La vie économique, questions essentielles
prétend que les mourants, moment de quitter cette terre, voient tout à coup reparaître devant eux, avec cette' netteté
et cette soudaineté dont nous ayons le sentiment dans les rêves, le tableau complet de leur existence, de façon à prononcer eux-mêmes, bon gré mal gré, avant de l'entendre prononcer par une autre voix, le jugement que Frédéric Passt. \quv ont mérité leur conduite et.
l'usage qu'ils ont fait de leur séjour ici-bas.
Je ne sais pas dans combien de temps ce sera mon tour de faire, avec la clairvoyance incorruptible de l'heure suprême, ce redoutable examen de conscience; elle ne peut être bien éloignée. Mais, en l'attendant, puisque la "mort semble vouloir encore me laisser quelque répit, je désirerais faire au moins un retour sur mon passé intellectuel et essayer de; dégager, en termes tout à la fois siruples et précis, ce qu'il y a d'essentiel, de sain et de vital dans les doctrines dites économiques et dans les théories sociales. Ce n'est pas un livre, je me hâte de le dire, que je. me
propose de composer, encore moins un traité didactique et dogmatique ; et je ne songe pas à annoncer au monde un nouvel Evangile. Je tâcherai seulement, sans craindre de me répéter quelquefois, pour me mieux faire comprendre, de résumer aussi brièvement et aussi clairement que possible, en l'opposant à ce que je crois erroné et trompeur, ce que je crois vrai, incontestable et salutaire parmi les solutions diverses des problèmes d'où dépendent la prospérité ou le malaise des sociétés contemporaines. Ce sera, s'il m'est donné d'y réussir, à côté de mon testament privé, qui est affaire personnelle, mon testament d'homme et de Français, de patriote et de citoyen de la France et du monde. Puisse-t-il n'être pas, dans sa naïve témérité, trop indigne de ce caractère de haute et universelle utilité publique !
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SAVOIR ET VOULOIU t i' 1' t 1"
CELA s'appelle POUVOIH. — t t
>>• SAVOIR NE SUFFIT PAS '\- i- -^l" i" A. GRATRY.
L* Homme dans le Monde.
JETÉ uu et désarmé au milieu d'un univers inconnu, indifférent ou hostile, comment l'homme va-t-il pouvoir subsister? Il a en lui la vie, force active et capable d'agir autour d'elle. Mais cette force vitale se dépense par son exercice, et même sans s'exercer. Il faut, comme une eau qui s'écoule et tarit si elle n'est renouvelée, qu'elle s'entretienne, et elle ne peut le faire qu'aux dépens de son entourage. C'est ce qui a lieu. L'homme commence par s'emparer, pour s'en nourrir, des fruits sauvages, des graines, des végétaux, des animaux moins forts que lui. Contre les plus forts et les plus redoutables, comme contre les intempéries, il se met à l'abri dans le creux des rochers, sur les arbres; puis, imitant les animaux, ses compagnons ou ses rivaux, et profitant de la configuration de sa main préhensile, il se procure des armes et se fait des outils, pierres, bâtons, massues, épines, lances, flèches et arcs. Il essaye et compare les végétaux et les animaux dont il peut