qu'elles imposassent cette charge à leur dévotion. Il faudrait aussi que celles qui recevront un bréviaire un peu mûr, à la place d'un bon, fissent avec Jésus le contrat de voir cet accident avec joie et bonne humeur, à l'intérieur comme à l'extérieur.

« Si quelqu'une cependant avait trop de répugnance à ce sacrifice , elle prierait humblement notre digne Mère de faire coudre, sur la couverture du bréviaire à son usage, un écriteau portant ces mots : Ceci est le bréviaire de ma sœur N*** et elle le garderait à perpétuité, sans que nul se permît d'y mettre la main.

« Si quelqu'une se voyait adjuger par le sort, qui est aveugle, un bréviaire dont le caractère fût trop fin pour ses yeux, notre charitable Mère y pourvoirait comme on fait pour les cellules, lorsqu'il y a quelque raison de mettre une sœur autre part que dans la cellule qu'elle a tirée. Il y a, en outre, à excepter les novices qui n'ont pas encore fait profession et qui auraient apporté leur bréviaire, car on le leur laissera tant qu'elles auront le malheur de posséder encore quelque chose, n'ayant pas fait leurs vœux. »

Inutile de dire que la mesure, ainsi présentée, fut acceptée avec un joyeux enthousiasme, et qu'aucune sœur ne voulut avoir son nom écrit sur le plat de son bréviaire; et c'est ainsi que le P. Jean, homme d'esprit, qui connaissait parfaitement le cœur humain, put mettre tout ce qu'il jugea le plus parfait dans son Coutumier.

— 52° — La joie du bon Père était bien grande d'avoir terminé heureusement ce long et minurieux travail, qui avait pris tous ses moments libres pendant quatre ans. Nous en trouvons l'expression dans ses sentiments de retraite, à cette date du 10 novembre 1868 : « Grâces soient rendues à Notre-Seigneur, qui m'a permis d'achever, avec l'aide de la bonne Mère Marie des Anges, un travail si long, si minutieux, et j'ose dire si aride et si pénible par la multiplicité des détails, dont beaucoup pourraient paraître insignifiants par eux-mêmes, mais qui ont leur utilité, et j'ajoute leur nécessité dans l'ensemble, afin que les rouages de la co 1 munauté s'engrènent les uns dans les autres, et que tout se fasse avec ordre, sans hésitation et dans un esprit religieux. C'était là mon travail essentiel, celui pour lequel Dieu m'a amené ici. »

IV. — ■ Le P. Jean, après avoir donné la règle de S. Augustin et composé les Constitutions et le Coutumier, ne croit pas avoir accompli sa tâche. Simultanément, il fit une explication de la Règle et des Constitutions. Le 27 août 1865, il écrivait aux sœurs, car il ne les voyait presque jamais au parloir, si ce n'était pour les plus graves nécessités. « Mes chères filles, vous m'avez souhaité l'autre jour la Saint- Louis, fête de mon Patron, je vous souhaite celle de S. Augustin, afin que demain il vous accorde son aimable protection. Vous avez accompagné vos souhaits d'un beau bouquet et d'un cadeau, je veux imiter votre exemple et vous offrir cette humble explication de la sainte règle de notre bienheureux père S. Augustin, que j'aurai la consolation de terminer demain, jour de sa fête. Puisse ce petit travail

vous être agréable, mes excellentes filles, et faire du bien à vos âmes, en vous aidant à pratiquer cette pieuse et excellente règle, sous laquelle vous avez fait profession. Avec l'aide de vos bonnes prières, je vais commencer, sans retard, l'explication des Constitutions. Ce travail se joindra à celui du Coutumier, qui est très-avancé, et vous aurez ainsi tous vos petits écrits en ordre. » Il ne devait pas finir ce travail, la maladie l'arrêta après l'explication de la première partie.

A dater de cette année 1865, presque tous les dimanches, c'est-à-dire toutes les fois que la solennité ne demandait pas un autre sujet, il lisait un passage de l'explication des Règles, et plus tard des Constitutions, en les com'mentant. La Mère Marie des Anges, la nouvelle Prieure, après la Mère fondatrice, avait chargé une de ses sœurs, douée d'une prodigieuse mémoire, de prendre des notes et de rédiger ensuite toute l'instruction du Père ; lui-même eut la complaisance de revoir et de corriger ce travail qui forme plusieurs volumes , de sorte que la communauté possède sa Règle de S. Augustin , ses Constitutions , admirablement composées par le vénérable Père, son Coutumier, l'explication de la Règle et d'une partie des Constitutions, et de plus le commentaire de cette explication, véritables trésors que les autres sociétés peuvent leur envier. Ce dernier travail fut terminé le 8 juin 1866, au beau jour de la fête du Sacré- Cœur ; il en écrivit la conclusion le 24 juin, jour de S. Jean-Baptiste!

Rien de touchant comme la reconnaissance expansive de ces bonnes religieuses Victimes. Tous les écrits de cette communauté expriment cette joie en

des termes pleins d'enthousiasme. Elles comprennent la valeur de ce trésor, elles y trouvent un précieux aliment pour leur piété et une espérance bien fondée, que jamais leur monastère ne déclinera de sa ferveur.

V. — Un autre travail, qui s'adressait indirectement à ses sœurs, directement aux directeurs de toutes les communautés, et le seul qu'il ait fait imprimer, donna beaucoup de chagrin à ce bon Père, par la discussion violente qu'il souleva dans une certaine presse religieuse. Il apporta, dans cet ouvrage, une incontestable expérience, une grande connaissance de la matière , et onze évêques lui donnèrent l'approbation la plus explicite, ce qui nous permet d'exposer simplement la question sous l'égide de ces docteurs de la foi.

Dans les Constitutions des anciens ordres religieux d'hommes et de femmes, le rendement de conscience aux supérieurs, à des époques déterminées, est prescrit comme un point de règle, notamment dans les Constitutions des Jésuites, comme tout le monde peut le voir dans le célèbre Traité de la perfection chrétienne de Rodriguez , dans celles des Clarisses de Ste Colette, des Visitandines éditées par S. François de Sales et Ste Jeanne de' Chantai, dans celles des Ursulines, etc., toutes approuvées par les Souverains-Pontifes.

Mais, dans ces dernières années, la Sacrée-Congrégation des Evêques et des Réguliers a effacé ce rendement de conscience de presque toutes les nouvelles Constitutions soumises à son approbation. Nous disons presque toutes, car tantôt elle a modifié la formule de ses animadversions, tantôt a purement

~ 523 biffé cette Règle et tantôt, au contraire, semble l'avoir approuvée en ne la réprouvant pas. Le P. Jean en cite deux exemples plus récents que tous les autres : le rendement de conscience a été supprimé dans les Constitutions des Pères du Sacré- Cœur d'Issoudun, il a été maintenu dans celles du Sacré-Cœur de Jésus Enfant, examinées cependant avec un très-grand soin, puisqu'elles ont subi quatorze corrections. Le P. Ballerini, le célèbre professeur du collège romain et consulteur de la Sacrée-Congrégation des Evêques et Réguliers, dans ses notes sur la Théologie morale de Gury, s'est emparé de cette thèse, et, dans un style plaisantin qui n'est pas dans nos habitudes françaises, il a ridiculisé, qu'on nous pardonne ce mot, les pauvres supérieures des communautés de femmes qui reçoivent, comme des Mères , les confidences de leurs filles spirituelles. Hâtons-nous d'ajouter que, dans la nouvelle édition de Gury, publiée par le P. Dumax, confrère du P. Ballerini, ces quatre pages ont disparu.

Le P. Jean, avec son immense expérience de la vie religieuse, soutint la thèse contraire dans un petit opuscule in-32 de 228 pages, plein de science et d'autorité, intitulé : De la direction des religieuses par leurs supérieures et des difficultés dont elle a été l'objet ; Paris, chez Poussielgue frères, 1877.

Dix évêques du plus grand renom par leur doctrine, approuvèrent cet opuscule de la manière la plus explicite. Ce furent :

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